Sa mort a été annoncée ce matin par RTL, la radio dont il était la voix du cinéma depuis 55 ans ! Remo Forlani, ce fondu de cinéma, avait fêté ses 50 ans de carrière à la station en 2004.
Philippe Labro, ancien directeur de la station de la Rue Bayard à Paris VIIIe, très ému, lui a rendu un vibrant hommage à l'antenne. Rémo Forlani était pour lui "une Encyclopédie vivante".
Ce "vrai fondu de ciné à la silhouette dégingandée" était un critique et intervieweur goguenard, mais tendre", a confié Gilles Jacob, le président du Festival de Cannes. "Il avait fini par ressembler à ses chats: un léger coup de griffe, un frottement affectueux et confiant", a-t-il ajouté.
Rémo Forlani, décédé des suites d'une longue maladie à l'âge de 82 ans, avait longtemps animé tous les samedis après-midi, l'émission consacrée au Septième Art, avec sa complice Evelyne Pagès. Les auditeurs se souviendront d'un homme qui était d'une profonde honnêteté.
Il se mettait rarement en colère, mais parfois il y avait de quoi. Une anecdote savoureuse racontée par Remo passait ce matin sur RTL. Il expliquait qu'il avait obtenu, complètement par hasard, une interview incroyable du grand Elia Kazan pendant 40 minutes. Ce dernier lui confiait tout sur son aventure avec Marilyn Monroe et les dessous d'Hollywood... Un document exceptionnel ! Une fois Kazan parti, Forlani est allée voir la jeune fille qui s'occupait de l'enregistrement et lui a demandé "C'est enregistré"? Elle lui a répondu, gênée : "Euh... non !" Mais comme elle était très jolie, il a passé l'éponge.
Vincent Perrot expliquait ce matin que c'était Remo Forlani qui avait écrit le premier scénario de Pierrot Le Fou. Godard n'en avait rien gardé, sauf le prénom du héros joué par Belmondo... Ferdinand !
Remo Forlani n'hésitait pas à dire du mal ou du bien des films qu'il avait vus en projection privée. Il balançait à l'antenne ses critiques parfois assassines. Dans le métier, son avis comptait beaucoup. Un bon Forlani était souvent synonyme de succès. Un mauvais Forlani signifiait un échec.
Il était donc craint par les producteurs et metteurs en scène parce qu'il faisait preuve d'un caractère trempé et sans concession, comme en témoignait ce matin, son ami le cinéaste Claude Lelouch : "Il ne m'a pas épargné à certains moments. Sur certains films, il a été d'une virulence incroyable. Je pensais qu'en tant qu'ami, il aurait pu mettre un bémol. Et, c'est ça que j'aimais chez Rémo quand il aimait, il aimait d'une façon démesurée et quand il n'aimait pas, même un copain comme moi, il le massacrait. Il n'a jamais spéculé sur l'amitié et je crois que c'est ça, sa qualité principale".
Lors d'une de ses toutes dernières chroniques sur Le Petit Nicolas, - qui dépassera les 3 millions d'entrées demain... - il expliquait : "Apparemment tout le monde est content de ce film. Que dire ? Ce qui m'a frappé, c'est qu'on ressent +Le petit Nicolas+ comme on ressent +La Cage aux folles+. Ce sont de vieilles histoires, quasi des triomphes, qui sont toujours des triomphes, mais qui racontent la vision qu'on avait, d'un côté de la vie familiale et de l'école, et de l'autre, de l'homosexualité. Cette vision complètement dépassée (...), je ne vois pas ce que
les jeunes d'aujourd'hui ont à secouer de tout ça". Du "typique Forlani" commentent ses collègues.
Avant d'être critique, Remo Forlani avait été scénariste. Il avait notamment travaillé sur Toute la mémoire du monde d'Alain Resnais (en 1956), Tintin et le Mystère de la Toison d'Or, un dessin animé datant de 1961 et une autre adaptation d'Hergé, Tintin et les Oranges Bleues (1964), La Bande à Bonnot (1969) avant de signer le scénario des Volets clos, le deuxième long métrage de Jean-Claude Brialy que le comédien avait aussi réalisé. C'est aussi Forlani qui avait écrit la chanson-titre de ce film, interprété par Nicoletta, et l'un des morceaux incontournables de sa carrière.
"Je n'ai pas eu la chance d'être ce que Michel Audiard a été pour Georges Lautner" disait-il en plaisantant, comme s'il regrettait de n'avoir jamais réussi à être un scénariste de renom. Remo Forlani qui était passé derrière la caméra pour réaliser en 1947 (Avec Transfo transforme l'énergie du pyrium) avait beaucoup plus tard mis en scène Juliette et Juliette (en 1974) avec Annie Girardot et Marlène Jobert, film qui avait bien marché dans les salles.
On ne verra donc plus la longue silhouette de Forlani, cet homme qui avait toujours un cigarillo au coin de la bouche, et surtout sa célèbre voix grave qui faisait les délices des auditeurs de RTL. Ces derniers c'était un homme affaibli et malade qui avait besoin d'oxygène, mais jusqu'au bout, il a continué à voir les films.
Reste aussi le souvenir d'un passionné de cinéma qui adorait plus que tout au monde les félins. Il avait d'ailleurs écrit des ouvrages à succès comme Ma chatte, mon amour ( 1990), Ma chatte, ma folie (1992) et Tous les chats ne sont pas en peluche (1998).
Son épouse de toujours, Jacqueline est restée à ses côtés jusqu'à la fin. Ils avaient un fils.
R.I.P
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