L'imitateur, comique et analyste de notre société Nicolas Canteloup, vient de signer pour une cinquième saison consécutive afin de collaborer à l'antenne de la station radiophonique Europe 1. A l'occasion de ce nouveau contrat d'un an, le magazine L'Express a rencontré le talentueux trublion des ondes, qui revient sur son métier et ce qui l'inspire. Extraits.
Une hésitation avec de resigner ? "Oui, car il est très difficile de faire mon métier dans une période postprésidentielle. L'intérêt pour la chose politique tend à décroître au fil des mois. (...) Mais 2009 est une année vraiment à part avec Sarkozy... C'est un président suractif, jamais au repos, toujours en mouvement. Il provoque les choses, fait bouger les lignes en permanence et nous offre chaque jour du grain à moudre. Sarkozy est une matière formidable, dont je ne me lasse pas. Le week-end dernier je l'ai regardé à la télé, il était en Normandie avec Obama : sa démarche robotique et amidonnée tranchait avec l'allure féline du président américain : un Playmobil et une star du basket, l'un derrière l'autre".
Le pouvoir de faire passer des messages ? "Ma seule ligne éditoriale, c'est de provoquer le rire en racontant des histoires. (...) Ma seule vocation, c'est de distraire, en soulignant au crayon les travers de la classe politique".
Un regard singulier sur l'actu ? "On dit toujours : "Canteloup, c'est une voix". Moi, je dis que c'est d'abord un oeil. Ma voix n'intervient que pour 25% dans mon travail. L'essentiel repose sur un travail d'observation de la société. La vraie sagesse, c'est de ne pas succomber à la tentation du bon mot pour le bon mot. J'ai failli trébucher à l'occasion de l'accident de l'avion d'Air France Rio-Paris. Quand j'ai vu Nicolas Sarkozy débarquer à Roissy, sirènes et gyrophares allumés, j'ai été à deux doigts de lui faire dire à l'antenne : "On va arrêter les coupables et faire une loi afin d'empêcher dorénavant les avions de tomber". Et puis j'ai tout de suite pensé au désarroi des familles et à l'émotion du pays".
Une petite auto-censure ? "Souvent, quand je sens que je vais blesser. Je regrette ainsi d'avoir égratigné à l'antenne Jean-Pierre Elkabbach, au lendemain de son remplacement à la tête d'Europe 1 : cela donnait le sentiment de tirer sur une ambulance".
La présidentielle de 2012, un futur grand terrain de jeu ? "Oui, à condition que l'on se renouvelle à l'antenne et que l'on éloigne un peu la focale de Sarkozy, car trop de Sarko tue le Sarko. Même si le personnage a une capacité inouïe à évoluer, comme si son ADN était en mutation constante. L'idéal pour moi et mon équipe d'auteurs serait un second tour Bayrou/Sarkozy. Là, on s'amuserait ! Le pire des scénarios, qu'on ne peut écarter, serait une candidature et une élection de François Fillon : si peu d'aspérités, tellement lisse et contrôlé, il tuerait le métier. Pire encore : un second tour Fillon/Jospin. J'en ai fait un cauchemar ! Une présidentielle maudite ! Si cela se produisait, je pense que là, je changerais de métier".
A.I.
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