Alors qu'on l'a aperçu récemment dans Le Code a changé (mais aussi à Roland-Garros pour des moments très tendres) et qu'il est en tournée "seul avec sa guitare", Patrick Bruel faisait escale ce matin sur Europe 1 pour réagir, au micro de Marc-Olivier Fogiel, à la décision rendue hier par le Conseil Constitutionnel de retoquer la loi Hadopi en censurant une de ses mesures de sanction phares - en l'occurrence la coupure de l'accès Internet.
"Ce n'est pas uniquement un revers à Christine Albanel, mais c'est un revers à l'ensemble de la profession (...) J'ai toujours pensé que cette loi avait plus valeur de symbole qu'une réelle efficacité sur le fond (...) Cette loi était plus un appel au civisme, un appel à la conscience des gens et des internautes. Internet est une extraordinaire révolution, c'est indissociable de la nouvelle vie sociale et culturelle. On pourrait faire bon ménage entre la création et les internautes."
Et d'illustrer son désarroi : "Vous rentrez dans une boulangerie, vous passez derrière le comptoir, vous prenez une baguette de pain, vous partez sans payer. Le boulanger vous dit : 'Ben eh oh, qu'est-ce que vous faites ?', et vous lui dites 'oh, ça va, pour un pain, tu ne vas pas mourir'..."
"Aujourd'hui, dans le système actuel, tout le monde ne trouve pas son compte, a-t-il déploré (...) Les maisons de disque n'ont plus les moyens d'investir sur les jeunes créateurs. Ça va être une entrave à la création. Je suis déçu, forcément, parce que ça a été beaucoup de travail, d'espoir. Essayer d'arriver à faire quelque chose qui ne soit pas trop répressif, qui soit juste une espèce de mise en demeure en trois temps, plus pour informer, plus de l'ordre du civisme."
Figure de proue de l'intelligentsia artistique de gauche (signataire d'une tribune dans le JDD avec une cinquantaine d'artistes de premier plan en faveur du projet Hadopi), socialiste historique, Bruel, tout en soulignant l'attitude "remarquable", "responsable" et "digne" de Nicolas Sarkozy lors des ébauches de ce qu'est aujourd'hui Hadopi, n'a pas pu, à cette occasion, manquer de faire part de son agacement et de sa profonde déception à l'égard de la gauche et de son comportement, au lendemain de la claque reçue aux élections européennes.
"Il faudrait arrêter de faire d'un côté les gens de gauche, de l'autre les gens de droite : la direction, c'est d'arriver à une solution qui satisfasse tout le monde et qui ne soit as contraire à l'évolution du temps (...) Mon coeur est toujours à gauche, mais en ce moment mon coeur est navré par la gauche. Navré. Parce que la gauche, au lieu de proposer un programme concret, s'est complètement dissoute dans des querelles internes insupportables et indignes, en ne faisant que de l'anti-sarkozysme primaire. Voilà le résultat, je trouve cela navrant. L'espoir à gauche, aujourd'hui ? C'est toujours le même : Dominique Strauss-Kahn, si un jour il a envie de revenir."
Faire un lien vers cet article







Cliquez sur un smiley pour l'insérer.