Après des mois passés sur la route pour écumer les bassins avec ses nageurs dans ses bagages, et une dernière pige du côté de Saint-Tropez, Philippe Lucas a posé les amarres dans les Yvelines, avec la bénédiction de son ancienne protégée Laure Manaudou : déjà marraine d'un de ses enfants, la championne a accepté de devenir marraine de son nouveau bébé - sa structure privée d'entraînement.
C'est aujourd'hui que le Team Lucas composé de huit nageurs, dont sa vedette la Roumaine Camelia Potec et quelques nouveaux, prend ses quartiers à la psicine olympique de Saint-Germain-en-Laye, après la signature d'une "convention d'occupation" avec la municipalité, qui octroie au coach deux lignes d'eau à raison de cinq heures par jour et six jours par semaine (sauf le dimanche), moyennant 80 000 euros. Une somme que Fifi sort de sa poche, puisque, indomptable, il refuse de travailler pour un club et veut sa structure indépendante. Il résumait ce matin ses dernières péripéties au micro de Marc-Olivier Fogiel, dont il était l'invité : "Je suis passé par différents stages. J'ai passé un mois en Hongrie, j'ai été en Roumanie, et, en septembre, il fallait que je trouve une structure pour entraîner mes nageurs. J'ai trouvé à Saint-Germain une piscine olympique, une salle de musculation, le bois à côté pour courir. C'est parfait (...) Je loue le bassin. Il a fallu qu'on se bouge, quoi (...) Je ne veux pas retravailler pour un club, parce que j'ai vu les limites et ça ne m'intéresse pas. J'ai travaillé pendant 27 ans dans des clubs, j'ai vu comment ça se passait, même quand vous leur apportez des titres. Mais c'est vrai que si je n'avais pas eu certaines personnes autour de moi pour m'aider, dont Didier Poulmaire [son avocat, et celui de Manaudou, NDLR], qui fait un travail monstre seulement par amitié, ça m'aurait été difficile de retravailler en France".
Le couple Manaudou-Lucas, qui a révolutionné les codes et la notoriété de la natation française tout en garnissant copieusement sa vitrine de récompenses, est recomposé : autrefois brouillés - Manaudou broyée par le système Lucas et sa discipline de fer -, ces deux inséparables ont aujourd'hui plus d'un projet ensemble. "Je pense qu'il y avait beaucoup de personnes qui étaient contentes que Laure me quitte, qui se sont frotté les mains, commente Lucas. Aujourd'hui, j'ai de bons rapports avec Laure. Je l'ai appelée samedi, je lui ai expliqué mon truc : je lui ai dit 'j'aimerais bien que tu sois marraine'. On a des projets : on voudrait créer une école de natation ensemble, et faire beaucoup de stages. Parce que Laure, la natation, c'est sa vie. Elle a envie de faire partager des choses. Elle va venir avec nous sur des compétitions comme les Championnats de France..." Pas question de la remettre à l'eau, évidemment, puisque c'est la volonté de Manaudou qui décidera de la suite de sa carrière, mais, pour son ex-mentor, c'est clair : "Je suis persuadé que si elle s'y remettait dans quelques mois, elle peut faire de très grandes choses. Personne n'y croit. Moi, je vais vous dire, Manaudou, c'est moi qui la connais le mieux. Sur une course comme le 100 dos, elle peut revenir sans problème."
Mais surtout, dans la culture de la gagne de Fifi, la performance Manaudou reste LA référence exemplaire : "mon objectif, c'est refaire le coup Manaudou", affirme l'entraîneur. Un enjeu qui nécessite une importante logistique : "On n'a pas tout, loin de là. On a deux sponsors qui nous ont chaleureusement aidés. Mais à partir de là, il va falloir que je trouve des partenaires, parce qu'il va falloir que je fasse l'année. C'est pas simple... Un budget de 500 000 pour un sport, c'est pas grand-chose quelque part. Moi, mon objectif, c'est Londres [les Jeux Olympiques d'été de 2012, NDLR] ; c'est refaire le coup Manaudou (...) Il faut un budget. Aujourd'hui, j'entraîne et je n'ai pas de salaire, et, surtout, je paye mes lignes d'eau pour pouvoir entraîner des nageurs qui représenteront la France à Londres s'ils sont qualifiés."
Seule différence - de taille -, on ne lui ravira pas facilement la prochaine pépite dénichée par celui qui dit n'avoir "jamais travaillé de sa vie" puisqu'entraîner, c'est "une passion" : "Aujourd'hui, je vais me débrouiller tout seul. Mais si un jour, j'en ai une très forte qui refait ce qu'a fait Manaudou, ce ne sera pas la même partie de cartes."
Marc-Olivier Fogiel, qui demande à son invité, roi du système D, d'énoncer la morale de l'histoire, ne va pas regretter sa question : "La morale de l'histoire, c'est 'Démerde-toi tout seul, d'accord ?' Mais y a pas de problème, je vais me débrouiller." OK, coach.
G.J.
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