Alors qu'elle a atterri hier en compagnie de l'ex-guérillero des Farc Wilson Bueno Largo — qu'elle ne veut plus appeler par son pseudo d'Isaza, en gage de sa repentance et de sa "nouvelle vie" —, Ingrid Betancourt a accordée une longue interview à la radio Europe 1.
Au micro de Marc-Olivier Fogiel, qui rencontrait l'ex-otage franco-colombienne à l'Hôtel de Ville de Paris, où elle participait au neuvième sommet des Prix Nobel de la paix, elle s'est exprimée sur la venue du repenti en France avec sa femme, Isabelle, et a fait part de son immense satisfaction : "Mon Dieu, c'est vraiment une histoire qui finit bien".
Confiant le bonheur qu'elle a éprouvé en retournant en Colombie malgré le danger ("ma plus grande émotion, c'est l'émotion du bonheur d'être chez moi"), elle s'est également livrée à propos de ses rapports avec ses enfants Lorenzo et Mélanie, qu'elle retrouve après six années de captivité : "il faut reconstruire les relations, a-t-elle expliqué. Ce ne sont plus des enfants. Moi, je me retrouve avec des adultes, des adultes qui ont fait des choix de vie, qui ont leur caractère".
Surtout, elle n'a pas hésité à évoquer sa santé et les séquelles de sa séquestration : "Je suis très très en forme", a-t-elle assuré, avant de nuancer : "j'ai des petites séquelles, je vais avoir des interventions chirurgicales en janvier, parce qu'il y a des petites choses ; mais, par rapport au cadre médical que j'avais il y a un an, c'est un vrai miracle."
Elle en a aussitôt profité pour aborder le sujet de sa fondation : "c'est un instrument pour pouvoir être là pour les gens qui souffrent, a-t-elle commenté. Ca a l'air tout bête, mais pour moi c'est très très important parce que je ne veux pas travailler dans les statistiques et dans l'abstrait".
En fin d'interview, elle est revenue sur son retrait de la scène publique, qui interviendra prochainement : "L'année prochaine, il faut absolument que je fasse quelque chose qui est indispensable pour moi et pour ce que je pense que je dois faire pour les autres, c'est prendre une retraite, physiquement, m'isoler, pour faire un exercice qui pour moi est difficile et douleureux, c'est celui d'écrire ce que j'ai vécu. Et je ne peux pas le faire dans le mouvement, je ne peux pas le faire dans l'exposition publique, je ne peux pas le faire comme je suis là, je ne peux pas. Il faut que je m'isole physiquement pour pouvoir, disons, donner naissance : parce que c'est comme un enfant, c'est beau mais ça fait mal".
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