Le clap de fin se fera avec moins de sensationnalisme, mais plus d'intimisme : neuf mois après la "vente du siècle" qui a vu la dispersion massive, administrée dans la nef du Grand Palais, de la collection privée composée en l'espace de 50 ans par feu le couturier Yves Saint Laurent et Pierre Bergé, c'est dans une profusion et une élégance proustiennes que le livre d'or et le livre d'art des deux mécènes se refermera.
Au (dernier) chapitre, on trouvera un catalogue de pièces qui peuplaient les tanières raffinées du tandem, du bureau parisien d'YSL à leur fief de Berneville : ce sont ainsi près de 1 200 objets intimes, exposées au public de manière à restituer un peu de l'ambiance Château Gabriel (la demeure normande de Bergé et Saint Laurent) chez Christie's France du 12 au 16 novembre, que Pierre Bergé laissera changer de propriétaires, du 17 au 20 novembre, lors d'une vente administrée par la maison Christie's au Théâtre Marigny, pour un produit qui, selon les estimations, devrait avoisiner les 4 millions d'euros, "dérisoire" comparé aux 342 millions (hors bronzes chinois, finalement invendus) de la première session de cessions, mais une manne qui ira à la recherche contre le VIH (rappelons que Pierre Bergé est président du Sidaction, qu'il cofonda en 1994 avec Line Renaud).
Le charme érudit des demeures de ces deux collectionneurs hors norme va donc être mis en pièces, avec l'univers de leur fameux château Gabriel pour curiosité majeure. Le manoir avec vue imprenable sur Deauville et la Côte Fleurie, cédé à l'été 2008 à un magnat russe après avoir été approché par les Brangelina, avait été dédié à Marcel Proust (c'est dans le parc de 30 hectares du domaine que l'écrivain avait rencontré son éditeur, Gaston Gallimard), avec l'aide inspirée du décorateur Jacques Grange, qui puisa dans A la recherche du temps perdu et dans l'imaginaire d'Yves Saint Laurent les éléments d'un décor sensationnel : "Ma rencontre avec Yves pour faire ce château fut une aventure incroyable, se remémore Jacques Grange, cité par Le Figaro. Tous ses rêves de voyage devinrent réalité avec des folies dans le parc comme dans les intérieurs. Deauville, c'était l'ambiance Rottschild revisité par Visconti".
Parmi les objets familiers issus du quotidien d'Yves Saint Laurent et Pierre Bergé, des fauteuils de bal Empire, un billard en noyer, des lustres hollandais, des poteries, tissus, tapis (notamment un tapis Agra d'Inde du nord d'une valeur estimée entre 20 000 et 30 000 euros), mais aussi de la vaisselle, des batteries de cuisine, des réveils, des bagages en état d'usage... "Tout est à vendre", insiste le Figaro en détaillant les lots. Avant de poser la question incontournable : dépecé et délocalisé, ce somptueux patchwork ne perdra-t-il pas toute sa magie ? Des bouts de "temps retrouvé"...
G.J.
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