Ca va mal pour le réalisateur Pierre Etaix. Encore que le réduire à simple cinéaste puisse passer pour un blasphème : le Jerry Lewis français — qui aurait dû jouer avec son ami intime le véritable Jerry Lewis si les producteurs n'avaient pas été si frileux, refusant le projet B.A.B.E.L —, seul représentant national du slapstick (inspiré de la comedia dell'arte et emblématique du burlesque muet américain), est avant tout un enfant de la balle.
Clown, magicien, fasciné par les arts du cirque et génie de l'utilisation du comique, on lui doit notamment la création de l'Ecole Nationale du Cirque avec son épouse Annie Fratellini.
Mais voilà : aujourd'hui âgé de 80 ans, Pierre Etaix est tourmenté par une procédure judiciaire éreintante. Les cinq films qu'il a co-écrits avec Jean-Claude Carrière (Le Soupirant, Yoyo, Tant qu'on a la santé, Le Grand amour et Pays de cocagne), font en effet l'objet d'un litige en matière de droits, ce qui empêche leur exploitation alors même qu'ils font l'objet d'un nouvel intérêt, comme Yoyo, qui a été restauré en 2007.
Un procès sur le fond aura lieu prochainement concernant cet imbroglio juridique, qui a vu le cinéaste dépossédé de ses droits demander aujourd'hui même le droit, au moins, de restaurer ses oeuvres. Le tribunal de Paris s'est déclaré incompétent en attendant le jugement sur le fond dans l'affaire qui oppose Pierre Etaix et Jean-Claude Carrière à Gavroche Productions, qui ne devrait pas être rendu avant… le printemps prochain. Les plaignants ont entamé en décembre 2007 cette action contre la détention des droits de restauration, de représentation et d'exploitation de leurs films par Gavroche productions.
Pour ce qui concerne la requête déposée ce matin par Pierre Etaix, qui souhaitait pouvoir "restaurer et exploiter non commercialement" ses oeuvres, le TGI l'a débouté en fin de journée, estimant que "l'importance pour le patrimoine cinématographique français des oeuvres en cause" était sans portée sur le contentieux opposant le plaignant à la société Gavroche.
Sans doute une ultime bataille pour le Jerry Lewis français. Et rien de marrant à trouver là-dedans…
G.J.
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