Le formidable comédien français Gérard Lanvin, 58 ans, sera le 21 janvier à l'affiche des Envoyés très Spéciaux, de Frédéric Auburtin, aux côtés de Gérard Jugnot. Celui qui a annoncé qu'il mettrait un terme à sa carrière d'acteur en 2010, lorsqu'il aura 60 ans, revient dans les pages de GQ sur cette lourde décision et jette un coup d'oeil derrière, au-dessus de son épaule. Extraits.
Après avoir évoqué intimement Coluche dans un précédent numéro du même magazine, et confié récemment tout le "bien" qu'il pensait de Franck Dubosc et Francis Veber (il les avait bien taillés...) Gérard Lanvin se livre à nouveau : "Je suis né le 21 juin 1950 et j'espère mourir le plus tard possible parce que je n'ai pas envie de faire à mes enfants le coup que mon père, cet homme si bon, m'a fait quand il est mort. J'avais 40 ans, encore l'âge d'être un fils. Ce n'est pas tant mourir mais faire de la peine à ceux qui t'aiment. Le problème est aussi de se préparer à ce moment précis. Juste avant de mourir, Yves Montand à dit à un pompier : "Je m'en fous, j'ai bien vécu". J'aimerais ça, et aussi que mes enfants puissent comprendre cette phrase : "Pleure doucement le mort car il a trouvé le repos". Surpris dans mon sommeil si possible... (Pour en revenir à mon père), malheureusement, il n'a pas été témoin de mon parcours d'acteur. Je lui apporterai les DVD quand j'irai le rejoindre".
Quand il parle de son métier, la star française a un recul sidérant : "Depuis toujours, je considère ce que je fais plus comme une combine que comme un métier. Quand on vient d'où je viens, c'est-à-dire forain puis vendeur de frippes aux Puces, il fallait une part de hasard importante. (...) Je suis un autodidacte et sa majesté le hasard a fait les trois quarts de la besogne. (...) Il n'y a qu'un crétin pour dire "Je suis élève comédien", avec un prof inconnu, Max Dupuy, qui t'apprend à être un ticket de métro en trois heures ou une fleur qui a soif. Pour un forain, c'est une combine qui te permet tout à coup de vivre largement mieux que quand tu te levais à 4h du matin tous les jours".
Mais il porte également un regard plein de franchise quant à son parcours : "Ce que tu revendiques comme extrêmement bon, c'est quatre ou cinq films pas plus, des films, dans lesquels on a eu la gentillesse de me prendre. (...) On me compare à Lino Ventura, ça me va. Je ne me rends pas bien compte de ce que je dégage. Le point commun est de n'avoir pas peur de la vérité. On fait partie d'une sorte d'hommes qui n'ont pas honte de dire ce qu'ils n'ont pas honte à penser. (...) Mais le métier m'a fait payer ma nature d'homme sincère".
Concernant son succès, qui ne s'est jamais démenti, son franc-parler fait mouche une fois de plus : "J'ai tourné "Camping", de Fabien Onteniente. Quand j'ai annoncé la nouvelle, j'ai entendu : "Oh non ! Tu ne vas pas tourner avec lui !" Et j'y suis allé quand même. J'ai apporté à l'histoire le produit de deux jours de réflexion enfermés à La Baule avec les scénaristes. Ce fut le Clown Blanc contre l'Auguste, avec des répliques comme : "Chassez le naturiste, il revient au bungalow" ou "Quand deux tentes se touchent pas, ça fait une allée". Un film populaire, c'est un film dont on retient certaines répliques. "Camping" a réalisé 5,5 millions d'entrées en France. Le même réalisateur avec Dubosc est revenu avec "Disco" et dépasse à peine la barre des 2 millions. Où sont passés les 3 millions qui font la différence ? Ils sont chez moi ! S'ils veulent que je les livre, il n'y a pas de problème..."
Quant à sa vie aujourd'hui : "Je me lève vers 10h, après m'être couché à 3 ou 4h. J'enchaîne avec la lecture des journaux et le vélo, tous les matins, de midi à 13h. (...) Je m'entretiens, c'est le minimum quand on est susceptible de se montrer. (...) Je fais du sport depuis l'âge de 10 ans, c'est ma came, comme le pétard. Je n'aime pas la baston, ni la violence physique. Aujourd'hui, avec tout ce qui se passe dans le monde, il faut être un demeuré mental pour tomber dans ce travers. Moi, j'aime l'amour et les caresses, ce qui ne m'empêche pas d'avoir un tempérament chaud. Et puis je vais bientôt être grand-père, c'est pour ce mois-ci. Evidemment un bonheur intégral. Sinon, il reste mon insulte préférée : "Appelle ta mère que je te recommence !" Celle-là, je l'ai entendue dans la rue. On a tout dit là-dedans. Et puis y'en a une autre : "T'es qu'un trou du cul avec rien autour", je l'adore..."
Pour vous délecter de cette formidable interview réalisée par Philippe Vecchi, rendez-vous dans le dernier numéro de GQ, en kiosque dans quelques jours.
Adam Ikx
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