La chanteuse britannique de bientôt 24 ans se livre complètement au magazine Les Inrocks, sorti aujourd'hui. Une interview profonde et rudement bien ficelée qui nous permet de découvrir une Lily plus sombre et plus tourmentée que jamais mais qui reste surtout terriblement attachante. Tentons donc d'analyser sa personnalité...
Fille d'un comique et d'une productrice de cinéma, Lily est née aisée. Voilà ce qui semble être son principal défaut pour la presse spécialisée qui la décrit volontiers comme une gosse de riche invivable plutôt que comme une artiste accomplie.
Et pourtant, si son mode de vie est souvent contestable (comme quand elle a insulté Elton John) il ne lui enlève pas pour autant son talent : un message qu'elle aimerait marquer au fer rouge sur le front de ses nombreux détracteurs. Selon elle, ceux-ci lui reprochent - de façon tacite - de ne pas avoir besoin de travailler autant que les autres pour réussir. Une façon de penser contre laquelle la jeune Anglaise s'insurge : "J'ai l'impression qu'il y a une conspiration contre moi, qu'on me fait payer le fait que je ne vienne pas de la rue [...], les journalistes sont certains que je ne mérite pas mon succès, que je n'ai pas eu à me battre pour lui. C'est pour ça qu'ils ont créé ce personnage de petite peste capricieuse."
Un complot à l'initiative des anti-Lily ? Pas impossible. Et pour être sûre que son réquisitoire soit bien compris de tous, elle ne les épargne pas dans cette interview : les paparazzi en prennent pour leur grade ("Pour eux, je suis une vache à lait, chaque photo prise par ces connards de paparazzi leur rapporte une fortune"), les journalistes aussi ("Chaque petite phrase peut faire sortir un journaliste de l'anonymat") et même ses fans (à la sortie de la BBC, elle les avait repoussés à coups de pieds, les accusant de vendre ses autographes sur e-Bay), ainsi que tout autre parasite qui gravite autour d'elle. C'est direct, mais ça a le mérite d'être clair. C'est aussi ça, Lily : un langage cash. Ça plait ou ça ne plait pas.
Devant justifier sa réussite financière, Lily est claire : "Je n'ai pas volé mon argent, il est ma récompense." Une récompense résultant de son extrême implication dans son dernier album, It's Not Me, It's You. Et pour cause, outre son obsession perfectionniste (et sa volonté de tout contrôler), la chanteuse cherche une crédibilité artistique qui pourrait effacer cette réputation d'écervelée qui lui colle à la peau ("J'en ai assez d'être considérée comme une potiche, de ne pas être reconnue musicalement"). Écervelée ? Absolument pas. Lily est complexe, parfois exaspérante mais sûrement pas écervelée. Elle n'est pas une Paris Hilton... (qui ne l'est pas tant que ça d'ailleurs, quand on voit tout ce qu'elle ramasse comme argent en ne faisant... rien !)
Ainsi, malgré une adolescence tourmentée à Ibiza dans laquelle la drogue (qu'elle connaît bien) était son quotidien, la jeune femme en est sortie indemne, preuve d'un minimum d'intelligence de sa part saupoudré (quand même) d'un gros coup de pouce d'une tierce personne. Ses parents ? Pas vraiment ("Mes parents ne se sont jamais rendus compte de rien... ou alors ils ont fait l'autruche"), c'est une prof qui l'a aidée. C'est donc étrangement, un symbole d'autorité qui a réussi à canaliser l'énergie de cette gamine des beaux quartiers inapte au respect des règles. Cette enseignante, c'était son mentor : "[Elle] m'a sauvée, la première et la seule qui m'ait encouragée, félicitée pendant toute ma scolarité [...]. Elle m'a prise sous son aile [...] Sans elle, sans son soutien, je n'aurais jamais remonté la pente, vaincu mes complexes." Ha ! On a tous besoin d'un mentor pour se motiver...
Mais malgré le soutien inaltérable de cette prof, Lily n'est pas spécialement apaisée aujourd'hui, en témoigne son titre Fear (qui signifie "peur") et ses propres déclarations. Elle raconte ainsi dans l'interview qu'elle a déjà fait des overdoses. Mais de musique. "J'ai failli tout plaquer plusieurs fois, je ne pouvais plus encaisser mes chansons, elles me paraissaient vides, épuisées." Elle se considère aussi comme sa pire ennemie, en raison de ses angoisses récurrentes qui la rongent, de ces réflexions constantes, sur tout et rien, de ces idées noires qui l'agressent une fois la nuit venue. Lily la chipie laisse place à "Miss Allen, la torturée" qui nous inquiète autant qu'elle nous fascine. Une torturée impulsive qui a parfois des regrets comme cette chanson qu'elle a faite sur son frère, qui lui a néanmoins permis de renouer le contact avec lui.
Mais la noirceur dont elle peut faire preuve ne lui enlève pas son romantisme inné. Elle dit qu'elle "n'a qu'une ambition, qu'une idée fixe : me marier et avoir des enfants." Elle a beau être plus mature que les autres jeunes de son âge, elle n'en reste pas moins candide et encline à vivre le grand amour avec un grand A. D'ailleurs elle est prête à beaucoup pour ça "Je ne lâche jamais, je n'abandonne jamais. Si je repère un mec dans une soirée, ça devient une mission... ça peut prendre un mois, mais mes plans machiavéliques fonctionnent. Je suis très douée pour manipuler les gens et obtenir ce que je veux."
Si cela lui permet d'assouvir son désir de maternité et de vie de couple, comment la blâmer ?
Cette interview très réussie de nos confrères des Inrocks met en exergue tout ce qu'on aime chez Lily : à savoir, sa schizophrénie ambiante lui permettant tour à tour de jouer les rigolotes ou de faire vibrer la corde sensible auprès de son public; une personnalité complexe et controversée qui nous attendrit. Voilà pourquoi, comme Les Inrocks, Purepeople reste fan de Lily !
Allyson Jouin Claude
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