"C'est ma grand-mère, je voudrais juste lui dire que je suis là, que je suis arrivée" : dans notre dos, alors que nous recueillons les impressions de Régine cernée par les médias, la petite-fille de l'héroïne de la soirée n'est pas peu fière : "c'est pas grave, c'est vraiment génial", lâche-t-elle en prenant son mal en patience.
Pour le lancement officiel de la promo de son étonnant nouvel album, dans son fief niché à l'abri des Champs-Elysées (le Regine's, évidemment), Régine est redevenue un moment reine de la nuit. D'aucuns continueront peut-être de railler ce titre qu'ils perçoivent comme un vestige issu d'un autre temps : ceux-là n'étaient pas à la soirée du mercredi 14 janvier.
Chacun prend ses aises et une ambiance bon enfant, quasiment familiale (c'est ce qui se dégage presque toujours lors des événements liés à Régine), ne tarde pas à s'installer dans la relative pénombre, où nous croisons les artistes qui chanteront un peu plus tard avec la maîtresse des lieux. Puis la lumière se fait sur le plateau, derrière lequel un écran géant a été installé. Une lumière rose chatoyante, très "glamour et paillettes", qui baigne la salle dans un style cabaretier, music-hall : tout à fait ce qui convient à cet album et à la suite des festivités.
Après le préambule inspiré et enlevé du producteur Valéry Zeitoun, directeur du label AZ, Régine vient présenter son album. Avec tendresse, humour, gouaille. Réginesque. Un sympathique court métrage de huit minutes, making of de l'album Régine's Duets qui a attiré tout ce petit monde ce soir-là, permet de s'incruster dans les séances de travail des duettistes : l'intenable Pierre Palmade, jamais avare d'un bon mot, qui retrouve son amie sur le titre fantasque Le cirque à tout le monde ; l'hypnotique Paolo Conte et sa voix de miel sauvage pour Azzurro ; le truculent Bernard Lavilliers pour L'emmerdeuse ; l'excellent Edouard Baer, un brin intimidé mais toujours bavard, pour cette délicieuse contine Ouvre la bouche, ferme les yeux ; la formidable Juliette, tout un personnage, honorée de participer à Gueule de nuit ; la star exubérante d'énergie et de drôlerie Boy George (qui vient, hélas, d'écoper de quinze mois de prison ferme), qui éprouve son français sur J'ai toujours porté bonheur aux hommes...
Frisson encore lorsqu'apparaît à l'écran Jane Birkin, revisitant avec Régine Les p'tits papiers : les deux dames devaient se retrouver le soir-même pour nous livrer leur version live, mais Jane n'arrivera finalement pas, excusée pour grosse angine.
Le fantaisiste Arthur H et son inimitable timbre de crooner lunaire inventent superbement ce jazz mafieux qu'est Capone et sa p'tite Phyllis, Cali chante Je viens danser et goûte le plaisir d'avoir été invité à le faire par une telle icône, ...
Fin de la séance. Place au live. Régine nous a réservé trois duos magnifiques, accompagnés au piano par le pianiste des stars, Alain Lanty, l'oeil pétillant et le sourire inépuisable. C'est tout d'abord à La Grande Sophie (attention, sortie de son nouvel album le 26 janvier), rayonnante de fraîcheur et de tendresse, de partager un moment de scène avec la reine du soir : Les lumières de Belleville, dont elle nous dira que cette chanson l'a beaucoup marquée à son arrivée à Paris, à l'adolescence. Vient le tour de la merveilleuse Maurane - jamais à court d'émotion ni... de blagues - et sa voix de velours céleste : Une Valse pour toi et moi se joue sous nos yeux, pour un duo touchant entre ces deux amies très proches depuis plus de vingt ans. Et pour clore le bal en fanfare, impossible de ne pas donner La Grande Zoa : c'est ce bondissant énergumène de Didier Wampas (bientôt un nouvel album pour lui aussi) qui s'y colle, tandis que le public se voit distribuer des boas roses. Résultat : la fête, et un bis et un ter repris en choeur par l'assistance.
Une magnifique soirée, pour honorer un album vraiment saisissant, qui jongle avec légèreté entre fantaisie et nostalgie. Nous vous proposerons dans les heures à venir une vidéo (on y travaille) de ces excellents moments, et vous pourrez retrouver nos interviews exclusives de Maurane, Arthur H, La Grande Sophie, Régine bien sûr... En attendant, profitez des nombreuses photos !
Guillaume Joffroy
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