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REPORTAGE PHOTOS EXCLUSIVES : L'incroyable concert unplugged de Hugh Coltman finit... en boeuf avec Matthieu Chedid !

News publiée Le Jeudi 2 Octobre 2008 à 17:58
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Hugh Coltman en concert au Théâtre Côté Cour
Hugh Coltman en concert au Théâtre Côté Cour
Hugh Coltman en concert au Théâtre Côté Cour
Hugh Coltman en concert au Théâtre Côté Cour

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Sommes-nous dans le salon de Hugh Coltman ? Est-il dans le nôtre ? Ou bien dans un tiers espace atemporel qu'il faut faire exister ensemble ? Dans la salle intimiste du théâtre Côté Cour, dans le onzième arrondissement parisien, devant un mur de pierres burinées — froideur minérale, chaleur des vieilles pierres —, un artiste hors norme (que nous vous avons fait découvrir en images et en musique) installe son univers à la façon d'un homme ordinaire.

Ce soir-là — lundi 29 septembre —, Hugh Coltman, formidable musicien à la patte folk enrobée de lumineuses inspirations jazz, à la voix suave, chaude et impertinente qui va avec, a la crève. C'est lui qui le dit, s'excusant par avance de ses reniflements à venir. So what ? Hugh Coltman a la crève, et cela ne s'entend pas. Mais alors, pas du tout. Pas de coulisses, le natif de Devizes, dans le sud de l'Angleterre, fait donc son entrée comme un spectateur. Un verre à la main, quasi incognito, si ce n'est qu'il s'installe devant le public, à la lumière de l'ampoule nue d'une lampe lambda.

Là, sur un tapis sans originalité de 4m² à tout casser, Hugh Coltman crée un chez soi — "sinon, t'es nulle part", nous fait-il remarquer —, un chez nous, un home mélomane. Une blague Kleenex plus tard, l'ancien membre du groupe The Hoax se déchausse et nous délecte de premières anecdotes. Sur le tapis, en dehors du chanteur en chaussettes, un microcosme minimaliste : lampe, grosse caisse, un cygne lumineux perché sur l’ampli Ibanez, et surtout, pierre de touche de cette scénographie humble et catchy, une table basse sur laquelle s'étale un véritable bazar, le bazar d'une vie : des verres, des clés, un ukulele, un cahier, … A un certain moment, Hugh dira que cette table lui fait penser aux tables que l'on trouve dans nombre de cuisines, où chacun, dans un couple, vide ses poches et dépose son propre bazar : un réceptacle de la vie à deux, une rencontre par objets interposés.

Attente religieuse dans cet espace confiné, silence d'alcôve pré-extatique. Au son du ukulele, qui naît fébrilement de la pénombre comme un soleil qui se lève, prémisses d’une journée lumineuse qui s’annonce, Hugh Coltman étire sa voix à la façon d’un chat qui s’étire et fait le dos rond — effort qui est aussi une délectation. Faisant résonner le son dans sa gorge comme il aime à la faire, entre ses lèvres scellées, il distille une ambiance qui a quelque chose de mystique. Puis ses lèvres se séparent, libérant sa voix de velours et de nuage, et ses envolées vocales. Après avoir voyagé un peu partout, dans les aigus, dans les graves, dans la puissance et dans la retenue, il mettra fin à cette première chanson en retenant le son jusqu’à ce qu’il s’étiole et disparaisse complètement, délicatement. Impressionnant. Hugh Coltman, ou l’art de faire exister tant de choses avec si peu.

Dès lors, il nous emportera pendant une heure et demi d’un set acoustique bluffant, entre envies de blues et morceaux lumineusement rythmés, entre vocalisations denses et échappées jazzy (quel talent pour le scat !), lignes mélodiques et modulations imparables. Lorsque vient l’heure de son titre Could you be trusted, qu’il dit maîtriser mieux au piano, le soleil de ce sunny bouncy morceau illumine un public qui scande la rythmique des pieds, des mains, des doigts. Le tout agrémenté non pas de commentaires mais d’une véritable conversation amicale avec un public simplement subjugué : d’ailleurs, ce ne sont pas les spectateurs qui ont fait l’honneur à Hugh Coltman de venir l’écouter. On a plutôt l’impression que c’est lui qui nous à fait l’honneur de nous rencontrer, de s’installer avec nous, de nous faire rire en se défendant d’être un marrant, et de nous réchauffer l’âme en frottant sa sèche et en remplissant l’espace de son timbre chaud.

Le tout agrémenté d’histoires sans fin et de succulentes anecdotes personnelles, comme avant le délicieux morceau The Moon caught in a tree, dont il s’amuse lui-même, en français. Lorsqu’il chante, c’est un autre homme, qui affiche un masque "tripal", qui vit la musique qui émane de lui. Mais il peut en sortir en un instant ! Ce qui se produit pour le dernier morceau : après quelques mesures, l’homme-orchestre (guitare à la main, harmonica à la bouche, percussions au pied) s’interrompt pour demander à ce que quelqu’un l’accompagne.

C’est Matthieu Chedid qui s’extirpe alors de la pénombre, saisit la guitare qui lui est tendue, et s’installe pudiquement en retrait, laissant avec élégance l’artiste du jour à l’honneur. S’ensuit un bœuf énorme, qui entraînerait de force sur les cimes du blues le plus réticent des auditeurs.

Fin en apothéose. Hugh, qui s’est réjoui de jouer aussi "au contact" du public, invite tout le monde à poursuivre la soirée autour d’un verre. Par la suite, il nous confiera que son seul désir, à l’heure actuelle, c’est de jouer, jouer, jouer : "lorsque je tournais avec mon groupe, nous dit-il, on faisait 250 dates par an. C’était génial !"

La suite s’annonce plutôt bien, puisque parmi ses prochaines performances, on compte un passage au Café de la danse, ainsi que les premières parties de, entre autres, The Hoosiers et… Julien Doré !

Si vous vous mettez à croire qu’il n’y a plus de vrais artistes, de nos jours, écoutez l’album Stories of the safe house (Universal-ULM). Et vous n’aurez sans doute qu’une hâte : rencontrer Hugh Coltman à votre tour.

Guillaume Joffroy



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