Comme nous vous l'avons annoncé ce matin, le maître du théâtre Roger Planchon est décédé hier, à l'âge de 77 ans, des suites d'une crise cardiaque. Ce brillant auteur, acteur et metteur en scène français a marqué le monde du théâtre de son talent et a marqué l'esprit de ses proches, par sa passion inaltérable. Voilà ce qu'était Roger, un homme passionné par le théâtre, qui ne vivait que pour ça et ne comptait pas son investissement. Prêt à tout pour défendre la cause des artistes, Roger a beaucoup oeuvré pour que le théâtre dramatique soit reconnu à sa juste valeur. Sa vie, il l'a dédiée à sa passion, raison pour laquelle son existence est comme l'une de ses oeuvres jouées sur les planches. Une oeuvre à ranger au rayon tragédie. Il avait eu les honneurs de Cannes avec son film Louis l'Enfant Roi, alors que le festival ouvre aujourd'hui.
ACTE 1 : Lever de rideau
Né le 12 septembre 1931 à Saint-Chamond, Roger découvre le théâtre à l'âge de 17 ans. A l'âge où les garçons s'amourachent de jolies filles, lui plonge dans les délices du théâtre. Cet artiste né paysan se veut autodidacte et apprend à savourer la philosophie (Freud), l'économie (Marx) et les subtilités de cet art, seul : ce sont là les balbutiements de sa passion. Dès 1950, Planchon crée sa troupe et son premier théâtre, dans une cave à Lyon : le Théatre de la Comédie. Dans ce Cercle des Poètes Disparus, il joue autant du Shakespeare que du Molière. Son talent est tel qu'il remporte même un concours amateur. Mais le Théâtre de la Comédie n'est pas à la hauteur de l'art de Roger, qui ne se sent pas soutenu et part à Villeurbanne où il reprend le Théâtre de la Cité Ouvrière en 1957 (qui deviendra le Théâtre National Populaire en 1972). De là, son potentiel est enfin exploité et il explose.
ACTE 2 : Du comique à la tragédie en passant par l'absurde
Désireux d'ouvrir le genre théâtral à un large public, Planchon s'est investi pour rendre à la culture ses lettres de noblesse. Ainsi, en mai 1968, il propose la Déclaration de Villeurbanne, dans laquelle il réclame la liberté pour les artistes, une réflexion sur la place du théâtre dans la culture pour les enfants ou encore une hausse du budget de la culture : une Déclaration signée par trente-trois personnalités du spectacle. Frondeur, mais aussi ambitieux : Planchon a été désireux de mêler audacieusement le classique et la modernité. Jack Lang a ainsi dit de lui qu"'il a inventé une dramaturgie nouvelle", quand François Fillon a salué ce "magicien de l'art dramatique qui n'a jamais cessé d'être courageux et a toujours mis son talent au service du subtil et du sublime". Et pour cause, le talent exploité correctement est le propre des personnalités douées. Amoureux de la vie et du théâtre, il s'est pleinement investi dans le TNP (Théâtre National Populaire) et n'a daigné l'abandonner qu'en 2002. Il faut dire que le TNP a été le berceau des talents du théâtre : après Patrice Chéreau en 1972, Roger appellera en 1986 Georges Lavaudant à la codirection de l'étblissement. Outre le théâtre, Roger s'est aussi illustré dans l'autobiographie (Apprentissages : mémoires, sorti en 2004) et au cinéma dans Dandin (1988), et Louis l'enfant-roi (1993). Toujours désireux de vivre du théâtre, il jouait ces derniers temps dans sa dernière pièce Amédée ou comment s'en débarasser de Ionesco, aux côtés de sa femme Colette Dompietrini. Une pièce qui mêle les différents genres (comique, tragique, absurde) et est teinté de symbolisme psychologique. Au final, ce grand homme a travaillé avec des acteurs tout aussi grands : Jean Carmet , Michel Serrault , Annie Girardot ou encore Robin Renucci. Son ambition et son don lui ont permis de mettre en scène / jouer les pièces des plus grands : Marivaux, Racine ou encore Molière avec qui Planchon a un point commun. S'en aller vers d'autres cieux en plein travail.
ACTE 3 : Le spectacle est terminé
Quoi de plus beau pour un exalté que de mourir en exerçant sa passion ? Tel Molière qui est mort sur scène, Roger Planchon est décédé en exerçant son art. Non pas en soufflant les didascalies de sa pièce aux acteurs, mais pas loin. Hier, alors qu'il lisait l'une de ses dernières pièces à l'une de ses amies, il s'est senti fatigué, s'est allongé sur le canapé et a fini par aller raconter le dénouement de sa pièce aux anges. Coup de théâtre : il est mort en dormant, mort en récitant une pièce, mort en vivant sa passion raconte son fils Stéphane (qui s'est occupé de la musique de la dernière pièce de Roger). Une fin théâtrale, que seul un talentueux auteur aurait pu mettre en scène.
Le rideau peut maintenant se baisser. Le spectacle est terminé. Adieu l'artiste.
AJC
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