Après l'électrochoc, l'électrocution. Révélé de façon fracassante en 2006-2007 et rapidement propulsé au rang de "plus people des rugbymen" (et encore, il n'a pas participé au calendrier Les Dieux du Stade !), Sébastien Chabal, avec son retour dans le championnat français, continue à électriser les foules, mais a décidé de court-circuiter les médias. Celui qui, il y a quelques mois encore, soignait sa facette people en se la jouant Isabelle Adjani dans sa baignoire pour une parodie de Pull Marine dans Tout le sport ou apparaissant, doux comme un Bisounours géant, lors du show annuel des Enfoirés, est désormais un mystère... touffu pour ceux qui tentent de l'appréhender. Un garçon de plus en plus broussailleux, à tous points de vue.
A l'image de son éphémère spot publicitaire pour Poweo, qui l'a vu un temps se recharger en mettant les doigts dans la prise avant que l'émoi de l'opinion publique face à ce danger domestique contraigne la marque à débrancher sa campagne, Sébastien Chabal est en mode alternatif : sympathique gaillard et bête à impacts, gentil colosse, force de la nature apprivoisée aux yeux du grand public, il doit faire face à des détracteurs de plus en plus nombreux, qui estiment son talent sportif dopé illusoirement par son capital marketing et sympathie, et s'agacent de ses attitudes... de diva. Le gratuit Direct Sport, dans son édition du week-end, se penchait d'ailleurs sans ambages sur l'énigme, révélant quelques éléments à charge et titrant avec presque autant de violence qu'un plaquage cathédrale : "Chabal - La fin d'un mythe ?"
En décembre 2006, alors qu'il approche (déjà) le cap des 30 ans, le joueur - à l'époque - des Sharks de Sale revient en grâce et dans les petits papiers du sélectionneur tout en se révélant au grand public français : mis à l'écart du XV de France pendant deux ans pour avoir ouvertement critiqué le sélectionneur Bernard Laporte, il se fait remarquer à la faveur d'un essai de 50 mètres inscrit en coupe d'Europe face au Stade Français. Quelques mois plus tard, son double impact face aux All Blacks (dont Chris Masoe et la mâchoire d'Ali Williams font les frais) achève de disposer les premières pierres de la légende. On connaît la suite : une ascension fulgurante en termes de notoriété, au point que l'immense Clint Eastwood le contacte pour un rôle dans son prochain long métrage.
Aujourd'hui, simultanément à son retour en France, Sébastien Chabal met les choses au clair : "Je ne suis pas un people, je suis un joueur de rugby". Première décision : exit Carine Rossigneux, qui gérait parfaitement jusqu'alors son image, remplacée par Pascal Irastorza, qui assène que le joueur ne s'exprimera plus que sur le rugby. Deuxième décision : mettre un frein à certaines de ses activités extra-sportives - après avoir décliné l'offre de Clint, il a également renoncé à prêter sa voix à Grompf le Yéti. Troisième décision : verrouiller la communication, trier et blacklister. En tête de cette liste noire, remarque Direct Sport, L'Equipe, bible hexagonale du sport en général, du ballon rond ou ovale en particulier, clouée au pilori pour avoir écrit lors du dernier Tournoi des VI Nations : "Une déroute comme celle d'hier permet de remettre un Sébastien Chabal à sa vraie place, ni en deuxième ligne, ni en troisième ligne, ni même sur le banc, mais sur les panneaux de pub à l'arrière des abribus". Impitoyable, et emblématique du malaise : pour les spécialistes de l'ovalie, le joueur, c'est évident, est surcoté. Même son de cloche du côté de Pïerre Salviac : "Il est totalement irrespectueux de la presse qui l'a fait. Il l'oublie et ne supporte pas la critique, alors qu'il est loin d'être le meilleur à son poste". On se bornera à faire remarquer que "la presse qui l'a fait" est bien contente d'avoir trouvé un mythe à ériger qui dope les tirages... Bernard Laporte, qui, après leur période de froid, a régulièrement fait appel au joueur en sélection nationale, ne partage pas cet avis : "J'attends qu'on me démontre qu'il y a quatre deuxième ligne meilleurs que lui..." Là encore, autre objection de notre part : Bernard Laporte, alias monsieur Orange/Madrange, est, comme Chabal, un homme d'image autant que de sport...
La donnée commerciale, d'ailleurs, ne compte pas pour peu dans l'équation x=(Chabal-barbe²) + rugby x marketing. Par le biais de son nouveau club du Racing Métro 92, qui le rémunère à hauteur de 700 000 euros annuels assortis d'une maison à Sceaux et d'une voiture de fonction, Sébastien Chabal est d'emblée lié au Parisien et à RTL (d'où sa présence avec Liza à la conférence de rentrée de la station), mais aussi à Nike, la RATP, Natixis, Axa, Vinci, ou encore au Conseil Général des Hauts-de-Seine - il a d'ailleurs participé à une campagne d'affichage qui a permis de décupler le nombre d'abonnés du club (de 300 à 3 000). "Au Racing, la star, c'est l'équipe, commente le chargé de com' du club, mais c'est vrai que pour nos partenaires, l'intérêt est barbu". S'ajoutent à cela ses nombreux engagements personnels (entre 1 et 1,5 million d'euros par an) : Caron (Pour un Homme), Puma (jusqu'en 2010), Urgo, PokerStars, Pepup, Producta (le vin sélection Chabal XXL), Ruckfield (sa propre marque de vêtements, par le biais de laquelle il a investi 15 000 euros dans son ancien club de Bourgoin, sauvé de justesse), ou encore, dernièrement, Orange TV, chaîne sur laquelle il va coprésenter une émission hebdomadaire de 26 minutes sur le rugby.
Si l'engouement semble intact, certains annonceurs commencent à en revenir et à sortir de la mêlée publicitaire. "Il oublie parfois qu'il a des obligations envers nous ou d'autres et lorsque ça l'ennuie, il gueule, ne vient pas ou décale, signale un déçu de la Chabalmania, du côté de ses partenaires "textile". C'est difficile de travailler avec lui. Il change souvent d'avis, ne veut plus venir à une manifestation centrée sur lui. Bref, il ne joue parfois pas le jeu. Mais il connaît l'importance de son image, la soigne et se montre très à son avantage en public. C'est quelqu'un de rusé, qui a très vite compris qu'il pouvait gagner beaucoup d'argent avec son image." Ailleurs, on s'est également lassé des "caprices de monsieur Chabal". A tel point que, à Toulon, où le recrutement a été impressionnant et où on a compté, un temps, sur Chabal, on est rassuré de le savoir ailleurs : "On a eu l'impression que son choix était financier avant d'être sportif (...) Chabal fait vendre énormément et c'est silence radio sur son côté pénible. Les gens préféreront vous dire qu'il a du caractère, plutôt que d'avouer qu'il est caractériel". Là encore, Bernard Laporte est dans les rangs des premiers : "C'est un garçon extrêmement attachant. Seb est atypique, et ce n'est pas mal pour un sport d'avoir des gens atypiques". Une icône d'un des sports majeurs en France, au coeur d'une saga à la Docteur Jekyll et Mr. Hyde, ça ne vous rappelle rien ? Nous, on se souvient du mystère de la face cachée d'un certain Zinédine Zidane...
Difficile toutefois de plaquer tout un système ; le public, lui, s'est durablement entiché de la "French Beast". En avant pour la suite d'un feuilleton qui commence à faire du raffut...
Guillaume Joffroy
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