On les croyait perdus, cachés au fin fond d'un cabane dans un jardin loin de Hollywood. C'était vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué ! Les acteurs de films oubliés peuvent se refaire une popularité en or à la télé. C'est ce qui est bien avec le show business, il peut être aussi cruel que salvateur !
Depuis la fin des années 1990, le phénomène des séries a changé la donne dans le milieu du divertissement. Le cinéma n'est plus le seul à avoir ses superstars et ses scénarii en or. Plus que pour le casting, c'est dans l'histoire que les créateurs ont tout misé. Les Experts, 24 heures chrono, Prison Break, les séries à succès ne sont plus uniquement des sitcoms comme Friends. Outre les producteurs qui ont pu s'en mettre plein les poches, ce sont des acteurs qui ont pu revenir sur le devant de la scène alors qu'Hollywood les avaient jetés aux oubliettes ou presque. Dans le show-business, la réincarnation existe, en tout cas du grand au petit écran !
Retour vers la célébrité
Le retour vers la célébrité le plus important du siècle dernier est peut-être celui de Michael J. Fox, révélé en 1985 par son personnage de Marty McFly dans la trilogie Retour vers le futur. Après ça, il tourne quelques films mais ce sera avec la série new-yorkaise Spin City, dès 1996, que les projecteurs vont se braquer sur lui. Cette satire politique et hilarante lui redonne un rôle en or durant cinq ans !
Moins connu dans ses débuts cinématographiques, l'über-sexuel George Clooney n'est pas devenu une star du jour au lendemain. Le Retour des tomates tueuses (1988), ça vous donne envie ? C'est en passant par les Urgences que le public découvre l'incroyable potentiel sexy du docteur Doug Ross. Il ne s'arrête pas à cette série et prend son véritable envol pour le cinéma. Une vraie deuxième chance quoi.
Les hommes sont loin d'être les seuls à profiter de ce revival par la télé. La fashionista du petit écran est aussi une rescapée du cinéma. Sarah Jessica Parker avait été remarquée dans Lune de miel à Las Vegas (1993), Piège en eaux troubles (1994), Ed Wood (1994) puis Mars Attacks (1996), mais toujours dans des seconds rôles. Puis, en 1998, elle joue une chroniqueuse new-yorkaise qui parle d'amour et de sexe : c'est la révélation. Carrie Bradshaw et Sex and the city la transforme en icône mode. La série a pris fin en 2004 sur le pont des Arts à Paris mais le rêve continue pour elle sur grand écran dans l'adaptation ciné (2008). La question est de savoir s'il y a une vie après son personnage de la série.
Problème sur lequel Kiefer Sutherland travaille aussi. Le fils de Donald Sutherland avait une carrière relativement remplie dans les années 80 avec comme moment phare Stand by me et Young Guns. Vient L'Expérience interdite (1990) et la belle Julia Roberts qui le quittera trois jours avant leur mariage, puis une période creuse à partir de 1993 en tant qu'acteur. En 2001, il accepte de jouer dans le pilote d'une série au concept révolutionnaire puisqu'elle se déroule en temps réel : 24 heures chrono. A présent, bien qu'il soit plus connu sous le nom de Jack Bauer, Kiefer Sutherland affronte de nouveau Hollywood, et Mirrors d'Alejandre Aja (2008) prouve qu'il peut sortir de son personnage de filc anti-terroriste.
Des pointures cinématographiques à la télé
Petit à petit, grâce à des séries novatrices, parfois plus audacieuses que les films et pour des budgets moindres, des pointures oubliés du cinéma ont décidé d'accepter les offres de fictions pour la télévision. Kyle MacLachlan acteur fétiche de David Lynch (Dune - 1985, Blue Velvet - 1987, Twin Peaks -1992) était retombé dans l'oubli. En 2000, il joue les guests amoureux dans Sex and the city et en 2006 dans Desperate Housewives. Ces séries à succès lui offrent des personnages récurrents qu'il joue avec plaisir !
Alec Baldwin, issu de la fratrie la plus célèbre d'Hollywood avait pris plus de poids que joué des premiers rôles. L'ancien mari de Kim Basinger avait marqué le grand écran dans A la Poursuite d'Octobre Rouge avec Sean Connery (1990), La Chanteuse et le milliardaire (1991), avec Kim Basinger et Malice avec Nicole Kidman (1994), et puis il s'est mis à accumuler les seconds rôles avant de disparaître. Les fans de la série Friends se souviennent de son apparition en boyfriend super enthousiaste de Phoebe mais la série qui lui offre un véritable rôle de premier plan est 30 Rock, sur les coulisses d'une émission de télé, diffusée sur Canal + depuis le printemps dernier.
James Woods est un excellent acteur, que l'on a adoré notamment dans Il était une fois en Amérique (1984), Salvador (1986) ou encore John Q (2002). Cependant, il fait partie de ceux dont on ne se souvient jamais du nom. La télé va y remédier en 2006 avec la série Shark qui nous plonge dans l'océan de la justice durant deux ans.
Enfin, deux membres de la famille Sheen peuvent remercier la télévision pour avoir donné un nouveau souffle à leur carrière. De 1999 à 2006, Martin Sheen dans la série A la Maison blanche ne joue pas moins que le président des Etats-Unis d'Amérique : un rôle de grand homme pour un grand acteur (La Balade sauvage - 1974, Apocalypse Now - 1979, Nimitz, retour vers l'enfer - 1980). Quant à son fiston Charlie Sheen, on l'avait adoré dans Hot Shots ! 1 et 2 (1991 et 1993). Malheureusement, il a ensuite enchaîné les séries B. En 2003, il cartonne avec la sitcom Mon oncle Charlie. Humour et famille, un mélange de ton qui va bien à ce comédien qui s'est assagi ! Il est aujourd'hui l'acteur le mieux payé de la télévision !
Et les dames ?
Les dames d'Hollywood, injustement oubliées, auraient-elles aussi trouvé leur salut dans la télévision ? Geena Davis et son sourire aussi immense que charmant avait fait mouche dans La Mouche (1987) et surtout Thelma et Louise en 1991. Ensuite, elle a enchaîné des rôles plus ou moins secondaires comme dans Stuart Little (2000). En 2005, elle revient en force en présidente des Etats-Unis par intérim dans Commander in Chief. Malheureusement, la série n'a jamais décollé et elle a été arrêtée en moins d'un an.
La très gracieuse Tia Carrere avait tapé dans l'oeil de la gent masculine dans Wayne's world en 1992, après des comédies ou films d'actions moyens, elle a son propre feuilleton, Sydney Fox l'aventurière qu'elle mène de 1999 à 2002, mais depuis, où est-elle la belle Tia ?
Certaines stars n'ont pas à proprement parlé déserté les grands écrans mais les séries télés ont donné un nouveau souffle à leur carrière qui se limitait trop souvent à des seconds rôles. La charismatique Glenn Close, bien qu'elle se soit imposée dans Liaisons Fatales en ébouillanteuse de lapin (1988) et en marquise manipulatrice dans Les Liaisons dangereuses (1989), a trouvé avec son personnage dans la série Damages un rôle à sa mesure depuis 2007, et l'audience est au rendez-vous.
Prix d'interprétation à Cannes en 1993 pour la magnifique Leçon de Piano, Holly Hunter a ensuité tourné dans Crash (1996), Une vie moins ordinaire (1997) ou O'brother (200) mais Saving Grace et cette flic déprimée, à la télévision depuis 2007, est une occasion en or pour l'actrice d'être au premier plan. Tout comme la jeune Anna Paquin, qui interprétait sa fille dans le film de Jane Campion, et qui vient de recevoir un Golden Globe pour son interprétation dans la série True Blood.
Le filon Les Experts
La série Les Experts est quant à elle du pain bénie pour deux acteurs d'Hollywood qui ont vu dans ce programme une nouvelle naissance. David Caruso, le flic roux et un peu mou des Experts : Miami avait déjà de la bouteille à la télévision avec New York Police Blues de 1993 à 1995, qui l'avait auréolé d'une gloire... éphémère. Ces différents films suivants (Kiss of Death, Jade...) ne remportent pas de succès et c'est avec la franchise des Experts qu'il revient sur le devant de la scène en 2002. Gary Sinise bénéficiera du même succès lorsque, après s'être fait remarqué dans Forrest Gump (1994), La Rançon ou encore Apollo 13, connaîtra la consécration cathodique avec Les Experts : Manhattan en 2004, tout comme William Petersen, formidable Grissom, qui, avant de mener l'équipe des Experts Las Vegas, était profiler dans le superbe Sixième Sens de Michael Mann.
Trentenaires désabusés au cinéma, heureux à la télé !
Des jeunes premiers avaient fait des débuts prometteurs dans les années 90 mais ne sont pas devenus des stars hollywoodiennes pour autant. Discrets, leurs noms seront retenus grâce à des feuilletons télévisés. Rien n'est acquis à Hollywood quand on sait qu'Anna Paquin récolte à 12 ans un Oscar pour La Leçon de Piano, mais ne perce pas pour autant sur le long terme. Elle est remarquée dans X-men et ses deux autres suites mais c'est avec True Blood en 2008 qu'elle obtient un véritable premier rôle comme liseuse de pensée dans un monde où vivent humains et vampires pacifiquement.
Qui n'a pas été traumatisé par le triste destin de Neil Perry dans Le Cercle des poètes disparus en 1991 ? Robert Sean Leonard a pourtant mis du temps afin d'être réellement reconnu aux côtés de Hugh Laurie dans Docteur House en 2004.
James Spader, l'égyptologue timide mais surdoué de Stargate (1995) avait également tourné dans des films audacieux comme Sexe, Mensonges et vidéo (1989 et Prix d'interprétation à Cannes) ou Crash (1996) de David Cronenberg mais c'est dans Boston Justice que le public le retiendra, passionnante série judiciaire diffusée de 2004 à 2008.
Enfin, elle nous avait émus dans Beignets de tomates vertes en 1991 et puis après, malgré des rôles dans Coups de feu à Broadway (1995) ou Portraits de femmes (1996), Mary-Louise Parker s'est fait discrète. En 2001, elle est un personnage récurrent dans A la Maison Blanche, mais c'est surtout avec l'audacieuse série Weeds qu'elle crève l'écran depuis 2005.
En France, même symptômes ?
Dans l'hexagone, ce phénomène a également touché les comédiens français. Victor Lanoux qu'on avait aimé dans le diptyque Un éléphant ça trompe énormément et Nous irons tous au paradis (1976-1977) est Louis La Brocante depuis belle lurette le samedi soir à la télé (1999).
Sa collègue Anny Duperey s'est reconvertie en maman dynamique de téléfilm comme dans Une famille formidable depuis 1992.
Roger Hanin trouve dans le flic Navarro un rôle sur mesure qui l'ancre dans le patrimoine télévisuel français de 1991 à 2007.
Même donne pour Bruno Cremer, acteur fétiche de Jean-Claude Brisseau (Noces Blanches - 1989) qui sera dans la peau du commissaire Maigret de 1991 à 2005.
Salaud au cinéma, Guy Marchand s'est fait rare mais il obtient le rôle titre de la série Nestor Burma de 1991 à 2003.
Le théâtreux Francis Huster qu'on a souvent vu dans des films de Claude Lelouch ou Andrjez Zulawski est devenu le roi des sagas de l'été à la télé avec des feuilletons comme Terre Indigo (1996) et Zodiaque (2004).
Finalement, plus que permettre des come back de stars, le boum des séries télévisées renforce la notoriété des acteurs vis-à -vis du grand public. La plupart, telles que Glenn Close ou Martin Sheen retrouvent de grands rôles à leur image alors que d'autres acquièrent une réelle célébrité. Fait amusant, en France, les comédiens de cinéma récupérées par la télévision sont d'âge mûr. Le PAF mise plutôt sur des valeurs qui ont de la bouteille quand il s'agit de fiction de prime-time. Tous ces programmes n'ont pas forcément l'impact de 24, Dr House ou même Navarro mais cela vaut bien mieux que les séries B auxquelles certains comédiens restaient malheureusement abonnés.
Samya Yakoubaly
Faire un lien vers cet article















Cliquez sur un smiley pour l'insérer.