Alors que nous l'avons récemment vue au cinéma en fille de Johnny Hallyday dans Vengeance, et que nous la retrouverons dans le très attendu Lucky Luke en Calamity Jane (voir la bande-annonce), Sylvie Testud, 38 ans, a une actualité très chargée en cette rentrée, entre théâtre, cinéma et littérature. Il n'en fallait pas plus à La Parisienne (supplément du week-end du Parisien) pour lui consacrer une interview dans laquelle la talentueuse comédienne se livre, comme à son habitude, sans langue de bois. Extraits.
Concernant Sentiments Provisoires, la comédie sentimentale qu'elle interprète au Théâtre Edouard VII ? "On me propose toujours d'interpréter des folles ou des personnages dramatiques. Là, c'est l'histoire d'un triangle amoureux, mais traité avec beaucoup d'humour. J'ai dit oui tout de suite. En plus, Hélène, mon personnage, est l'élement solaire de la pièce : c'est une vraie bouffée d'air frais dans ma carrière".
Elle incarne souvent des héroïnes fortes qui se battent pour leur liberté ? "J'aime interpréter des femmes qui me ressemblent. Je ne suis pas dans la revendication, mais je fais ce que je veux. Par exemple, je ne comprends pas les gens qui n'ont pas leur permis : c'est s'amputer d'une liberté dingue ! Remarque, je n'en aurais peut-être bientôt plus, vu qu'il ne me reste que trois points".
Elle a récemment eu un problème avec la police justement : "J'attendais mon fils dans la voiture, à la sortie de l'école, et une pervenche est venue, sous mon nez, remplir le PV. Ce qui m'a énervée, c'est qu'elle faisait comme si je n'étais pas là et surtout, qu'elle s'est adressée à moi dans un français exécrable. Donc je lui ai dit : "Il faut retourner à l'école, madame". Là-dessus, elle a appelé du renfort pour m'emmener au poste, comme si j'étais une forcenée. J'y suis restée deux heures. J'étais enragée, mais ça m'a quand même coûté 650 euros au lieu de 35..."
Pourquoi semble-t-elle aussi souvent révoltée ? "Je trouve que plus ça va, moins on a de libertés. On ne peut plus allumer une clope, ni boire un coup sans qu'on nous fasse culpabiliser... Personnellement, je ne peux pas rouler à 40 km/h sur une trois voies déserte alors qu'on est en pleine nuit. Je ne comprends pas qu'on puisse avoir une amende si on se gare sur une place de livraison, un dimanche au mois d'août ! Franchement, il y a de quoi devenir cinglé ! Il faut préserver notre décadence à la française. J'ai l'impression que tout est fait pour nous infantiliser et nous déresponsabiliser. Ça m'énerve tellement que j'en ai fait le sujet de mon quatrième bouquin".
De quoi parle-t-il ? "Ça va s'appeler "Chevalier de l'ordre et du mérite". C'est un peu l'histoire de la femme qui dit à son mec : "Laise tomber, je vais acheter les tranches de jambon parce que si tu y vas, elles ne seront pas bonnes !" A force de tout faire, les femmes obligent leurs mecs à ne rien faire. Ce qu'évidemment, elles finissent par leur reprocher ! Dans mon roman, je ne donne raison à personne. La vraie question que pose le livre, c'est : Cette femme va-t-elle réussir à se libérer de ce comportement qui la met dans un rôle qu'elle ne veut pas jouer ? Va-t-elle réussir à laisser les chaussettes trainer dans le salon ?"
Quelles seraient les solutions pour que la femme du XXIe siècle se libère ? "J'ai juste envie de lui dire : "Lâche l'affaire, ce n'est pas grave. Tout ne peut pas être parfait !" Je trouve qu'on se met beaucoup trop de pression et qu'on perd du terrain en ce moment. Quand je regarde autour de moi, je me demande où sont les Françoise Giroud et les Françoise Sagan d'aujourd'hui... Les cases sont un peu étroites pour les femmes, qui régressent et l'admettent un peu rapidement ! Le meilleur exemple, c'est celui donné par la femme du Président : l'image donnée est insupportable ! C'est ça, l'image de la femme ? Personnellement, cette "surtimidité", cette façon de ne prendre que la place qui lui est attribuée me rendent dingue. Carla Bruni me menace presque dans ma féminité !"
Qu'est-ce qui la gêne ? "Elle est tout entière "dévouée à"... Je suis sûre qu'elle n'est pas comme ça, mais cette image qu'elle donne me gêne. Comme le fait que son comportement effacé devienne presque une fonction..."
Sylvie Testud au Théâtre Edouard VII dans Sentiments Provisoires, aux côtés de Pierre Arditi et François Berléand, et au cinéma dès le 21 octobre dans Lucky Luke, de James Huth, avec Jean Dujardin.
Adam Ikx
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