La disparition d'un visionnaire. Ted Lapidus (de son vrai nom Edmond Lapidus), précurseur en matière de mode, nous a quittés hier, à l'âge de 79 ans. "Il s'est éteint à 14h30. Il souffrait depuis plusieurs années d'une leucémie et est décédé des suites d'une insuffisance respiratoire", a déclaré sa sœur jumelle et couturière Rose Torrente-Mett.
Brigitte Bardot, Alain Delon, Marie Laforêt, Annabelle Buffet, un de ses premiers mannequins, il avait habillé les plus grandes personnalités, sans oublier Aznavour, son grand ami, et même les Beatles. Car derrière la maison Ted Lapidus, fondée en 1958, rue Marbeuf, à Paris, c'est tout une pensée qui s'éteint : celle d'habiller les hommes et les femmes de la rue. Le couturier, qui est passé par le Japon et l'Ecole technique de Tokyo, a très vite souhaité appliquer les principes de la production normalisée au service d'une mode de qualité. "Avec une bonne main d'œuvre, il n'y a aucune raison que ce ne soit pas en usine aussi bien qu'à la maison", disait-il. En 1963, il s'associe avec La Belle Jardinière, un grand magasin qui lui a permi de diffuser sa mode masculine et féminine à grande échelle. Au grand dam de ses confrères, qui n'ont pas manqué de crier au scandale.
Ted Lapidus est "l'un des fers de lance d'un mouvement qui dans les années 60 et 70 destitue la haute couture et révolutionne la mode", indique le Dictionnaire international de la mode, ouvrage de référence de la profession. Une mode actuelle et intemporelle ou se mêlent les silhouettes androgynes, décontractées, affirmées : le blazer, le style safari et militaire, les pattes d'épaule, la démocratisation du jean, la saharienne, c'était lui.
Dans les années 80, la maison s'essouffle, les rachats de l'entreprise se succèdent et ce n'est qu'en 1989 que son fils Olivier, brouillé avec son père puis réconcilié, reprend la tête de la maison.
Rose Torrente, fondatrice de la maison de couture Torrente, n'a qu'un regret : "C'était un grand couturier, mais il n'a pas eu la chance de rencontrer son Pierre Bergé", a-t-elle déclaré en faisant allusion au formidable duo que formait Yves Saint Laurent, disparu et Pierre Bergé, qui gérait la fameuse maison YSL.
Un jour après sa disparition, les réactions sont déjà nombreuses: Nicolas Sarkozy bien sûr, qui a salué "un créateur toujours placé à la pointe de la modernité" qui a "su imposer, dès les années 60, une mode unisexe", mais aussi son fils, Olivier, qui avait fait face à son père devant les tribunaux au sujet de l'utilisation de leur patronyme (Olivier n'a pu utiliser le nom Lapidus dans son travail qu'en 1989). "On ne s'est jamais brouillé réellement. Nous avions des problèmes liés à la présence de deux Lapidus sur la mode mais on s'est beaucoup aimés et ce soir c'est un fils qui pleure son père", a-t-il déclaré à l'AFP.
"On s'est connus intensément. Nous parlions encore récemment de poésie, une de ses passions dans la vie. Il laisse beaucoup de poèmes et des manuscrits".
Ted Lapidus, qui sera inhumé vendredi au cimetière du Père Lachaise, prévoyait d'ailleurs de publier son œuvre riche de centaines de pages.
S.B
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