Demain, TF1 diffusera un téléfilm à 20h50, 'L'affaire Bruay-en-Artois' réalisé par Charlotte Brandström, élu meilleur film du Festival de la fiction qui vient de s'achever à La Rochelle.
Cette histoire qui remonte à 1972, avait défrayé la chronique, car, pour la première fois, un notable, le notaire de la petite ville de Bruay-en-Artois avait été soupçonné du meutre d'une jeune fille d'origine très modeste nommée Brigitte Dewèvre, à peine 16 ans, et incarcéré.
Le juge d'instruction Henri Pascal du parquet de Béthune est nommé dans cette affaire. Appelé 'Le petit juge' par les médias, il n'avait tenu aucun compte de la position établie de son suspect, qu'il a toujours cru coupable, et avait mis en prison le notaire Pierre Leroy, au grand dam des notables de la ville. Les explications confuses et embrouillées du suspect, sa présence sur les lieux du crime, sa voiture garée à proximité... tout va dans le sens du juge qui ne se laisse pas faire par sa hiérarchie. Un comité 'Vérité et Justice' est même créé, présidé par un mineur syndicaliste, tant les modestes gens croient que l'affaire va être enterrée.
Ils n'ont pas tout à fait tort, après quelques mois de détention, sa maitresse Monique Mayeur — qui lui a fourni un alibi — est inculpée de complicité et mise aussi en prison. 5 jours plus tard, le parquet de Béthune ordonne la remise en liberté immédiate de Pierre Leroy, dessaisi le "petit juge" du dossier, et fait libérer, dans la foulée, sa prétendue complice. Une nouvelle enquête démarre, un jeune homme qui habitait dans le même coron que la petite victime est inculpé. Il s'accuse du meutre, puis se rétracte.
Un non lieu pour les époux Leroy — Pierre Leroy a entre-temps épousé sa maitresse Monique Mayeur — en 1974, une relaxe en juillet 1975 pour le jeune homme Jean-Pierre Flahaut. En 2005 le dossier sera définitivement classé, on ne saura jamais qui a tué Brigitte Dewèvre.
Depuis le début du tournage de cette fiction policière — qui n'a d'ailleurs pas été tournée sur les lieux du crime — mais à quelques kilomètres de là, il y a de la grogne et des interrogations. La direction de TF1 et Jean-Pierre Guérin de GMT productions donnent des explications un peu embarrassées à des questions bien naturelles, comme pourquoi ne pas être entré en contact avec les témoins de l'époque ? Le propre frère de la petite victime (c'est lui qui a découvert le corps martyrisé de sa soeur) Philippe Dewèvre, qui s'occupe de sa maman de 80 ans n'a jamais été prévenu. " Sous prétexte de faire une fiction, ils ont donc tous les droits. On nous vole notre histoire" a t-il déclaré.
Mais celui qui est totalement indigné c'est Jean Ker, le grand reporter-photographe pour Paris Match, qui a couvert les plus grandes affaires criminelles de son époque : la mort du petit Grégory, l'affaire de la Josacine empoisonnée, les disparus de Mourmelon entre autres...
Il est devenu l'ami de la famille Dewèvre et grâce à son travail d'enquêteur, a fait repousser, par deux fois la prescription du dossier. Il a écrit un livre très bien documenté et très précis, avec force détails bien différents du dossier d'instruction "Le fou de Bruay" aux Editions Privé sorti en 2006.
Quand il découvre que TF1 fait une fiction sur cette affaire et après enquête, il affirme que la production s'est fortement inspirée de son ouvrage, surtout après avoir vu la diffusion du téléfilm sur la télévision belge.
Il envoie une première mise en demeure à TF1 et à GMT productions, en juin, qui reste sans réponse. Puis une seconde en juillet... qui reste aussi infructueuse. Ses avocats ont donc assigné pour "Plagiat et contrefaçon" les sociétés TF1 et GMT productions, au tribunal de Nanterre le 12 septembre 2008.
Le journaliste est formel, 20 minutes du téléfilm, viennent de son livre et en aucun cas du dossier d'instruction comme le laisse entendre le scénariste Claude Michel Rome.
La justice tranchera... mais le journaliste n'a pas pu faire suspendre la diffusion — c'est impossible dans le cadre de la procédure — le téléfilm sera donc diffusé demain!
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