L'homme en noir. Thierry Ardisson, 60 ans depuis le début de l'année, est l'une de ces personnalités qui fait partie de l'inconscient collectif, dans le sens où l'on a l'impression qu'il a toujours été là. Provocateur, scandaleux, insolent, le poil à gratter du PAF a enchaîné depuis des années les émission cultes - de Lunettes noires pour nuits blanches, en passant par Double Jeu, Tout le monde en parle et aujourd'hui Salut les Terriens sur Canal+.
Dans le cadre de sa longue interview mensuelle dans le magazine GQ, Frédéric Beigbeder (qui est aussi l'un de ses meilleurs amis... ça aide !) a rencontré le célèbre producteur et animateur qui se livre, comme à son habitude, sans langue de bois. Extraits.
"Je suis un homme d'habitudes ! Si je peux continuer à faire de la télé après toutes ces années, c'est parce que j'utilise la force de l'habitude. C'est comme le cheval. Le cheval trotte, et toi, tu ne bouges pas. La télé, c'est pareil : elle trotte, et moi, je suis toujours là. La télé, c'est comme le rodéo. Il faut rester sur le canasson le plus longtemps possible !"
"Je vais archiver tout ce que j'ai fait ces 25 dernières années sur un site internet. Tout ce que j'ai fait à la télé, dans la pub, la presse et la littérature. Je suis parti de l'idée de créer mon "mausolée virtuel", une sorte de Taj Mahal numérique. Le Jour des Morts, au lieu d'aller sur ma tombe, ils iront sur mon site. Par exemple, quand tu taperas "Gainsbourg", tu auras toutes les interviews que j'ai faites de Gainsbourg. 7 500 interviews pour 25 ans de carrière."
"Je ne sais pas si c'est une quête d'immortalité. En tout cas, je rentre dans une nouvelle époque de ma vie. Les 20 ans qui viennent seront ma cinquième vie. Quand j'avais 18 ans, je voulais être riche et célèbre. Je suis un peu riche, un peu célèbre. Aujourd'hui, je suis rassuré sur le plan financier, sur le plan de la notoriété, sur le plan familial. J'ai trois enfants, ils vont très bien. Donc, d'un seul coup, c'est vrai que ça me donne peut-être une autre attitude par rapport à l'existence."
"Quand je serai mort, je me dis que mes enfants et ma femme, quand ils vont venir dans mon appartement, rue de Rivoli (où il vit seul, ndlr), ils risquent de ne pas reposer les bibelots aux bons endroits, prendre des livres et ne pas les remettre à leur place... Finalement, c'est le truc qui me fait le plus flipper dans l'idée de mourir !"
"Je me rappelle quand j'ai annulé ta présence (celle de Frédéric Beigbeder, ndlr) à "Tout le monde en parle" parce que tu avais vomi en coulisses. Tu es le seul mec à avoir fait ça ! Tu es venu à la télé pour parler d'un livre et au moment d'entrer en plateau, on me dit dans l'oreillette : "Il a vomi partout, il est bourré." Et comme c'était pour "Windows of the world", ton livre sur le 11 septembre, on a préféré décaler d'une semaine."
"Je n'oblige pas mes invités à boire, mais on préfère quand ils ont bu ! Si un jour j'ai une école de télé, ce qui serait étonnant, j'expliquerai ceci à mes élèves producteurs : Régle n°1 - Torcher l'invité. Régle n°2 - Mettre des jolies filles au premier rang. La télé, c'est du fun autant que du fond."
"Les pétards, c'est consubstantiel à ma vie... Mais je fais des chek-ups tous les ans. On me met des caméras dans le cul, dans les poumons, dans le ventre et on me dit que tout va bien. La première fois qu'on m'a mis une caméra dans les poumons, je me suis dit qu'on allait trouver des trucs terribles et que ça allait m'obliger à arrêter de fumer, et tant qu'ils ne trouvent rien... Je veux voir mon cancer tout petit, avant qu'il devienne grand !"
"Je fume du haschisch. Je me vois mal ne pas fumer de pétards. Je ne bois pas. Là, je bois un verre de rouge parce que je suis avec toi, mais je ne bois jamais d'alcool, à part le soir de l'émission. Je ne prends pas d'autre drogue que des pétards. Et je trouve qu'un bon pétard à 7h30 le matin ça donne du recul sur les choses."
"Tu sais ce qu'il dit mon fils ? "Papa, si tu n'avais pas fumé de pétards, tu serais peut-être président de la République !" Et comme tous les enfants, les miens veulent faire l'inverse de leurs parents, donc ils sont plutôt straight."
"Je pense qu'il valait mieux que Michael Jackson meure. Il s'était beaucoup détruit, il était devenu un peu ridicule, et je pense que c'est bien qu'il soit mort, voilà. Les stars sont faites pour mourir dans d'affreuses souffrances, c'est très judéo-chrétien, non ?"
"La dernière chose qui m'a révolté, c'est la découverte des maisons de retraite et de cette femme qui disait : "Finalement, j'étais mieux à Auschwitz parce que là-bas, j'avais au moins l'espoir que les Allemands allaient perdre la guerre et que j'allais m'en sortir. Et là, c'est pire qu'Auschwitz." On nous casse les couilles à la télé avec les malheurs du monde, mais le malheur, il est de l'autre côté de la rue, il suffit de regarder le sort des vieux dans les maisons de retraite. Alors oui, les Talibans ne sont pas gentils, la situation au Darfour est terrible, mais il y a aussi nos grands-parents en train de crever dans des maisons de retraite. Ça me révolte."
"Depuis qu'il y a les téléphones portables, aller aux Chandelles (un célèbre club échangiste de la capitale, ndlr), est devenu dangereux parce que tu peux te retrouver sur internet le lendemain matin ! Non, moi, mon plaisir, c'est d'acheter un tableau de Domergue, de le mettre sur mon mur, de mettre une petit lampe dessus et de le regarder."
"En 1998, j'ai été arrêté aux Etats-Unis avec un gramme de shit et je n'y suis plus retourné parce que j'ai trouvé cela insupportable. J'y retourne en 2008, dix ans après. J'arrive à New York et le flic me dit : "Vous n'avez jamais eu de problèmes pour entrer aux Etats-unis ?" Je dis non. Il me dit : "Eh bien je vais vous rafraîchir la mémoire." Et ils m'ont remis en taule, comme la première fois, et ils m'ont à nouveau expulsé, comme la première fois. Donc, je suis très pessimiste pour Polanski. Parce que pour un gramme de shit, dix ans après, j'étais toujours inscrit sur leurs données informatiques. J'ai été voir l'ambassadeur des Etats-Unis en France. Je lui ai dit qu'il fallait quand même pas déconner et ils m'ont donné un visa de dix ans. Nous, on est des pays où cela s'arrange. Nous vivons dans des pays latins, où l'on peut discuter. Pour Polanski, en France, il y aurait prescription. D'autant plus que la fille a abandonné les poursuites. Les Etats-Unis, ils en ont rien à foutre. Si dix ans après, ils sont toujours à cran pour un gramme de shit, on peut comprendre que trente ans après, ils soient toujours à cran pour une sodomie sur une mineure."
La longue interview en intégralité de Thierry Ardisson par Frédéric Beigbeder dans le nouveau numéro de GQ. En kiosques.
A.I.
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et que ardisson n'a pas compris le sens du vomie de "FB" en backstage...






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