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Victoires 2015 : Christine, Indila, Calogero, Guetta, un voyage mouvementé !

Indila et Virginie Guilhaume - Soirée des 30ème Victoires de la Musique au Zénith de Paris, le 13 février 2015.13/02/2015 - Paris
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Indila et Virginie Guilhaume - Soirée des 30ème Victoires de la Musique au Zénith de Paris, le 13 février 2015.13/02/2015 - Paris

30 ans d'archives, 24 décors, 12 Victoires "traditionnelles" et 4 cadeaux bonus, des pré- et jeunes trentenaires qui triomphent, une reine nommée Christine et des monstres sacrés qui se font discrets : les Victoires de la Musique 2015, qui fêtaient leur 30e anniversaire en même temps que leurs nouveaux lauréats vendredi 13 février 2015 au Zénith de Paris, avaient du coeur, de la mémoire et de l'avenir à revendre. Des performances live conçues spécialement par les artistes eux-mêmes, servies par un dispositif intense (les lumières de Fred Dorieux, le mapping du scénographe Olivier Illouz, etc.), des émotions instantanées et des magnétos mémorables qu'ont pu apprécier seulement 2,3 millions de téléspectateurs sur France 2 (14% de part d'audience... sur quatre heures de programme, soulignent nos confrères de Puremédias), soit la plus faible audience du rendez-vous depuis 2000...

A nouveau à la baguette pour cette symphonie collector orchestrée par Morgane Production, et animée de bonnes intentions de bout en bout malgré des couacs et maladresses pour partie évitables, Virginie Guilhaume semblait confirmer jusque dans son choix de look le côté festif assumé de l'événement, troquant sa robe Zuhair Murad de l'an passé contre un smoking sous lequel brillaient d'ostensibles bijoux en or jaune - sur les réseaux sociaux, des montages avec Mister T n'ont pas tardé à fleurir... "Tu as de beaux bijoux", la pressera d'ailleurs un Rachid Taha limite entreprenant, à une heure avancée de la soirée. Tendance smart/bling-bling plutôt que glamour, bienvenue à la fête d'anniversaire des Victoires !

Une surprise party qui s'ouvre de manière peu glorieuse, avec toujours la même manie fâcheuse : combien de temps, combien de temps (non, l'excellent Stefan Eicher n'était pas convié) fera-t-on encore jouer à l'impeccable orchestre des Victoires ce générique élimé et râpé comme les rideaux de la grand-tante ? Par bonheur, un vent de renouveau vient bien vite chasser la poussière déposée sur les tympans des téléspectateurs quand, contre toute attente, les vieilles branches Souchon et Voulzy étrennent les plâtres avec une version régénérée de Rockollection, le mythique tube-compilation que signait le second en 1977. Pour l'occasion, les deux compères l'ont réécrit, livrant une version sur mesure en guise d'hommage à trente ans de Victoires de la musique : exit les Stones, les Beatles et les Beach Boys, place à Bashung, Daho, Niagara... Et ce, avec des invités de marque, brillants représentants de la jeune génération : Raphael (dont la bouche étrangement violacée n'a pas manqué d'intriguer) pour Vertige de l'amour, Julien Doré pour Week-end à Rome, et le duo Brigitte, désormais parfaitement siamoises et follement sexy en robe en cuir, pour J'ai vu. Stromae, grand triomphateur des Victoires 2014, prendra le relais, irrésistible en total look gris, chaussettes hautes et melon, pour parachever en maestro, avec Carmen, cette séquence inaugurale.

Rockollection revisité aux Victoires de la Musique 2015 : Alain Souchon et Laurent Voulzy avec Raphael, Julien Doré et les Brigitte.

Se nourrissant de cette belle énergie, Virginie Guilhaume, devant le président des Victoires Christophe Palatre, la ministre de la Culture et de la Communication Fleur Pellerin et la fine fleur de l'industrie musicale, annonce que ce n'était que la "première étape d'un voyage à travers des souvenirs musicaux". La ravissante animatrice de France Télévisions (bien trop accrochée à son prompteur et décrochée lors des interviews sans filet, quel dommage...) promet des surprises, de l'inédit, du grand show, du très grand show. En avant la musique.

En fait, la cérémonie, hélas encore beaucoup trop longue pour être digeste, s'écoulera de manière harmonieuse, assez fluide, selon une alternance entre trois pans bien définis : les remises de prix, bien sûr, les prestations en direct et les séquences surgies du passé. Innovation spécifique à cette édition anniversaire, quatre medleys revisitant les annales d'autant de genres musicaux aboutiront à la remise d'une Victoire d'honneur spéciale 30 ans : à David Guetta pour les musiques électroniques, à Jean-Louis Aubert pour le rock, à IAM pour les musiques urbaines, à Rachid Taha pour les musiques du monde.

Victorieuse dans les charts avec son premier album plébiscité, Mini World, Indila est la première soliste féminine de la soirée et a préparé une interprétation ébouriffante de sa Dernière danse, cheveux au vent. Mais, dans le sillage de la Rockollection 2015, c'est bien la Victoire de l'Album rock de l'année qui est le premier prix décerné : déjà nommés en 2009, à leurs débuts avec le très remarqué A Mouthful, Olivia Merilahti et Dan Levy, alias le duo The Dø, sont récompensés pour Shake Shook Shaken, un troisième album publié en septembre dernier. Préférés par le collège des votants aux électriques Skip the Use (Little Armageddon) et Shaka Ponk (The White Pixel Ape), deux groupes distingués lors des Victoires 2014, leur passage sur scène sera de courte durée : "On est nuls pour les discours, je voulais juste remercier les gens qui bossent avec nous", lâche promptement Dan Levy. En coulisses, ils confieront au Parisien : "On est remplis de joie. C'est un peu lourd mais on est forts pour le porter. On se demande juste comment on va faire pour le partager, on cherche des solutions, à un ferrailleur à Drancy." Portant leurs tenues d'aviateurs utilisées dans le clip (nominé dans la catégorie idoine) de leur single Despair, Hangover & Ecstasy, ils font ensuite décoller la cérémonie avec leur prestation en direct, sur ce même morceau...

The Do aux Victoires de la Musique 2015

David Guetta, un Américain à Paris !

Electrique, l'ambiance devient survoltée avec un magnéto rendant grâce à 30 ans de musique électronique et de french touch, qui ont longtemps souffert d'un manque de reconnaissance aux Victoires. De Laurent Garnier à C2C, en passant par Martin Solveig, des sets et des déclarations qui retracent une histoire qui a fait du bruit. En épilogue, David Guetta s'empare des platines sur la scène du Zénith, pour un medley de ses récents tubes. Standing ovation pour le hitmaker aux 9 millions d'albums vendus, qui reçoit la Victoire des 30 ans d'électro et mesure avec lucidité le chemin parcouru : "Je trouve ça extraordinaire d'être là, que notre musique soit plus fortement représentée en France, et dans le monde (...) Je veux remercier surtout tous les DJs connus ou inconnus qui jouent ma musique, et tous les jeunes qui vont danser tous les week-ends, qui s'amusent, peu importe leur religion ou leur couleur, tous ensemble. Et merci à tous les DJs qui ont aidé à faire ce que cette musique soit ce qu'elle est aujourd'hui. Parce qu'aujourd'hui c'est la fête, mais au début, c'était compliqué d'exister. Je suis un parmi d'autres." Un message d'amour de la part du roi des coeurs avec les doigts... Mais ce n'est pas fini. Récemment divorcé de son ex-épouse Cathy, épreuve qui l'a fait paniquer, David Guetta revient : "Ah, je veux remercier mes enfants [Elvis et Angie], qui m'ont donné la permission de sortir ce soir !", lâche-t-il avec humour.

David Guetta aux Victoires de la Musique 2015

Christine, half-lady mais double reine

Si Virginie Guilhaume maltraite un peu son nom de scène, oubliant le "s" qui sied, et son genre, la qualifiant (d'après son prompteur) de "self-made-man", la grande révélation de l'année écoulée, Christine and the Queens, remet les pendules à l'heure avec tout son "génie", que lui reconnaît la maîtresse de cérémonie. Avant de venir glaner deux Victoires (Artiste féminine, et Clip, pour Saint Claude), elle épate en chantant et en dansant sa fameuse Christine...

Christine and the Queens aux Victoires de la musique 2015, Christine.

Autre petit génie, qui pourrait bien suivre le même chemin et transformer l'essai lors des Victoires 2016, Vianney, qui recèle sous son look propret l'une des plus belles plumes du moment et un sens musical propre à rendre à la variété ses lettres de noblesse, permet à ceux qui l'ignoraient encore de le découvrir au travers de Pas là, un second titre phare après son très entêtant Te déteste.

"Je savoure ma chance d'être là", confie le jeune homme qui fête, le jour même, ses 24 ans. Le public entonne d'ailleurs "joyeux anniversaire" (pas vraiment la meilleure prestation de la soirée). Il savoure, même si le trophée de l'Album révélation de l'année lui échappera - en dépit d'un lapsus de Virginie Guilhaume - quelques minutes plus tard, atterrissant dans les mains d'Indila.

Vianney aux Victoires 2015, Pas là

Attendue au tournant, Héloïse Letissier, alias Christine and the Queens, est déjà de retour. Malgré les 175 millions de vues de la Dernière Danse d'Indila, c'est bien elle, et le tandem de réalisateurs parisiens qui a tapé dans l'oeil de Madonna, J.A.C.K. (Julien Choquart et Camille Hirigoyen), qui viennent recevoir la Victoire du Clip de l'année, pour Saint Claude, ballet visuel d'une précision diabolique et performance physique envoûtante qui entraîne le spectateur dans une sorte de vertige exquis, la vidéo réalisée par le tandem parisien formé par s'est vu attribuer la Victoire 2015 du Clip. Très émue, celle qui craint de devenir "rouge comme dans son clip" souligne : "Je suis dans une extrême solitude dans mon clip, mais pas dans mon travail." Avant de remercier plus personnellement : "Mes parents, qui m'ont appris à regarder les gens dans le bus, mon frère, Océane, et mes deux réalisateurs, qui ne sont pas sous exclusivité, mais presque."

A peine aura-t-elle le temps de se remettre de ses émotions, durant la performance des Brigitte qui ont troqué leurs robes en cuir contre des tenues de sirènes lamées or, qu'il lui faudra se mesurer à nouveau à l'exercice du discours de triomphe... Désignée Artiste féminine de l'année, l'auteure de l'album Chaleur humaine, visiblement étonnée, en bafouille sous le coup de l'émotion :

"C'est très étrange. C'est très, très beau, il y a un an j'étais ici comme une petite découverte, un petit enfant, j'étais même un peu déguisée en Victoire de la Musique (...) Je voudrais remercier une personne que j'ai oubliée tout à l'heure. Christine, qui m'a permis d'être une half-lady, qui vous appartient aussi, parce que vous en avez fait un beau personnage et une belle année."

Julien Doré vient ensuite servir, avec toute sa suavité, son plat de Chou wasabi, avant que Virginie Guilhaume ne se lance dans une hasardeuse démonstration que, contrairement à ce que peuvent penser nos voisins anglais, il y a du rock en France. CQFD, magnéto : de Noir Désir et Rita Mitsouko à Izia et Shaka Ponk, les images d'archives s'enchaînent en un plaidoyer plus ou moins convaincant au coeur duquel retentit un "longue vie à Charlie Hebdo"... A la fin, la Victoire des 30 ans du rock est décernée au formidable Jean-Louis Aubert, qui vient d'interpréter un medley incluant Temps à nouveau et semble déstabiliser la maîtresse de cérémonie, totalement groupie et plus du tout intervieweuse...

Jean-Louis Aubert lors des Victoires de la Musique 2015, Victoire d'honneur du rock

Les inséparables Alain Souchon et Laurent Voulzy, qui avaient tout de même des loges respectives, a relevé en coulisses Le Parisien ("On a des femmes différentes", justifie avec humour Voulzy), lui succèdent avec leur doux canon, Derrière les mots. Et tentent de fournir des réponses intéressantes aux questions malhabiles de l'animatrice de la soirée, sur la genèse de leur album en duo ou les chiffres de ventes de celui-ci...

Plus improbable encore, c'est l'entrée de Black M, auteur d'un des cartons de 2014 et rare représentant d'une musique dite commerciale aux Victoires (avec Indila), au contraire d'oubliés tels que Kendji Girac et M. Pokora. Sans doute un peu intimidé, le jeune homme offre une prestation en demi-teinte, qui parvient malgré tout, avec son rythme, à entraîner une partie du public.

Dans la catégorie de la Victoire de l'Album de musique du monde, le trio Rivière Noire est primé. Le chanteur brésilien Orlando Morais, le guitariste guadeloupéen Pascal Danae et le bassiste breton Jean Lamoot, dont la musique coule entre Rio, Bamako et Paris, confient leur émotion de voir ainsi distingué le "dialogue avec le Mali, le Brésil et Paris", tout heureux de "voir tous ces gens qui développent autant d'énergie, pas pour faire péter des bombes, mais pour donner autant d'amour".

Après un nouveau magnéto, orienté "chansons" celui-là, Féloche, en lice dans la catégorie Révélation scène, justifie pleinement cette citation en nous entraînant dans sa poésie dépaysante incarnée par Silbo, du nom de cet étrange langage sifflé. Cascadeur pointe le bout de son casque, puis Aubert revient, non plus en rockeur, mais en acolyte de Houellebecq pour chanter Face B.

Une invasion d'intermittents ? Récompensé d'une nouvelle Victoire, sa cinquième, pour le Spectacle de l'année avec Racine Carré Tour, Stromae investit la scène avec tout son gang, dont le boss de son label (Mercury), Olivier Nusse. "Quand je disais, souvent, que je ne suis pas tout seul, c'est vrai, je ne suis pas tout seul. Ils sont là, ça fait beaucoup", fait valoir le toujours élégant (dans les attitudes, pas seulement dans le look) Stromae, qui énumère prénoms et fonctions. "C'est eux qui font une tournée", souligne-t-il. Profitant de l'occasion pour passer un rare message personnel - "C'était l'anniversaire de ma tante et de mon frère aîné ; Tara et tante Brigitte, bon anniversaire" -, il ajoute, à l'adresse du public, pour qui cela a pu relever de l'exploit pour décrocher ses places de concert : "Merci beaucoup, d'avoir été aussi nombreux, réservé les places autant à l'avance." Et de s'éclipser sur une formule qui avait beaucoup fait rire lors des Victoires 2014 : "j'espère que je ne vous saoule pas trop." Non, ça va.

Indila, souffle coupé... Le sifflet, aussi.

Après le passage sur scène de François and the Atlas Mountains, qui se font eux aussi voler leur "s" final par Virginie Guilhaume, c'est l'heure de la consécration d'Indila, Album révélation. Fidèle à son style à fleur de peau, la chanteuse de 30 ans est très effusive dans ses remerciements, au bord de perdre ses moyens :

Si elle s'est inclinée, malgré ses quelque 155 millions de vues pour Dernière danse, dans la compétition pour le prix du Clip de l'année, remportée par Christine and the Queens, Indila a concrétisé son succès public en récoltant le plébiscite des 600 votants des Victoires de la Musique 2015 pour l'Album révélation de l'année.

Presque un an précisément après la sortie (en février 2014) de son premier album, Mini World, qui a fait d'elle la meilleure vendeuse de disques en France de l'année, la chanteuse de 30 ans a savouré sa consécration, glanée aux dépens de l'excellent Frànçois and The Atlas Mountains et de la sensation Vianney.

Appelée sur scène par la maîtresse de cérémonie, Virginie Guilhaume, quelques dizaines de minutes après avoir chanté en live, Indila n'a pas pu contrôler le côté à fleur de peau qui la caractérise : "Bonjour, bonsoir tout le monde, mon Dieu. Quel bonheur, j'ai le coeur qui bat, j'ai plus de souffle... Je vais commencer les remerciements. Merci aux votants, merci d'aimer ma musique. Merci à mes confrères et mes consoeurs. Cette Victoire, je la prends mais je la leur dédie. Merci Skalp, on dit que c'est Edward aux mains d'argent dans le métier, c'est vrai. J'ai beaucoup de gens en tête, je ne sais pas si j'ai le temps pour ça..." La maîtresse de cérémonie intervient alors pour endiguer le flot des émotions... et des paroles : "Oh euh pas tant que ça, je ne suis pas sûre..." Mais déjà, Indila reprend, plus émue encore : elle a oublié de dédier sa Victoire à sa maman, ce qu'elle fait "du fond du coeur", la voix étranglée et les larmes aux yeux en pensant à sa mère, qui est "toute sa vie"... "La plus belle récompense, c'est d'être là devant vous, de lire le bonheur dans vos yeux, de partager cette liesse", conclut-elle, toujours dans son style très emphatique...

Akhenaton, du sourire aux larmes. Et réciproquement.

On revoit avec plaisir des images, qui pour certains font vraiment vintage, de NTM et IAM à l'heure de l'explosion du rap français. Un magnéto revisite trente ans de musiques urbaines, qui s'achève sur une profession de foi vibrante d'Akhenaton. Le chef de file marseillais est bien là, des années après et désormais quadra, pour recevoir avec tous ses collègues d'IAM la Victoire des 30 ans des musiques urbaines.

Quelques dizaines de minutes plus tard, Akhenaton triomphe aussi dans la catégorie de l'Album de musiques urbaines de l'année, pour son disque Je suis en vie : "Je vais essayer d'être bref. Je remercie le label Def Jam qui m'a suivi sur un projet un peu fou d'album éclair, déclare-t-il en acceptant la distinction. Je veux remercier sutout le groupe IAM parce que j'ai conscience que cette Victoire, c'est aussi grâce au travail accompli sur Arts martiens, je dois beaucoup aux autres membres du groupe." Mais cette fois, la gloire est douce-amère : "Il y a deux personnes qui ont été très importantes, pour moi... Luca Minchillo, qui était mon DA [directeur artistique] à l'époque où on a commencé, auquel on doit les albums mythiques d'IAM, et qui nous a quittés [décédé en 2010, NDLR]. Et aussi Bruno Martin [alias Goatari dans le Massilia Sound System], qui comptait beaucoup pour moi, et qui est parti cette semaine [mort à 44 ans seulement, NDLR]." Le rappeur marseillais pouvait ensuite revenir à des ondes positives, en interprétant en live son titre Souris encore.

Akhenaton, Souris encore, aux Victoires de la Musique 2015

"T'es pas tout jeune, toi !"

Après de nouvelles images d'archives consacrées à la chanson française, Calogero, fraîchement débarqué à Paris en jet privé au sortir d'un concert à Troyes, interprète Un Jour au mauvais endroit, extrait de son album Feux d'artifice. Mais avant que cette chanson inspirée par un dramatique fait divers reçoive le seul prix populaire de la cérémonie, ce sont les copains Souchon et Voulzy qui couronnent leur exceptionnelle amitié et leur album commun tant attendu, avec une Victoire de l'Album de chansons de l'année.

"On sait pas tellement bien quoi dire, si ce n'est que c'est un plaisir d'être adoubé comme ça, après tant d'années, s'extasie le premier, 70 ans, se tournant vers son frère de musique de 66 ans. Parce que t'es pas tout jeune, toi quand même !" Et Voulzy de répliquer : "J'ai un âge... Un âge." "Merci, reprend Souchon, aux gens de Parlophone, qui se sont bien occupés de nous, qui ont été gentils avec nous." Et Voulzy de compléter malicieusement (et judicieusement) : "Et ceux de Sony, qui ont bien voulu me prêter à Parlophone pour qu'on puisse faire ce disque." Le musicien poursuit : "C'est drôle parce que les groupes - parce qu'on est un groupe maintenant - se forment au lycée et se séparent au bout de 20 ans, nous on a chanté séparément et on a fait un groupe après." "A la fin de notre vie, complète Alain, enfin pas encore la fin, hein." Chacun finira sur une petite note personnelle : "Merci à ma famille qui me laisse partir souvent, traverser la Manche pour aller écrire avec Alain", signale Voulzy. "Je remercie mon ami Joseph, qui m'inspire beaucoup en ce moment", conclut Souchon.

Séquence bio & LØVE

Chanson française toujours, Julien Doré, déjà auteur à ce moment-là de la soirée de deux belles performances, est appelé pour la Victoire de l'Artiste masculin de l'année, cinq ans après avoir collecté ses deux premiers trophées lors de la grand-messe musicale, avec l'album Ersatz et le clip Les Limites. Et c'est un jeune homme très bio qui, visiblement chamboulé, confie : "J'ai une pensée aussi pour deux personnes qui ont changé ma vie récemment. Pierre Rabhi [pionnier du développement durable, chantre de l'agroécologie, NDLR] et Hubert Reeves [fameux astrophysicien devenu un important militant écologiste, NDLR]. Ils ont changé ma façon de penser et de vivre ma liberté au quotidien." Au Parisien, le garçon très nature expliquera après-coup : "Ils m'ont aidé à me dire que l'artiste a une place tout aussi importante que celle d'un scientifique ou d'un homme politique, et qu'on a peut-être aussi une mission, que tout ce qu'on fait mis bout à bout, ça peut déclencher des choses. On n'écrirait pas des chansons, même si c'est des chansons d'amour, dans le monde dans lequel on vit si on n'avait pas envie qu'il change."

La sensation Benjamin Clementine avait juste avant le prix de Julien Doré la lourde tâche de passer après la séquence d'hommage aux disparus, et avait prolongé l'émotion avec son vertigineux Nemesis. Ce n'est pas pour rien que le Londonien débarqué il y a quelques années la fleur au fusil à Paris et repéré dans les couloirs du métro ligne 2 s'est vu attribuer la Victoire de la Révélation scène. Extatique au sujet du patrimoine culturel français, évoquant Baudelaire et Ferré avec gourmandise, lui qui cite William Blake pour illustrer son art du songwriting, Clementine assène : "Les jeunes Français doivent savoir qu'ils ont un grand patrimoine. il faut que nous soyons unis et qu'ensemble nous essayions de faire quelque chose. Le but n'est pas de décrocher une Victoire, c'est surtout de travailler dur." Virginie Guilhaume est obligée de le stopper dans sa lancée, il ne s'arrête plus...

Benjamin Clementine, Nemesis aux 30e Victoires de la Musique, le 13 février 2015

L'émotion sera d'ailleurs la note finale, très vive, de cette 30 cérémonie des Victoires de la Musique, avec Calogero.

Mais avant cela auront lieu quelques ultimes moments de grâce, comme l'interprétation de Whispers under the moonlight par Alb, avec Anne Gravoin en premier violon, ou les images d'archives de 1990 montrant un Serge Gainsbourg fatigué totalement envoûté par une toute jeune Vanessa Paradis, ainsi qu'une séquence croquignolette avec la venue en plateau de Rachid Taha et Catherine Ringer. Le duo conclut en live le magnéto consacré aux 30 ans de musiques du monde, mais le show ne s'arrête pas là. Visiblement bien chauds (il est alors minuit passé, et le champagne a probablement coulé à flots en coulisses), ils sont déchaînés, et Virginie Guilhaume a bien du mal à progresser. "J'ai compris, ils ne sont pas du tout dans la musique", plaisante-t-elle pour dédramatiser, jouant le jeu en disant avec un accent maghrébin "Ça brille, ça brille", tandis que Rachid Taha lorgne ses "beaux bijoux" et que Catherine Ringer glisse "elle est pas mal !" et lui effleure la poitrine. Au final, c'est l'ex-Rita Mitsouko qui se chargera de la Victoire d'honneur allouée à Rachid Taha, qui l'a laissée tomber...

Rachid Taha et Catherine Ringer aux Victoires de la musique 2015

Désigné par le public, contrairement aux autres lauréats désignés par les suffrages d'un collège de 600 professionnels, Calogero parachève la soirée en recevant la Victoire de la Chanson originale de l'année, pour Un jour au mauvais endroit. Un titre inspiré d'un tragique faits divers avec lequel le chanteur d'Echirolles, âgé de 43 ans, a signé un manifeste qui a tourné en boucle sur les ondes. Ecrite par Marie Bastide, fidèle partenaire artistique de Calogero, la chanson est la transcription du choc que celui-ci a ressenti suite au double meurtre de Sofiane Tadbirt et Kévin Noubissi, 21 ans, le 28 septembre 2012 dans son quartier natal de la banlieue de Grenoble. Très ému de voir cette chanson plébiscitée, Calogero confie : "Je suis ravi que ce soit un vote du public, c'est chouette. (...) C'est une victoire particulière, je suis content que cette chanson ait eu un écho plus fort et ait été plus loin qu'Echirolles, ma ville natale. Tous les soirs, quand je la chante, je pense à Kevin et Sofiane. Ce soir, je pense à leurs parents, leurs amis et au collectif Marche blanche. Ce n'est pas une Victoire de la musique, c'est une Victoire contre la banalisation de la violence, et des armes, et de la mort. Et je voudrais aussi remercier Marie Bastide, qui a su mettre les mots, le soir en 2012, quand le drame est arrivé et que j'ai eu un très grand choc, et a su exprimer ce que je ressentais."

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