Une terra incognita façonnée par la rencontre impromptue d'une world music venue de Madagascar et d'une culture pop-rock bien européenne, qui décident finalement d'emménager ensemble dans... la chanson française. Ensemble, ils mettront au monde une fratrie de chansons aux airs imparables, et légères comme la brume du matin qui annonce
le soleil. Des mélodies tendrement espiègles qui jouent sur des rythmiques positives dans un jardin d'un peu de tout, baigné d'une lumière délicate (musique malgache, pop anglaise, saudade capverdienne - impossible à ne pas ressentir -, musique noire-américaine).
Max (aux arrangements) et Pata (artisan des rythmes) Randriamanjava et leur cousin Dada Ravalison formaient le groupe N'java : trois Malgaches inspirés, vainqueurs d'un concours de world music et signés par une major pour ce qui devait être une belle aventure... qui ne durera finalement que le temps de trois tournées mondiales. C'est en Belgique, à Mons, qu'ils élisent domicile et achètent un studio. Un lieu de création que ne tardera pas à fréquenter l'autochtone Marc Pinilla, un étudiant lancé sur des rails pop-rock, devenu depuis un des mélodistes et, surtout, la voix si précieuse de Suarez. Une voix de coton des nuages, eux qui tantôt s'évaporent au soleil et tantôt sèment la pluie. Légère, voluptueuse, enjouée, susurrée, bien élevée, souriante, séduisante. Du Art Mengo avec moins de rocaille, du Thomas Dutronc avec moins de nonchalance et plus de sourire.
Ensemble, ils ont orchestré le mélange de leurs cultures, de leurs bagages, de leurs discothèques, pour finalement aborder... la chanson française. Le deuxième titre de l'album, cover partielle de La Vie en Rose, en atteste. Et si, sur ce morceau, on retrouve un peu de l'esprit de Kaolin (Partons vite), on y apprécie surtout ce velours, cette souplesse exaltante que revêtent toutes les réalisations de Suarez. Un décor ciselé avec douceur et précaution, qui semble s'épanouir à mesure qu'on l'écoute, comme une plante croissant au soleil de la musique du groupe. L'environnement idéal pour une prose élaborée, précieuse (entendons-nous : délicate et élégante, pas du tout pédante) comme le filet d'eau limpide qui jaillit de la source, et glisse miraculeusement entre les roches.
Petit parcours initiatique dans cette réserve naturelle : après le single On attend, qui a trouvé sans tarder une bonne place sur les ondes, on a encore bien des découvertes à faire. Le Je mens, espièglerie à la Dutronc fils, avec sa pompe manouche, sa mélodie jazzy et son dim doum dam dam dey qui sourit aux anges ; le Aïe aïe aïe aussi sautillant que son titre, coup de foudre pas clinquant et trépidant sur lequel semblent s'être invités quelques mariachi sans trompettes ; le Besoin d'air, litanie exténuée digne des meilleurs Art Mengo ; La non demande en mariage qui a quelque chose du Everything de Michael Bublé ; le très rock Prends-moi ; des berceuses pour adultes telles que Feu d'abstinence ou L'Amant ; ou enfin La seule raison, digne du générique de la plus belle histoire d'amour...
Plongez sans plus attendre dans l'univers de Suarez en suivant le guide (avouez qu'on vous mâche le travail) :
- cliquez ici pour accéder à leur MySpace;
- cliquez ici pour découvrir tout l'album, en écoute sur Deezer ;
- cliquez ici pour accéder à leur page officielle Dailymotion, avec tout plein de prestations live ;
- cliquez ici pour la variante YouTube, avec une sympathique vidéo backstage de leur passage à Taratata.
Vous l'aurez compris, c'est un vrai coup de coeur. On n'espère qu'une chose : vous avoir donné envie de nous rejoindre dans ce jardin d'amour et de musique fraîche aux instrumentations luxuriantes et à la poésie grâcieuse...
Guillaume Joffroy
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