A ses débuts, Mademoiselle chantait le blues ; puis, en 2002, elle a tenté un retour aux sources et à son univers spécifique avec le très confidentiel Piano bar by Patricia Kaas (2002). En 2008, Patricia Kaas réaffirme son appartenance à un monde bluesy-jazzy. Indéniablement, l'écrin par excellence pour sa voix, au timbre profond et aérien, au vibrato inimitable — une voix de jazz.
Cinq ans après son dernier album studio, Sexe fort, la chanteuse, qui dévore le bonheur sentimental à pleines dents, revient avec un huitième effort qui se veut un retour aux sources : Kabaret, avec un K comme Kaas. Cet album résolument jazzy et éminemment mélancolique, dont nous vous avons déjà fait découvrir un premier extrait (avec le clip brûlant de Et s'il fallait le faire), ne parjure pas son titre : au coeur de cet hommage aux années 30 et d'un univers qui s'approprie élégamment les codes de l'âge d'or du cabaret, un piano honky tonk à la sonorité désuète et à la résonance particulière, promène son symbole çà et là (La Chance jamais ne dure, Le jour se lève — une jolie ballade hybride et savamment vieillotte —, Falling in love again, Et s'il fallait le faire).
Mais dans cette homogénéité d'ensemble mâtinée d'électro surgissent quelques transgressions, quelques expérimentations : comme ce tout premier titre, Addicte aux héroïnes, qui rend hommage aux "femmes en majuscule" et aux héroïnes de mode par le biais d'un texte parlé (procédé réutilisé en conclusion, dans Mon Piano Rouge), soutenu par un piano presque hérité des Gymnopédies d'Erik Satie. Une ode quasi carlabruniesque… Plus loin, ce sont des influences trip-hop qui affleurent, dans le mélancolique Je t'aime encore.
Pas de puissance et de grands élans rock sur cet opus dédié à la volupté d'un timbre jazzy qui voyage sur une toile de spleen entrecoupé d'éclaircies : "Et s'il fallait le faire, je repousserais l'hiver à grands coups de printemps et de matins clairs". En revanche, des efforts vocaux, comme dans ce sensuel Solo, charnel et empreint d'une belle amertume jazz, ou encore avec le scat qui s'invite sur Kabaret.
Bref, beaucoup de velours déposé sur un piano omniprésent (avec, parfois, quelques violons), pour un spectacle auditif cohérent. Mention spéciale à la chanson Une dernière fois (écrite par Patricia Kaas), cette litanie envoûtante, ce tango alangui à l'instrumentation habile, traversé par un accordéon tout droit hérité du Gotan Project.
Disponible depuis le 15 décembre en version numérique (8e du top albums iTunes France), Kabaret, dont nous vous proposons le making of, sera dans les bacs d'ici quelques semaines. Le temps pour Patricia Kaas de démontrer qu'il s'agit véritablement d'un spectacle conçu pour la scène — une profession de foi exprimée dans le single-titre Kabaret, qui emprunte son univers au musical du même nom : doté d'un préambule et d'un épilogue parlés, d'un interlude très dansant en guise d'entracte (Pigalle, où clarinette et trompette dialoguent sur un swing enlevé), ce show a déjà fait ses preuves. Un véritable carton en Russie, où la chanteuse vient de donner pas moins de quinze dates ovationnées ! Dès le 6 janvier, elle attaquera le versant français (jusqu'à fin avril, avec notamment 10 dates au Casino de Paris du 20 au 31 janvier) d'une tournée qui la conduira ensuite à travers toute l'Europe.
Willkommen, bienvenue au Kabaret de Patricia Kaas !
Guillaume Joffroy
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