Entre monde politique et vie personnelle, il n'a éludé aucune question. Il a commencé par répondre à l'attaque de Stéphane Rozès : le directeur de l'institut de sondage CSA voit dans cet événement "une stratégie intelligente" pour pallier "un défaut de modernité" face à Valérie Pécresse, rivale de l'intéressé au sein de la liste UMP pour les prochaines régionales. Une tactique électorale démentie par Roger Karoutchi, qui préfère parler d'un moment opportun :
"Il y a un moment où on se dit 'est-ce que je peux en parler ou pas ?', explique-t-il. Ce n'est pas le genre de choses que vous faites uniquement pour une élection. La vérité, c'est que, très longtemps, je me suis dit 'je ne vois pas ce que ça vient faire dans le débat'. Les choses se sont un peu libérées, je le reconnais bien volontiers, dans ma tête : avec l'attitude de Nicolas Sarkozy, ministre, puis président de la République. (...) Il n'a pas à m'encourager, il a une attitude tellement ouverte, sympathique et tolérante que je n'ai pas de problème. C'est plus facile pour moi", conclut-il à propos de son ami depuis plus de trente ans.
Le chef de l'Etat lui a déjà fait voir qu'il accueillerait ce favorablement ce coming out : Nicolas Sarkozy, lorsqu'il était ministre, avait invité Roger Karoutchi et son compagnon à passer un week-end au Pilat : "Je savais qu'il savait, il savait que je savais qu'il savait, mais on n'en parlait pas, se souvient le secrétaire d'Etat. Et, un beau jour, lorsqu'il était ministre, devant une douzaine de personnes, il me dit 'tu arrêtes tes bêtises', tu viens passer un week-end avec ton compagnon. Je dois dire que j'étais un peu scotché à mon fauteuil".
De la même façon, si Roger Karoutchi choisit une certaine pudeur en public, Nicolas Sarkozy n'en fait pas forcément autant, comme, par exemple, lors des présentations aux chefs d'Etat étrangers : "de manière naturelle, je ne le fais pas [présenter son compagnon], tout simplement parce que je ne vois pas très bien en quoi un chef de gouvernement étranger peut être fasciné par ma vie personnelle. Mais quand c'est le chef de l'Etat français qui présente mon compagnon à tous les chefs de gouvernement ou d'Etat étrangers, en disant 'c'est l'ami de Roger Karoutchi', effectivement, ça libère".
Tout le monde ne semble pas aussi ouvert dans son entourage politique. Interrogé sur le côté tabou de l'homosexualité en politique, il répond : "On en parle peu, que ce soit à gauche ou à droite. Je n'ai eu que deux réactions de parlementaires du type 'tu n'aurais pas dû le dire' - deux parlementaires socialistes..."
Et Marc-Olivier Fogiel de rappeler cette pique de Valérie Pécresse : "Ce qui me distingue de Roger Karoutchi : moi, je suis une mère de famille avec trois jeunes enfants". "Je n'ai jamais en quoi que ce soit pensé que Valérie Pécresse pouvait avoir des sentiments ou des attitudes de ce genre-là", se contente de faire remarquer l'intéressé, qui n'a pas spécialement goûté la formule... "Depuis plusieurs mois, ici ou là, il y a souvent en creux des sous-entendus qui ne sont pas très flatteurs. Les critiques, commentaires, et attaques d'une autre nature sur des sites", qu'il évoque également, semblent plus l'atteindre.
Quant à sa propre famille, qu'il a informée juste avant son coming out public : "Mes six frères et soeurs, aucun problème, beaucoup s'en doutaient quand même. Mes parents, c'est un peu plus compliqué, ils ont une vision plus traditionnelle de la famille, mais, bon, les choses se passent bien"."C'est ma liberté et c'est ma volonté de l'avoir dit pour qu'il n'y ait plus de sous-entendu, de malentendu, pose-t-il en conclusion de l'entretien. En aucun cas je ne veux être classé : je suis secrétaire d'Etat chargé des relations avec le Parlement, je me bats dans un gouvernement, je suis d'abord gaulliste et c'est tout ce qui m'intéresse."
Roger Karoutchi s'était également exprimé sur ce sujet, lors d'une interview réalisée par Thierry Demaizière, dans l'émission 7 à 8, diffusée dimanche soir sur TF1. Nous vous proposons de revoir ces images, dans une vidéo ci-dessus.
Mardi, c'est souriant et décontracté qu'il est arrivé à l'Assemblée Nationale pour siéger.
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