Indistinctement atrabilaire et débonnaire, gars paumé et type gentil, brave désabusé et dangereux névrosé, chien battu et mec couillu... : la palette de Vincent Lindon en fait l'un de nos plus jolis caméléons. Un art de la comédie, un art de la discrétion. Tout ensemble.
Le garçon, à l'orée du cap de la cinquantaine (qu'il franchira en juillet de cette année), s'est confié - épanchement suffisamment rare pour être remarqué - dans les pages de... Madame Figaro ! Au détour des pages forcément "féminines" de ce numéro spécial mode, à paraître ce samedi 7 mars, on tombe nez à nez avec cette icône de virilité tranquille - pour un peu, il serait presque surpris lui-même.
Et cette rencontre est bienvenue, comme le titre, du reste, de son nouveau film - Welcome -, qui arrivera sur les écrans mercredi prochain. Un drôle de drame signé Philippe Lioret (Je vais bien ne t'en fais pas), qui voit Lindon camper un maître-nageur espérant regagner les faveurs de son épouse (Audrey Dana) en aidant un émigrant kurde (Firat Ayverdi) à traverser la Manche à la nage. Comme souvent (Je crois que je l'aime, La Moustache, Pour elle...), on le retrouve en train de se débattre dans un tandem amoureux en perdition, et lancé dans des entreprises pour le moins périlleuses ou bizarres.
Il anime ce qu'il crée, et ce qu'il crée l'anime, voilà sa profession de foi - qui devrait être celle de tout acteur -, étendard d'une irréductible humanité : "Il faut donner et prendre pour s'enrichir. C'est ça, le commerce des gens. C'est vrai de tout : du jeu, de l'amour, des rôles. J'aime bien dire à mon personnage : 'OK, je t'incarne, et toi, en échange, tu dois me donner quelque chose.' Cette réciprocité renforce un acteur. Un rôle laisse des traces, ou alors c'est qu'il est mauvais. Ou mal interprété." Schizophrénie et complétion. Son fil conducteur depuis toujours, le fil du funambule, sur lequel il persévère, en dépit des hauts et des bas que ceux de son espèce connaissent nécessairement. A la poursuite placidement excitée de sa bonne étoile (comme dans le clip de M).
"Ce que je veux dire, poursuit-il, c'est que je suis devenu le Simon de Welcome, maître-nageur à Calais qui entraîne Bilal, un jeune réfugié kurde, pour lui faire traverser la Manche. Simon se lance dans cette aventure pour attirer l'attention de sa femme, qui est en train de le quitter... En se dépassant, il devient beau, presque sexy... Je ne veux pas dire que je suis beau, hein ? C'est Simon qui le devient... Je parle trop, non ?" s'interrompt-il soudainement. Auto-censure. Pondération. Frontière entre la performance d'acteur et la performance... d'être.
Isabelle Girard, qui brosse son portrait pour Madame Figaro, réussit à l'affoler : évoquant son rôle de gangster improvisé cherchant à faire évader sa femme dans Pour elle (de Fred Cavayé), elle spécule sur un lien hypothétique avec sa "vraie" vie, glissant sur le terrain des sentiments. "Oh là là , je vous vois venir... Pitié ! N'abordons pas le sujet, ça fait trop people"... Séparé de Sandrine Kiberlain (qui lui a donné une fille), qu'il avait épousée en 1998, le nouveau maître-nageur boit le bouillon...
Mais pas Vincent, qui reste un mec hors du commun, a beaucoup souffert d'une relation "princière" avec la presse people à l'époque... C'est un acteur exceptionnel qui peut tout jouer, et qui n'a, surtout pas, la grosse tête !
Un joli portrait à lire samedi dans Madame Figaro, avant de retrouver Vincent Lindon à l'affiche de Welcome, mercredi prochain.
Guillaume Joffroy
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