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Violence dans Braquo : Pourquoi les méchants, les ripoux et les assassins... deviennent-ils nos héros préférés ?

News publiée Le Jeudi 15 Octobre 2009 à 08:01
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Qui a dit que le crime ne payait pas ? Sûrement pas les chaînes de télévision. En ces temps de crise économico-sociale, les individus doutent de tout : des personnalités politiques, de leurs voisins, de tout le monde. En cette période d'infobésité où un surplus d'information circule trop et trop vite, les individus remettent toutes les théories en cause sous prétexte de bénéficier de sources plus intéressantes ou plus fiables, sur internet par exemple. En clair, le contexte de suspicion presque paranoïaque est propice pour la télé afin d'exploiter un filon intéressant : la noirceur de l'Homme.

Si les américains nous ont encore précédés sur le sujet en proposant séries et émissions politiquement incorrectes mettant en avant l'horreur de l'être humain, la France est actuellement en train de s'y mettre. Au lendemain de la diffusion du pilote d'Au coeur du crime, il est temps de s'intéresser à ces programmes français qui misent sur la peur pour vendre.

Faites entrer l'accusé... au coeur du crime

Cela semble devenir une mode : chaque chaîne à son émission qui revient sur les faits divers. Plus c'est sanglant et atroce, mieux c'est. Mais pour faire passer la pilule et éviter d'être taxé de sensationnalisme, les productions usent du bon vieux stratagème de l'empathie. Résultat, ça marche : chaque chaîne a son programme. Faites Entrer L'accusé sur France 2, Faits Divers le Mag sur France 3, Coupable non coupable sur M6 (par Nathalie Renoux), Garde à vue sur 13ème Rue (par Faustine Bollaert), Enquêtes Criminelles sur W9 (par Sidonie Bonnec), Les enquêtes impossibles (avec Pierre Bellemare), 90' Faits Divers (avec Carole Rousseau) sur TMC, et depuis hier, Au coeur du crime sur TF1. A en voir les bons chiffres d'audience (34% de PDM pour 2,1 millions de téléspectateurs), le crime fait vendre.

Affaires criminelles pas tout à fait résolues ou dans lesquelles subsistent une grosse part d'ombre (pour amener le téléspectateur à se poser des questions et à se prendre pour un enquêteur), musique un tantinet stressante, voix posée respectant un rythme calculé, décor sobre et images d'illustrations sont les ingrédients incontournables pour que la recette soit parfaite. Et ça marche : bercés par Arabesque, Miss Marple, Remington Steele ou plus récemment Les Experts, nous adorons essayer de comprendre l'évolution d'une enquête. Une propension dans nos attitudes de consommation télévisuelle qui se retrouve dans les séries que l'on regarde.

Héros amoral, succès magistral !

Les émissions de faits divers nous font rêver (ou plutôt cauchemarder) et pourtant nous en redemandons dans les séries que nous regardons. Miroir terrifiant de notre société amoindri par un filtre prénommé "fiction", les séries et téléfilms français mettant en scène des héros sans moral commencent à prendre un peu de place. Evidemment, les Américains restent en tête avec leur Dr House, Dexter et compagnie, mais l'Hexagone leur emboîte le pas. Le meilleur exemple est évident, la série Braquo qui a débarqué sur Canal+ cette semaine. La chaîne cryptée a beaucoup misé sur cette série politiquement incorrecte, signéeOlivier Marchal, qui sonde la noirceur des policiers ripoux : avec un peu plus d'1,3 millions de téléspectateurs lundi soir, la fiction de la chaîne cryptée a rempli son objectif. Autant décriée pour la violence de l'histoire que félicitée pour la qualité du scénario, Braquo bouleverse les habitudes télévisuelles françaises. Ce que les téléspectateurs recherchent manifestement...

Ainsi, France 2 a dans ses tuyaux une série de six épisodes intitulée Le Chasseur. Sorte de Dexter à la française, cette série racontera l'histoire d'un homme de main d'un cabinet d'avocats qui se transforme en tueur à gages la nuit venue.

Les anti-héros n'ont pas fini d'envahir notre lucarne...

Mais pourquoi sont-ils aussi méchants ?

Au 17ème siècle, le philosophe Hobbes écrivait "L'homme est un loup pour l'homme". Au 21ème siècle, c'est toujours d'actualité. Et c'est en surfant sur l'idée que nous sommes des ennemis les uns pour les autres que les créateurs inventent ces scénarii novateurs : la division entre le bien et le mal n'est plus aussi évidente. Il n'y a plus les vilains voyous d'un côté et les gentils policiers de l'autre : tout le monde est capable de verser dans le côté obscur. Comme dans la réalité.
Et si ces nouveaux programmes n'étaient qu'un miroir de nos nouveaux modes de pensée, de nos nouvelles valeurs individualistes ? Et si, à travers ces nouvelles émissions/séries, nous apprenions qu'au lieu d'évoluer, nous sommes en réalité en train de régresser vers un état "animal sauvage" ?

Hobbes avait alors raison : l'homme est un loup pour l'homme. Et la télévision est l'ours qui le mange.

AJC



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