"Je ne fais pas de la misanthropie agressive", prévient William Sheller. L'élégant artiste, connu du grand public pour son Homme heureux spleenétique et injustement méconnu quant à... tout le reste, cultive la discrétion. A 63 ans et près de 40 années de carrière, celui qui avait délaissé la quiétude de sa maison en Sologne pour des concerts orchestraux comprenant notamment une tournée en Asie, s'apprête à renouer avec la veine intimiste dont on le sait adepte : l'artiste et son piano, rien de plus, rien de moins.
A l'occasion de cette nouvelle tournée (tous les détails sur son site officiel, Universheller), et dans le sillage du succès de son douzième album studio, Avatars, dans un registre pop-rock, William Sheller, qui était présent pour l'anniversaire événement de Nicoletta, s'est confié à l'édition dominicale du Matin suisse. A propos de sa musique, de son "rapport humain avec le public", mais pas seulement...
"J'ai eu envie de piano après deux ans de trop d'orchestre. Je voulais repartir d'une façon intime, explique-t-il. Et puis le piano, c'est mon coeur, c'est moi, il n'y a rien à faire, il revient toujours. Il n'y a presque pas de chansons du dernier album dans cette tournée, car elles ne sont pas transposables au piano (...) Je fais de la musique très sérieusement, mais je ne la prends pas au sérieux. La musique est un jeu pour moi, un jeu d'ombre et de lumière. J'aime bien me promener, j'aime le contact avec le public, ce contact direct et humain. Le piano, c'est le retour à soi et à l'intime. Actuellement, l'industrie musicale est en pleine évolution, alors il y a le choix : soit c'est l'industrie lourde, comme les grands Zénith, les stades, où les choses ont besoin d'être environnées d'effets visuels et où l'artiste est tout petit dans un coin ; soit les petites formules, des équipes qui se déplacent assez facilement et partout".
Un sens du contact qu'il parvient à entretenir via Internet : "Je suis sur Internet depuis les années 1990 et je l'ai vu évoluer dans des directions sympathiques, mais proches de la pacotille aussi. Il y a un site, Universheller, où je rencontre des gens. Ça me permet de parler en direct avec le public tout en étant préservé (...) C'est un lieu d'échange. C'est mieux que Facebook."
Une bulle qui le préserve mais ne l'empêche pas de constater certaines dérives : "On a tout pour être heureux, on a une belle planète, on a des technologies, mais on les pousse dans le sens de la surconsommation. Récemment, j'ai vu un catalogue qui proposait des clés USB parfumées au citron ou à la fraise. Voulez-vous me dire où va l'invention ? Alors qu'ils vaudraient mieux trouver une solution pour que les gens aient un niveau de vie convenable. C'st dommage, cette agressivité commerciale. On sent que le monde a basculé dans quelque chose d'inhumain. On ne cherche pas l'inhumanité, on cherche à faire des sous. Alors, à la fin, quand il n'y aura plus rien à manger, qu'est-ce qu'on mangera, des sous ?"
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