Philippe Labro, figure majeure du journalisme, de la littérature et du cinéma français, est décédé à Paris le 4 juin dernier, à l’âge de 88 ans, des suites d’un cancer. Né le 27 août 1936 à Montauban, il a traversé six décennies de médias. Après des études aux États-Unis, Philippe Labro s’est lancé dans le journalisme comme reporter à Europe 1 dès 1957, avant de rejoindre France‑Soir, TF1 et Antenne 2. Il a couvert des événements historiques, notamment l'assassinat de Kennedy, devenant l’un des tout premiers correspondants français sur place. Son parcours est pluriel puisqu'il a été écrivain (plus de vingt livres, dont L’Étudiant étranger, Prix Interallié 1986), cinéaste (sept longs métrages, avec Belmondo ou Depardieu), mais aussi parolier comme il a notamment écrit pour Johnny Hallyday. En radio, il a occupé des postes clés , à savoir, directeur des programmes de RTL (1985–2000), vice‑président, et animateur de ses propres émissions. En 2005, il a co-fondé Direct 8, devenue C8, où il a animé jusqu’en février 2025 les émissions Langue de bois s’abstenir et L’Essentiel chez Labro.
Marqué par une vie riche en rencontres, il a aussi traversé des épreuves… Il a raconté une mort imminente dans La Traversée et une spirale dépressive dans Tomber sept fois, se relever huit, soulignant sa résilience. Ses films, comme L’Héritier, La Crime ou Rive droite, Rive gauche, racontent autant l’extérieur que les psychologies complexes. Les hommages ont été nombreux à l'annonce de sa mort, de Nagui à Laurence Ferrari en passant par Pascal Praud. En parlant de ce dernier, quelques jours avant sa disparition, Philippe Labro lui a passé un dernier coup de fil, comme une ultime ponctuation à une vie de conversations et d’amitiés forgées dans les médias. Le journaliste s'est souvenu, pour Paris Match, avec émotion de cet appel étrange et fugace : "D'une voix d'outre-tombe il me dit : 'Vous m'avez appelé ?'. Ce n'était pas le cas mais j'ai répondu par l'affirmative en lui demandant immédiatement comment il allait. Du tac au tac, il m'affirme qu'il va bien et qu'il est rentré chez lui. Nous échangeons encore quelques mots. Notre conversation n'a pas duré plus d'une minute. En raccrochant je me suis interrogé sur le sens de son appel. Aujourd'hui je le connais..."
© BestImage, Christophe Aubert via Bestimage
Jusqu’aux derniers instants de sa vie, Philippe Labro a gardé intacte sa passion pour les mots, le style, et le métier de journaliste. L’émotion est vive depuis l’annonce de sa mort à 88 ans, et parmi les nombreux hommages qui lui ont été rendus, celui de Michèle Cotta éclaire d’un jour particulièrement intime et révélateur le rapport exigeant que Labro entretenait avec l’écriture. "La veille de sa mort, en classant de vieux dossiers, je suis tombée sur les textes de mes éditos de RTL, où j'ai officié pendant trois ans. Il les relisait et les annotait après diffusion puis me restituait les pages. Chaque fois que je trouvais qu'une de mes phrases était mal tournée, il l'avait repérée et la corrigeait comme il fallait", a confié Michèle Cotta à nos confrères de Paris Match. Et d'ajouter : "Chaque fois que j'étais contente de ma chronique, il me félicitait. Il avait une connaissance incroyable de notre métier."
Les obsèques de Philippe Labro se tiendront ce vendredi 13 juin à 10h30, en l'église Saint-Germain des Prés située dans le 6e arrondissement de Paris.
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