Presque 22 ans après le drame qui s'est produit à Vilnius, Netflix sortira jeudi 27 mars la série documentaire De rockstar à tueur, le cas Cantat, réalisé par Zoé de Bussierre, Karine Dusfour, Anne-Sophie Jahn et Nicolas Lartigue. Dans la nuit du 26 au 27 juillet 2003, dans la chambre d'hôtel du Domina Plaza à Vilnius ( Lituanie), Marie Trintignant est rouée de coups par Bertrand Cantat et meurt quelques jours plus tard en France. Le rockeur est condamné pour "meurtre commis en cas d'intention indirecte indéterminée". Si ce film revient sur l'affaire, il met en lumière son traitement à l'époque qui est synonyme de "malentendu" selon Anne-Sophie Jahn.
Les réalisateurs du film ont notamment voulu mettre en avant le fait qu'à l'époque, l'emploi du terme "crime passionnel" était utilisé aussi bien du côté de la défense que dans les médias. Une chose qui ne serait pas envisageable aujourd'hui. "C’est pour cela que le documentaire est encore tout à fait d'actualité aujourd'hui. On entend encore des gens dire : 'Oh mais c'est un accident', on trouve des circonstances atténuantes, sur la consommation d’alcool ou de drogue… Comme si avoir fumé un joint était une raison pour se faire battre à mort. C'est complètement fou. C'est vraiment important de re-raconter cette histoire parce qu'il y a toujours un malentendu énorme", explique la co-réalisatrice Anne-Sophie Jahn à Vanity Fair. Et d'expliquer ce malentendu : "Au niveau du champ lexical employé, cette affaire permet de réaliser l'évolution énorme qui a été faite en 20 ans. À l'époque, la presse parlait de 'crime passionnel', ça reflétait vraiment une vision de l'époque, une vision collective et qui heureusement a évolué, a commencé à changer, et aujourd'hui on parle de féminicide. L'affaire Cantat est un des plus grands témoins de ce glissement."
Autre vision importante du film, la façon dont la famille et les proches de Marie Trintignant n'ont pas été entendus à l'époque. "Il y a eu une stratégie de communication extrêmement efficace mise en place par la défense de Bertrand Cantat en préparation de son procès. On a refusé de voir que c'était un tueur, il a fallu des années avant de l'admettre", explique la co-réalisatrice. Et de poursuivre : "La principale raison, c'est que, comme dans tous les cas de féminicide, la victime n'est plus là pour s'exprimer. La seule voix que l'on peut entendre est celle de l'auteur du crime. Elle prend le pas sur tout. La famille Trintignant, à l'époque, était vraiment dans la douleur. Nadine Trintignant venait de perdre sa fille, dans des circonstances horribles parce qu'ils étaient tous ensemble en plus : elle réalisait le film, son fils Vincent était assistant réalisateur, le fils de Marie, Roman, y avait un rôle. Ils étaient sidérés, dans la douleur, ils ne pouvaient pas forcément s'exprimer, alors que de l'autre côté on avait un clan très organisé avec une parole très efficace et relayée par des proches, un groupe soutenu par Universal, la plus grande maison de disque du monde. Ils avaient un pouvoir de diffusion de leurs idées bien plus fort que celui de la famille Trintignant qui est certes, une famille connue du monde du cinéma, du cinéma d'auteur, pas aussi mainstream que Noir Désir, par exemple. C'était un peu un combat de David contre Goliath. Ce n'était pas du tout équilibré."
Voilà pourquoi revenir sur ce drame et voir ce documentaire est d'une importance capitale plus de 20 ans après les faits.