





En 2007, sur le plateau de Vie privée, vie publique, présenté par Mireille Dumas, Giulia Salvatori se confiait avec pudeur et émotion. Elle parlait alors de sa mère, Annie Girardot, icône des années 70, que la maladie d’Alzheimer emportait peu à peu. Dans son livre La mémoire de ma mère, publié chez Michel Lafon, elle racontait ce lent naufrage, avec dignité et tendresse : "Je ne voulais pas mettre de mot sur les symptômes de la maladie qui, j’en étais sûre, allaient emporter ma mère loin de nous vers les sables mouvants et arides de la maladie d’Alzheimer."
Lorsque le premier diagnostic est tombé, elle refusait d’y croire. Elle demandait un second avis deux ans plus tard, mais continuait à lutter contre l’évidence. Ce qu’elle vivait alors, c’était la douleur d’une fille voyant sa mère s’éloigner sans mourir, oublier sans faire exprès. "Ce qui faisait le plus mal c’est que ta mère parfois elle perde ses souvenirs qu’on a eus. C’est ça le plus douloureux." Et face à cela, Giulia choisissait l’amour. Elle ne fuyait pas, elle restait : "Moi je lui ai dit : 'Tu sais maman, on va lutter, c’est là et puis je suis là, je t’aime.' Tu sais maman moi j’ai écrit un livre, c’est un témoignage d’amour, de respect."
"Elle nous a dit 'au revoir' et elle est partie paisiblement"
Annie vivait alors dans une maison spécialisée. En 2008, Giulia décidait de la transférer dans un établissement où son frère Jean, lui aussi malade, résidait. Leurs chambres se faisaient face. Il gardait un œil sur elle, la protégeait. Ensemble, ils évoquaient parfois leur mère, Magi. Giulia rendait visite à sa mère trois fois par semaine. Elle constatait que "maman ne se souvenait pas qu’elle avait été actrice." Seul le nom de Claude Lelouch faisait parfois briller ses yeux. Le reste, la gloire, les tournages, s’effaçaient. "Les gens qui ont Alzheimer basculent dans un autre monde, leur monde", expliquait-elle. "C’est dur à vivre pour les proches, mais la seule chose à faire est de s’adapter à ce monde, d’essayer d’y entrer pour communiquer."
Le 28 février 2011, Annie Girardot s’éteignait paisiblement, entourée de sa fille et de sa petite-fille, Lola. "Ça s’est passé superbement bien. Elle était avec moi et avec ma fille. Elle a fermé les yeux, elle nous a dit 'au revoir' et elle est partie paisiblement", racontait Giulia sur Europe 1. "C’est la plus belle chose qui pouvait lui arriver... Je me sens sereine parce qu’elle ne souffre plus." Le 4 mars, lors des obsèques à l’église Saint-Roch à Paris, Alain Delon lisait un poème. Jean-Paul Belmondo était présent, parmi d’autres artistes venus lui rendre hommage. Elle dont la carrière avait pourtant connu une longue traversée du désert et qui avait fait un retour dans les années 90. Mais la famille, elle, demandait la pudeur. "Si vous avez aimé maman, surtout, il faut lui foutre la paix, garder d’elle une belle image", répétait Giulia.