





Quinze ans après le suicide de Krisztina Rády, la mère de Milo (1997) et Alice (2002), les enfants de Bertrand Cantat, la justice rouvre l’enquête, ravivant au passage une affaire douloureuse. Fin juillet, le parquet de Bordeaux a annoncé la réouverture de l’enquête pour examiner d’éventuelles "violences volontaires" ayant pu être exercées par l’ex-leader de Noir Désir sur la victime. Une décision motivée par les éléments révélés dans un documentaire récemment diffusé sur Netflix, De rockstar à tueur : le cas Cantat, consacré à la trajectoire controversée du chanteur.
Cette décision judiciaire est loin de faire l’unanimité. "Aujourd'hui les parents souhaitent l'apaisement et ne comprennent pas l'acharnement concernant ce dossier, notamment en prétendant que leur gendre aurait commis un suicide forcé", a déclaré à l’AFP leur avocat, Me Tibor-Louis Leh. Selon lui, le documentaire est "particulièrement à charge" et alimente une lecture univoque des faits. Le film mentionne une lettre posthume de Krisztina Rády, récemment dévoilée par Paris Match, dans laquelle elle écrit : "Merci aux cris incessants et aux accusations de Bertrand, dépositaire exclusif de souffrance." Si ce passage semble pointer Cantat, la lettre cite aussi d’autres figures - deux hommes qualifiés de "lamentables petits caporaux" et deux femmes - qui auraient contribué à son mal-être. Me Leh affirme par ailleurs que les parents détiennent une autre lettre d’adieu, dans laquelle celui qui est désormais en couple depuis des années n’est pas mentionné, et où il est question d’un contentieux professionnel.
Pour rappel, la mort de Krisztina Rády a déjà fait l’objet de quatre enquêtes - en 2010, 2013, 2014 et 2018 - toutes classées sans suite. Les parents, tout en ayant évoqué par le passé la "violence" de leur gendre, ont aussi admis que "les causes du suicide sont multiples", et que Cantat "n'est vraisemblablement pas la seule personne impliquée". Cette relance judiciaire intervient dans un contexte où Bertrand Cantat vit désormais reclus. Selon Paris Match, il s’est retiré dans sa maison des Landes, fuyant les projecteurs. "Il ne sort plus de chez lui. C’est sa compagne qui vient acheter les cigarettes. Elle-même dit qu’il est complètement déprimé", confie un buraliste local à l’hebdomadaire. Retiré de la scène musicale, il avait tenté un retour via son groupe Détroit, mais l’opposition du public a étouffé le projet. Aucun concert n’a pu avoir lieu malgré un financement participatif réussi en 2024. Le groupe a depuis suspendu ses activités.
Si sa carrière artistique semble définitivement compromise, Bertrand Cantat n’est pas dans la précarité. Il continue de percevoir des revenus significatifs grâce aux droits d’auteur de Noir Désir, dont les rééditions restent lucratives. En revanche, le retour de l’affaire Rády sur le devant de la scène judiciaire attire de nouveau la lumière sur celui qui, déjà condamné pour le meurtre de Marie Trintignant en 2003, reste une figure clivante du paysage français. Entre besoin de vérité et recherche d’apaisement, cette affaire montre que certaines blessures, aussi anciennes soient-elles, peinent à cicatriser.


