





Le 7 août 2024, la vie de vingt-sept jeunes rugbymen a basculé. Ce jour-là, Medhi Narjissi, demi de mêlée et vice-capitaine du XV de France U18, est happé par le courant au large de Dias Beach, une plage réputée dangereuse du Cap de Bonne-Espérance, en Afrique du Sud. Le groupe venait de terminer une séance de récupération en mer. Aucun d’entre eux n’imaginait que cette baignade tournerait au cauchemar.
"C’est l’anniversaire de Medhi… Si vous voulez laisser un message à ses parents", lâche l’un de ses anciens coéquipiers, six mois après le drame. La phrase brise un silence de plomb, avant que ce jeune ne replonge dans un mutisme quasi total, raconte sa mère dans les colonnes du Parisien.
Pour plusieurs familles, la détresse de ces adolescents reste difficile à gérer. "Quand on est parent, on se sent perdus aussi. On voit son fils en détresse et on ne sait pas quoi faire", confie un père. Des réunions en visioconférence ont été organisées entre parents, révélant des témoignages bouleversants : "Des mères étaient en pleurs", se souvient l’un d’eux. Certains jeunes se sont isolés, refusant tout dialogue. "Impossible d’en parler, on a tout tenté", déplore une mère. Un autre parent dénonce au Parisien : "La Fédération a fait de nos enfants des bombes à retardement".
Si quelques joueurs ont trouvé refuge dans le rugby ou les études, d’autres peinent à reprendre pied. Le rapport de l’Inspection générale de l’éducation, du sport et de la recherche (IGESR) fait état de somatisations, de blessures et de troubles du sommeil. "Mon fils a décroché scolairement alors que c’était l’année du bac et il s’est blessé au rugby", témoigne une maman auprès du Parisien.
La colère des familles se tourne aussi vers la Fédération française de rugby. Plusieurs parents estiment n’avoir reçu qu’un soutien insuffisant dans les jours suivant le drame. "Nous l’avons appris par les journaux. Personne ne nous a prévenus", regrette un père. Certains ont envisagé des actions en justice pour mise en danger de la vie d’autrui.
Sur le terrain, l’émotion reste vive. En avril dernier, lors du tournoi de Vichy, les U18 français ont disputé un match avec le nom de Medhi brodé sur le col de leur maillot. À chaque essai, ils formaient un "M" avec leurs mains. Mais derrière les hommages, le traumatisme demeure. "J’ai vu mon fils en pleurs et ensuite, il est passé à côté de son match", raconte un père.
À l’approche du premier anniversaire de la disparition de Medhi, un de ses coéquipiers a confié au Parisien : "Cela me travaille… Je sens que je suis dans une phase descendante. Quand j’en parle, j’ai les mains qui tremblent à nouveau." Des mots qui rappellent que, pour certains, la douleur reste intacte, et que la page de Dias Beach est encore loin d’être tournée.