Quintuple champion du monde et d’Europe de natation, Camille Lacourt a connu les sommets du sport avant de prendre sa retraite en 2017. Mais derrière les médailles et les titres, l’ancien nageur a aussi dû apprendre à se reconstruire après la fin de sa carrière. Dans une interview accordée à La Tribune du dimanche, il revient avec Alice Detollenaere sur cette période de transition, mais aussi sur les difficultés financières qu’ils ont traversées.
Lorsque Camille Lacourt rencontre Alice Detollenaere en 2019, un an après avoir quitté les bassins, il est encore en pleine réflexion sur son avenir. Pour Alice, son compagnon traverse alors une période particulièrement délicate. Elle raconte : "Camille ne savait rien faire d'autre que nager. À part être un père formidable. Mais une fois sorti de l'eau, imaginez combien c'est difficile de se retrouver dans le monde réel."
Le principal intéressé reconnaît volontiers avoir eu du mal à tourner la page. Pendant quinze ans, son quotidien avait été rythmé par un objectif précis : gagner. Il explique : "Pendant quinze ans, je me suis levé avec un objectif clair : être le meilleur. Du jour au lendemain, tout s'arrête." Une rupture qui l’a obligé à repenser complètement sa vie et son identité.
Cette période de transition s’est également accompagnée de problèmes financiers. Au moment où Alice commence son parcours de soins (ndlr : elle a été diagnostiquée d'un cancer du sein), Camille tente de se reconvertir professionnellement et cherche de nouvelles sources de revenus. Il raconte : "Financièrement, c'était compliqué. J'étais en pleine reconversion professionnelle et je démarchais toutes sortes d'entreprises pour des conférences. Alors qu'Alice, elle, était complètement à l'arrêt."
L’ancien champion évoque également un investissement qui lui a coûté cher. Après sa carrière sportive, il a tenté de se lancer dans un projet de restaurant, mais l’expérience ne s’est pas déroulée comme prévu. Il reconnaît : "J'ai sans doute aussi traversé une période où je pensais pouvoir réussir partout." Avant d’ajouter : "Cette illusion s'est rapidement dissipée lorsque j'ai perdu beaucoup d'argent dans un projet de restaurant.". Une expérience qui, selon lui, lui a permis de revoir ses ambitions et son rapport à la réussite. Camille Lacourt assure : "Cela m'a remis les pieds sur terre et a définitivement réglé mon problème d'orgueil." Aujourd’hui, il dit avoir appris à ne plus chercher systématiquement l’excellence dans tous les domaines. Il affirme : "Aujourd'hui, je veux être heureux d'être médiocre."
Cette nouvelle philosophie contraste avec les années passées à viser constamment la première place. L’ancien nageur souligne : "J'ai déjà eu la chance de réussir dans un domaine alors qu'il y a tellement de personnes qui passent leur vie à courir après cette réussite sans jamais la connaître."
Dans cette reconstruction, Alice et sa fille Jazz (fruit de son amour avec Valérie Bègue) ont également joué un rôle essentiel. Camille Lacourt raconte avoir traversé une période de grande souffrance psychologique après sa retraite. Il explique : "On peut être un très grand athlète sans être la meilleure version de soi-même en tant qu'être humain." Il ajoute avec une grande franchise ce qu'il pensait à l'époque de lui-même : "J'espère que ma fille ne tombera jamais sur un homme comme moi."
Aujourd’hui parents d’un petit garçon de 5 ans, Marius, Camille Lacourt et Alice Detollenaere ont également choisi de s’engager ensemble auprès de l’association Ruban Rose, dont ils sont parrain et marraine. Alice a par ailleurs lancé Promis, une marque de bodys et leggings pensés pour s’adapter aux différents corps, dont 10 % des bénéfices sont reversés à une association de soutien aux femmes. Désormais consultant pour France Télévisions, Camille Lacourt poursuit ainsi une nouvelle vie loin des bassins. Cette semaine, il a notamment commenté les Championnats d’Europe de natation, une nouvelle étape réussie dans sa reconversion.