Sur le plateau de Ça commence aujourd'hui, les téléspectateurs de France 2 sont désormais habitués à sa silhouette rock et à ses analyses bienveillantes. Aux côtés de Faustine Bollaert, Laurent Karila prête son expertise aux récits des invités, épaulé par d'autres figures familières de l'émission, à l'image de l'avocat Marc Geiger ou du psychiatre Florian Ferreri. Mais lorsqu'il quitte les projecteurs du service public, le médecin retrouve son quotidien de professeur, psychiatre et addictologue à l'hôpital Paul-Brousse, à Villejuif. Dans les couloirs de cet établissement francilien, le spécialiste observe une habitude particulièrement préoccupante chez les jeunes générations. Très prisées dans les cours de récréation, les amphithéâtres ou sur les réseaux sociaux, les canettes de boissons énergisantes font désormais partie du quotidien de nombreux adolescents et étudiants. Une consommation en apparence anodine qui dissimule pourtant des risques pour l'organisme.
Dans les colonnes du Parisien, le praticien a tenu à tirer la sonnette d'alarme face à des comportements de plus en plus excessifs constatés lors de ses consultations. Certains jeunes adultes n'hésitent plus à consommer d'importantes quantités de ces boissons au format XXL pour tenir le rythme de leurs révisions ou prolonger leurs soirées festives. "C'est beaucoup trop !", avertit sans détour Laurent Karila, évoquant des consommations quotidiennes dépassant parfois les trois canettes de 500 millilitres. Les répercussions physiques peuvent alors se révéler graves. "Il y a eu des cas d'arrêt cardiaque avec trois canettes !", insiste le médecin. Au-delà des risques cardiovasculaires, la composition même de ces produits pose question. Riches en caféine et en substances stimulantes, ils peuvent entraîner des effets indésirables et favoriser une consommation excessive. "C'est l'équivalent de deux à quatre expressos ! C'est ce qui rend dépendant si l'on en consomme trop", explique-t-il.
Si la consommation isolée de ces canettes suscite déjà l'inquiétude des soignants, leur association avec des boissons alcoolisées représente un risque supplémentaire. Lors des soirées étudiantes ou des sorties en boîte de nuit, le mélange est utilisé pour atténuer le goût de l'alcool tout en repoussant la sensation de fatigue. Une pratique que le spécialiste de l'hôpital Paul-Brousse dénonce avec fermeté. "Ce qui nous inquiète aussi beaucoup, nous addictologues, c'est l'association avec l'alcool. La boisson énergisante va masquer son effet et donner l'impression de ne pas être ivre. Avec toutes les conséquences que l'on connaît : risque d'intoxication aiguë, accidents, troubles du comportement...", détaille-t-il. En atténuant la perception de l'ivresse, ces boissons peuvent inciter à boire davantage et augmenter les risques liés à une consommation excessive d'alcool.
La liste des effets indésirables provoqués par ces boissons stimulantes ne se limite pas aux risques cardiovasculaires ou à la dépendance. Laurent Karila met également en garde contre différents symptômes physiques et psychologiques susceptibles de survenir en cas de consommation excessive. "Un surdosage peut aussi déclencher anxiété, crises de panique, convulsions, insomnie et, sur le plan digestif, nausées, vomissements, douleurs abdominales", prévient l'expert de France Télévisions. Face à ces risques et à des arguments marketing parfois trompeurs, le constat dressé par le psychiatre est sans appel. Selon lui, "les boissons énergisantes n'ont aucun intérêt". Un rappel destiné aux jeunes comme à leurs parents, afin de les sensibiliser aux dangers d'une consommation excessive et aux risques qu'elle peut entraîner.