Désormais peintre, Jean-Marie Poiré mène aujourd'hui une existence paisible à Bruxelles. Le cinéaste, célèbre pour avoir dirigé des monuments de l'humour hexagonal tels que Le Père Noël est une ordure (1982) ou Les Visiteurs (1993), a fait de la capitale belge son nouveau refuge créatif. Expatrié depuis une quinzaine d'années, le réalisateur, qui a depuis acquis la nationalité belge, expose actuellement ses toiles dans une galerie de la commune d'Uccle, à quelques pas de chez lui, et ce jusqu'à la fin du mois de juin.
Pour cette incursion dans le monde de l'art plastique, l'octogénaire a choisi de s'effacer derrière un pseudonyme : Jim Jazz. Une habitude pour le fils du producteur Alain Poiré, qui se faisait déjà appeler Martin Dune dans les années 1970 lorsqu'il s'essayait à la musique rock. Un choix qu'il justifie avec malice auprès de l'AFP, estimant que son véritable patronyme est effroyable à prononcer correctement pour des anglophones.
Si Jean-Marie Poiré peut s'adonner à sa passion pour la peinture sans se soucier des retombées économiques, c'est avant tout grâce au triomphe historique de ses longs-métrages. Les Visiteurs, qui pointe toujours à la cinquième place des plus gros succès de l'histoire du box-office en France, lui a assuré une véritable tranquillité financière.
Fidèle à l'esprit potache de ses scénarios coécrits avec Christian Clavier, le cinéaste ne s'en cache absolument pas. Lorsqu'on l'interroge sur sa réplique favorite parmi toutes celles qu'il a pu écrire, il cite immédiatement la célèbre interjection de l'écuyer du Moyen-Âge : "C'est ma préférée, c'est grâce à 'okay' que je peux faire de la peinture à fonds perdus", confie-t-il dans un grand éclat de rire.
Ironie du sort, c'est justement l'univers du cinéma qui l'a poussé vers les pinceaux. Il raconte avoir commencé à peindre pour évacuer la pression alors qu'il attendait le feu vert des producteurs pour lancer le tournage des Visiteurs 3 (sorti en 2016).
Aujourd'hui, son exposition bruxelloise, baptisée Juxtaposed emotions, dévoile une quinzaine de toiles aux teintes explosives, très imprégnées de la culture pop art. Il y mêle les époques à travers des collages — d'abord conçus sur ordinateur — où des icônes du grand écran comme Sophia Loren ou Gene Tierney côtoient des figures bibliques. L'ancien réalisateur explique avoir été très tôt fasciné par la permissivité et la nudité omniprésentes dans l'art religieux traditionnel.
Cependant, il ne faut y chercher aucune dimension philosophique. Jean-Marie Poiré assume une démarche purement divertissante, balayant d'un revers de main toute volonté de se prendre au sérieux : "Dans mes films, je n'en ai jamais eu [de message] et je n'en ai pas plus en peinture. Le message, ça me gave ! Je cherche à m'amuser."
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