À l’occasion du tournage vidéo de sa routine make-up et quelques jours après avoir fêté son anniversaire, Flora Coquerel a accepté de venir rendre visite à Ode pour faire le point sur sa vie. Douze ans après son sacre, celle qui se définit aujourd’hui avec humour comme une "Miss France à la retraite" s’est confiée avec beaucoup de sincérité sur son parcours (parfois mal connu), les opportunités qu’offre encore ce titre, sa vie sentimentale, son désir d’enfant ou encore sa manière de garder les pieds sur terre malgré la notoriété.
L’ancienne reine de beauté a également évoqué l’engagement qui occupe une place essentielle dans sa vie : Kelina, l’association qu’elle a fondée avec ses parents au Bénin. Une aventure familiale portée par la volonté d’aider les femmes dans une région confrontée à un désert médical. Avec le naturel et la gentillesse qui la caractérisent, Flora Coquerel nous a ouvert son cœur.
Ode : Vous venez de fêter votre 32e anniversaire. Est-ce que vous avez passé une journée particulière à cette occasion ?
Flora Coquerel : J’adore les anniversaires, me retrouver avec mes amis et ma famille. Mais cette année, je suis restée seule. Je suis allée bruncher, je me suis baladée et posée dans un parc au soleil. J'ai appelé ma famille et je suis rentrée chez moi tranquillement. J'ai un quotidien où je cours beaucoup à droite à gauche. Et j'adore ça. Mais le fait de ralentir pour mon anniversaire, c'était très chouette. Les anniversaires, il y en a pour qui c'est angoissant. Pour moi, c'est une chance d'accumuler les années.
Cela fait 12 ans que vous avez été élue Miss France. En quoi cette élection a-t-elle changé votre vie ?
J'aime bien dire que je suis une Miss France à la retraite aujourd'hui. Cette période de ma vie a chamboulé pas mal de choses. À l'époque, j'avais seulement 19 ans et je quittais le cocon familial pour représenter "la France". Ça m’a permis de mûrir rapidement et de m’engager, notamment avec mon association Kelina. J’ai pu prendre la parole et l'utiliser à bon escient. Ma devise, c’est qu’on ne peut pas prendre position sur tout, on ne peut pas aider tout le monde, mais tout le monde peut aider quelqu'un. Miss France m’a aussi permis de m’assumer en tant que grande femme d'1m82. J’étais complexée par ma taille quand j'étais plus jeune. Enfant, on aime bien se pointer du doigt dès qu'on ne correspond pas à la norme. Mais la norme, c'est nous qui la créons.
Si vous deviez retenir de grands moments qui ont jalonné ces douze années, quels seraient-ils ?
Tout d’abord, je dirais des moments liés à mon association Kelina, notamment avec l'ouverture de la maternité en 2021. Puis, je dirais la reprise de mes études après Miss France. J'ai obtenu mon BTS commerce international. En trois mois, j'ai rattrapé deux ans d'études. J'étais fière de moi. Je peux aussi citer un tas d’autres expériences assez dingues que j’ai vécues, comme avoir été chroniqueuse, faire un documentaire sur le wax, défiler au Vietnam, voyager seule, prendre des cours de comédie ou faire de la poterie. Globalement, je regarde avec beaucoup d'humilité, d'amour et de reconnaissance tous ces défis qui ont jalonné ces douze années.
Elodie Gossuin nous disait que ce titre, même après l'année de règne, ouvrait des portes inimaginables. Vous nous en avez déjà un peu parlé, mais est-ce que vous pouvez nous en citer quelques-unes ?
Ce qui m'a choquée, c’est vraiment la possibilité de voyager avec autant de facilité. Mon premier voyage était au Panama pour y rencontrer le président. Je trouvais ça fou de vivre cette expérience-là aussi jeune. Une fois arrivée, j’ai pris un hélicoptère présidentiel. Ce sont des choses auxquelles tu n'as pas accès normalement. Et ça, c’est uniquement durant l'année de mon règne, mais même encore aujourd'hui, le fait d'être une personnalité publique offre beaucoup d’opportunités, comme aller au Festival de Cannes par exemple.
"Je veux qu’on soit avec moi pour ce que je suis et non parce que j’ai été Miss France."
Vous nous parliez des aspects positifs liés à Miss France. À l'inverse, est-ce que vous pouvez nous citer des choses un petit peu plus négatives dans votre vie personnelle voire professionnelle ? Dans votre vie sentimentale, par exemple, est-ce un facteur aidant ou au contraire gênant ?
Des aspects négatifs, il y en a. J'essaie de prendre beaucoup de recul parce qu'on reste très privilégiées. Mais par exemple, il y a certaines marques qui ne veulent pas travailler avec des Miss France car cet intitulé leur déplaît. C’est assez difficile à comprendre car nous sommes toutes très différentes et nous avons toutes des aspirations et des combats différents. Je trouve ça assez réducteur de rabaisser une personne à une année de sa vie. Du côté de mes relations personnelles ou sentimentales, ça ne pose aucun problème. Je n’ai eu que de longues relations et les partenaires avec qui j’étais étaient très respectueux. En période de célibat, il faut savoir faire la part des choses entre les hommes qui te voient comme un trophée et ceux qui s'intéressent à toi pour qui tu es réellement, mais on les repère vite. Je veux qu’on soit avec moi pour ce que je suis et non parce que j’ai été Miss France.
Est-ce que ça peut vous faire tourner la tête d’avoir été Miss France ? Comment gardez-vous les pieds sur terre ? Est-ce que c'est grâce à votre famille ?
Quand j'avais 19 ans, j'ai vite compris le moment où les gens pouvaient perdre pied. Quand tu as trop de visibilité et que tu as accès à plein de choses, il y a un moment où tu peux prendre ça pour acquis. Et là, ça devient malsain. Me concernant, cela passe beaucoup par l'éducation. J'ai toujours eu un entourage sain, ça permet vraiment de garder les pieds sur terre. Mon association me permet aussi d’être plus ancrée dans la réalité, dans les difficultés de la vie et de me rendre compte de mon privilège. Pour moi, la notoriété, ce n'est pas quelque chose qui fait de vous quelqu'un de forcément bon. J'ai croisé des gens très toxiques à la télé.
Flora Coquerel : "Je réalise mon rêve d'enfant"
Aujourd'hui, vous considérez que vous avez un ou plusieurs métiers ?
J’aime me considérer comme un couteau suisse. C’est assez drôle mais aujourd'hui, je fais un peu ce que je rêvais de faire quand j'étais petite. Quand j'étais jeune, je voulais être styliste, découvrir d'autres pays, d'autres cultures, et aujourd'hui, je navigue un peu entre tout ça.
Vous êtes la cofondatrice et la présidente d’une association nommée Kélina. Pouvez-vous nous raconter son histoire ?
On a fondé Kelina en 2014 avec mes parents, déjà engagés dans une association. Plus jeune, je les accompagnais au Bénin. Devenue Miss France, j’ai voulu porter des messages importants, dans la continuité de leur engagement. Je voulais un projet pour les femmes, en commençant par une maternité dans une zone rurale du Bénin, un désert médical que ma famille connaît bien. On a découvert qu’il y avait une sage-femme pour 20 000 femmes. Face à cette urgence, on a ouvert en 2021 une maternité à Akaradé qui est devenue un centre de référence pour les villages alentours et le Togo. Le projet évolue : un dispensaire a été créé pour élargir les soins, et un bloc opératoire est en projet pour gérer les urgences sur place. On aimerait aller plus loin, mais tout dépend des financements. "C’est fou car plus de 400 enfants sont nés grâce à une idée qui s'est concrétisée dans le salon de mes parents."
Quels sont vos principaux soutiens ?
Ils proviennent de différents financements : soit des sociétés engagées via du mécénat, soit des collaborations avec des marques pour créer des produits ou mener des opérations.
"J'adore dire que j'ai plein d'enfants que je n'ai pas portés"
Qu'est-ce que ça vous procure d'aider des femmes qui donnent la vie, qui mettent des enfants au monde ?
Pendant longtemps, on ne s'en est pas rendu compte. Mais une fois sur place, on rencontre les centaines de mamans qui ont accouché de leurs bébés, c'est là qu’on se prend une claque. Et on célèbre tout ça ensemble. On est super fiers d’avoir fourni ce travail en famille qui a commencé dans le village de ma grand-mère Nana Zalia. C’est pour cela qu’on a donné son nom à la maternité. Cette association, c’est une histoire de transmission, une histoire de femmes. Je suis contente d'avoir rendu hommage à toutes ces femmes qui m'ont précédée. On est hyper reconnaissants car grâce à tout ça, on peut accueillir des femmes, peut-être sauver des vies et permettre à des enfants de commencer la vie dans de bonnes conditions, grâce au premier échographe qu’on a amené dans la région par exemple.
À quelle fréquence vous rendez-vous au Bénin ?
On y va une fois par an en famille. Ça nous permet d'aller voir ma grand-mère à Aledjo avant tout, puis de nous rendre à la maternité. On passe aussi par Porto-Novo, capitale du Bénin, pour faire tous les rendez-vous. On travaille main dans la main avec les ministères de la Santé. Ça nous permet de leur soumettre toutes les actions qu'on a envie de faire dans le futur et de rencontrer des entreprises locales qui veulent s'engager à nos côtés.
Votre maman est d'origine béninoise. Qu'est-ce que vous gardez de cette culture ?
Je suis très contente de mon métissage. Mes parents ont su jongler entre la culture française et béninoise. J’ai grandi en France mais j’ai eu la chance d’aller au Bénin très jeune et de m’imprégner de la culture, de la musique, de la nourriture. Je n'ai pas eu la chance de parler le dialecte de ma maman, le kotokoli, ça aurait été plus facile de parler avec ma grand-mère. Mais sinon, tout le monde parle français.
De votre côté, devenir maman, c'est une expérience que vous avez envie de vivre ?
Aujourd'hui, à travers mon association, j'adore dire que j'ai plein d'enfants que je n'ai pas portés. J'en suis profondément reconnaissante. Mais oui, bien sûr, j'adorerais faire cette expérience-là si la vie me le permet. Ça ne va pas arriver demain, mais un jour, j’espère. Affaire à suivre.
Propos exclusifs ne pouvant être repris sans la mention Ode
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