Hatem Ben Arfa : Résurrection de l'enfant prodige et rebelle du foot tricolore
Publié le 30 mai 2012 à 22:42
Hatem Ben Arfa sous le maillot de Newcastle
Hatem Ben Arfa le 27 juillet 2010 en Tunisie
Hatem Ben Arfa et Jérémie Ménez le 9 août 2010
Hatem Ben Arfa et Jérémie Ménez le 11 août 2010 à Oslo
Hatem Ben Arfa et Jérémy Ménez le 11 août 2010 à Oslo
Hatem Ben Arfa le 11 août 2010 à Oslo
Les InRockuptibles avec Hatem Ben Arfa en kiosques le 30 mai 2012

On le pensait perdu pour le football, incapable de s'imposer dans une équipe sans créer la discorde ou d'atteindre ce degré de maturité qui lui aurait permis de s'affirmer comme l'un des meilleurs joueurs de sa génération.

L'exil anglais

Et à 25 ans, Hatem Ben Arfa semble avoir trouvé la plénitude. Pour cela, l'homme a dû s'exiler du côté de Newcastle, une ville minière du nord de l'Angleterre, loin des fastes de Londres. Pourtant, l'aventure aurait pu stopper aussi rapidement qu'elle avait débuté. Victime d'un tacle assassin de la part du boucher Nigel De Jong en octobre 2010, le prodige avait vu sa première saison anglaise s'arrêter net. Mais depuis, Hatem Ben Arfa est revenu encore plus fort, bien décidé à s'imposer. Son travail a fini par payer, puisqu'il fait aujourd'hui partie de la liste de Laurent Blanc, celle des joueurs appelés à disputer l'Euro.

Une impression confirmée par l'entretien réalisé par Les Inrockuptibles et qui révèle un peu plus de la personnalité attachante, mais parfois énervante, du jeune joueur. "Je suis épanoui, débute-t-il. Sur le terrain, je prends du plaisir et, en dehors, je me sens heureux, à l'aise avec mon entourage." Comment expliquer un tel changement ? Son départ de Marseille pour Newcastle n'explique pas tout, et le jeune homme avoue avoir fait un gros travail sur lui-même durant son année forcée de repos. "J'ai réussi à dompter mon tempérament. Je suis moins impatient et moins impulsif, en paix avec moi-même", assure-t-il, lui qui avoue pouvoir "encore [s]'énerver à propos de n'importe quoi", mais réussir à tout intérioriser au lieu de s'en prendre aux personnes qui l'entourent.

Une jeunesse sous les projecteurs

Hatem Ben Arfa revient également sur le documentaire qui l'a fait connaitre et a grandement influé sur son tempérament. Alors qu'il jouait à l'INF Clairefontaine au côté des Nasri, Benzema et autre Ménez, l'ancien Marseillais et son équipe avaient été l'objet d'un documentaire de Canal+ et présentés comme une génération dorée. Pourtant, de l'INF, centre de formation du foot français, Hatem Ben Arfa n'en retient rien de bon : "J'ai mal vécu cet épisode de ma vie. C'était dur. Tu es un gamin et après l'entraînement, quand tu rentres le soir, tu te retrouves toujours en compétition. (...) Mentalement, tu n'es jamais apaisé." A 12 ans et loin de ses parents, le milieu de terrain reconnaît avoir pâti de l'attitude de son entourage, sa starification précoce à 15 ans à peine ne jouant pas en sa faveur.

"Lorsque tu es jeune et pas encore tout à fait équilibré, tu peux vite t'égarer et perdre tes repères. Tu estimes que tu as plus de droits que les autres et tu peux basculer dans la toute-puissance", confie-t-il. Traitement de faveur, privilèges et statut de petit prodige, Hatem Ben Arfa arrive à Lyon à 15 ans pétri de certitudes. Certains y verront de l'arrogance, d'autres une confiance absolue en lui-même. Toujours est-il que la jalousie s'installe progressivement autour du meneur adolescent. Résultat, le caractère du jeune Hatem s'en ressent : "Je n'avais aucune humilité, je parlais beaucoup, j'avais toujours un truc à dire, je m'embrouillais tout le temps. A Lyon, j'ai été viré de l'école, je me suis engueulé avec les éducateurs, avec le directeur du centre de formation... J'étais dur, impulsif, sûr de moi."

Ben Arfa, talent explosif

Pourtant, il reconnaît volontiers que Lyon a été le club qui lui a permis d'être ce qu'il est aujourd'hui, lui qui traîne une réputation d'intello après avoir révélé qu'il lisait des bouquins dans sa jeunesse et qu'il s'était essayé à Kant ou Spinoza, sans pour autant y comprendre grand-chose... "J'ai toujours eu du mal à me soumettre à l'autorité, poursuit-il. Il fallait savoir comment me prendre, ne pas être trop dur, m'écouter, trouver le juste milieu." Et visiblement, Raymond Domenech semble avoir réussi à percer Hatem Ben Arfa, à le comprendre et à utiliser cette colère pour cette passion du foot : "Je sentais une réelle affection chez lui, il était protecteur et sincère. J'ai l'impression que nous sommes animés du même sentiment de révolte." Clash à Lyon, puis à Marseille, Hatem Ben Arfa reste fidèle à sa ligne de conduite, quitte à griller son image auprès du grand public.

Alors Hatem est parti. Il s'est exilé en Angleterre, comme David Ginola à une époque et Éric Cantona avant lui. Une résurrection : "La vie y est relaxante, sans pression. Si j'avais pu venir en Angleterre dès mes 17 ans, je l'aurais fait. C'est un autre monde, une autre culture." La religion est un autre élément important de cette transformation, lui qui révèle prier cinq fois par jour - "cela m'apaise et me rend plus tolérant" - alors même qu'il était au coeur d'une polémique avec Abd Al Malik il y a quelques mois.

Aujourd'hui, l'international tricolore n'a qu'une idée en tête : être le meilleur joueur du monde et décrocher le Ballon d'or. "Aujourd'hui, je suis prêt", conclut-il ainsi. Mais pour cela, il faudra briller en club et à l'Euro.

L'entretien complet est à retrouver dans Les Inrockuptibles aujourd'hui en kiosques

Par Benoit Z. |
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