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Toni Morrison : L'auteure de Beloved, chérie par Oprah et Obama, est morte

Oprah Winfrey et Toni Morrison lors de la première du film Beloved à New York le 8 octobre 1998.
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Oprah Winfrey et Toni Morrison lors de la première du film Beloved à New York le 8 octobre 1998.
Alors que l'Amérique, meurtrie par deux fusillades macabres au Texas et dans l'Ohio, est à feu et à sang face au fléau de la haine raciale, l'écrivain Toni Morrison, grande voix de la littérature et de la communauté afro-américaines, s'est éteinte. Une navrante coïncidence qui n'en rend que plus incontournable son oeuvre.

Mise à l'honneur en début d'année par le Festival de Sundance, où était présenté en avant-première le documentaire que lui a consacré Timothy Greenfield-Sanders, Toni Morrison est morte lundi 5 août 2019 à l'âge de 88 ans. Lauréate du Prix Pulitzer pour Beloved (ensuite adapté au cinéma avec Oprah Winfrey pour héroïne) et seule auteure noire à ce jour à avoir reçu le Nobel de littérature (en 1993), la romancière américaine, est décédée à l'hôpital Montefiore dans le Bronx à New York, succombant à des complications liées à une pneumonie. "Toni Morrison est décédée paisiblement la nuit dernière, entourée de sa famille et de ses amis", a annoncé mardi sa famille dans un communiqué, rappelant qu'elle était une "mère, grand-mère et tante extrêmement dévouée, qui adorait être en compagnie de sa famille et de ses amis".

Monumentale grossièreté

"Descendante d'une famille d'esclaves, Toni Morrison est connue pour avoir donné une visibilité littéraire aux Noirs et s'être imposée comme un phare de la culture afro-américaine", souligne l'AFP à propos de la contribution essentielle de l'auteure qui, outre ses nombreuses publications (onze romans, des essais, des livres pour enfants, deux pièces de théâtre, un livret d'opéra et des critiques littéraires), fut la première Noire à enseigner à Princeton, de 1989 à 2006.

Née Chloe Ardelia Wofford, de son vrai nom, en 1931, dans une Amérique modelée par la ségrégation raciale (le lynchage de Thomas Shipp et Abram Smith avait eu lieu l'année précédente dans l'Indiana voisin), Toni Morrison a grandi dans l'Ohio, dans une ville où son père George, originaire de Georgie et marqué par le traitement réservé aux Afro-Américains, s'était installé dans l'espoir d'une vie moins difficile. Deuxième de quatre enfants, Toni n'en a pour autant pas échappé à sa propre expérience du racisme et d'actes d'une "monumentale grossièreté", comme lorsque le propriétaire de la maison où sa famille habitait avait mis le feu, alors qu'ils se trouvaient à l'intérieur, en représailles d'impayés de loyer. Elle avait 2 ans. Ses parents avaient pris le parti d'en rire...

Lectrice assidue dans ses jeunes années, membre de l'équipe de débat et du club de théâtre de son lycée, Toni Morrison s'inscrit en 1949 à l'Université Howard à Washington - où elle fait pour la première fois de sa vie la véritable expérience de la ségrégation, de son propre aveu -, historiquement fréquentée par les élites afro-américaines et surnommée Black Harvard, et en sort diplômée en 1953, avant de passer une maîtrise à l'Université Cornell et de revenir à Howard pour enseigner l'anglais. C'est à cette époque qu'elle rencontre celui qui sera son mari, Harold Morrison, de 1958 à leur divorce en 1964, juste après la naissance de leur second enfant.

Du Black Book au Pulitzer et au Nobel

L'année suivante, elle commence à travailler dans l'édition, devenant la première éditrice afro-américaine au département fiction de Random House, position qui lui donne l'opportunité de faire éclore toute une génération d'auteurs de la communauté afro-américaine et de militer pour la cause noire, notamment en publiant les biographies de Mohammed Ali et Angela Davis. Son anthologie d'écrivains noirs The Black Book (1974), plusieurs fois rééditée, incite toute une génération d'auteurs à faire entendre leur voix.

Ses propres débuts littéraires officiels, Toni Morrison les signe à l'âge de 39 ans avec la parution en 1970 de The Bluest Eye (L'oeil le plus bleu), l'histoire d'une adolescente noire qui rêvait d'avoir les yeux bleus et qui sombrera dans la folie après avoir été mise enceinte par son père adoptif. Le livre ne se vend quasiment pas (du moins jusqu'à ce que certaines universités l'intègrent à leur programme), mais convainc Robert Gottlieb, un éditeur de Knopf qui publiera par la suite la plupart des romans de Morrison. "Ses récits et sa prose captivante ont laissé une empreinte indélébile sur notre culture", a d'ailleurs réagi Sonny Mehta, président de cette maison d'édition qui fait partie du groupe Random House.

Après la parution en 1973 de Sula, Song of Solomon (Le Chant de Salomon), son troisième roman, lui vaut en 1977 la reconnaissance à l'échelle nationale et ses premières distinctions littéraires. Dix années plus tard, en 1987, Beloved lui offre un triomphe planétaire : inspiré de l'histoire vraie de Margaret Garner, que Toni Morrison avait découverte en travaillant sur le Black Book, ce récit de la fuite d'une ancienne esclave qui tue sa fille de 2 ans pour lui éviter le même sort et que son fantôme vient hanter émeut le monde et décroche le prix Pulitzer. Best-seller pendant 25 semaines, le roman sera adapté au cinéma en 1998 par Jonathan Demme, avec Oprah Winfrey (également coproductrice) dans le rôle de Margaret Garner et Thandie Newton dans celui de sa fille. La papesse de la télévision américaine aura reçu Toni Morrison à trois reprises en quelques années dans son Book Club, un programme littéraire par le biais duquel elle assura une publicité colossale à ses ouvrages. Après Beloved, la romancière publie Jazz (1992) et Paradise (1997), qui forment avec le premier une trilogie, puis Love (2003), A Mercy (2008), Home (2012) et enfin God Help the Child (2015). Son ultime essai, The Source of Self-Regard (La Source de l'amour-propre), sortira en France en octobre aux éditions Christian Bourgeois Editeur, qui publie son oeuvre en France depuis 1992.

Un "Trésor" aux mots précieux

En 1993, Toni Morrison reçoit le prix Nobel de littérature - la seule femme noire à ce jour à avoir eu cet honneur - et impose une fois de plus la "puissante imagination" saluée par l'Académie en contant une petite histoire pour illustrer la force du storytelling.

En 1998, année où le magazine Time la met sensationnellement en couverture, l'écrivain aux dreadlocks et au verbe enjoué marque les esprits en parlant de Bill Clinton, alors en plein scandale suite à l'affaire Monica Lewinsky, comme du "premier président noir" américain. "Il a été traité comme un noir dans la rue, déjà coupable, déjà criminel", expliquera-t-elle plus tard. Dans un style tout aussi percutant, elle avait réagi à l'élection de Donald Trump en publiant dans le New Yorker en publiant un article intitulé En deuil de la blancheur.

Toni Morrison était un "Trésor national" aux yeux de Barack Obama, qui lui a décerné en mai 2012 la prestigieuse médaille de la Liberté et s'est ému de sa disparition, soulignant son écriture qui "représentait un superbe et profond défi à notre conscience et à notre imagination morale" dans un très élégant tweet partagé par son épouse Michelle. Oprah Winfrey a elle aussi témoigné publiquement son affliction dans un message effusif accompagné d'une photo souvenir : "Au commencement était le Mot. Toni Morrison a pris le mot et en a fait une Chanson... (...) Elle était notre conscience. Notre prophétesse. Notre diseuse de vérité. C'était une magicienne avec le langage, elle comprenait le Pouvoir des mots. Elle les utilisait pour nous faire réagir, nous éveiller, nous éduquer et nous aider à dompter nos plus profondes blessures et à essayer de les comprendre", a-t-elle partagé.

Barack Obama remettait en 2012 la médaille de la Liberté à l'écrivain Toni Morrison.
Barack Obama remettait en 2012 la médaille de la Liberté à l'écrivain Toni Morrison.
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