Cheick Diabaté: La mort de sa mère, ses débuts à Bordeaux, l'incompris se confie
Publié le 24 août 2014 à 21:00
Cheick Diabaté à Bordeaux, le 1er juin 2013.
Cheick Diabaté à Lyon, le 30 septembre 2012. 
Cheick Diabaté à Paris, le 26 août 2012. 
Cheick Diabaté à Libreville, le 8 février 2012. 
Cheick Diabaté à Paris, le 25 mars 2012.
Cheick Diabaté à Lyon, le 30 septembre 2012. 
Cheick Diabaté à Paris, le 25 mars 2012. 
Cheick Diabaté à Paris, le 26 août 2012. 

Avec un but, un carton rouge et une passe décisive, Cheick Diabaté a encore été le héros et l'attraction des Girondins. Hier, samedi 23 août, le buteur malien a grandement aidé les Bordelais à consolider leur surprenante première place du championnat de France de football en gagnant à Nice (3-1). Et pourtant, malgré d'excellentes statistiques ces deux dernières saisons, le Zlatan du Sud-Ouest traîne encore l'étiquette d'attaquant costaud mais maladroit. Mais il en faut plus pour atteindre un colosse qui en a vu d'autres, entre un départ du pays à 18 ans et la mort de sa maman, comme il l'évoque longuement dans L'Equipe...

Dans la vie de tous les jours, on appellerait ça un "délit de sale gueule". Avec son 1,94m, et ses longues jambes - plus longues que le tronc -, Cheick Diabaté a plus l'air d'un basketteur que d'un footballeur. Une allure combinée avec une certaine maladresse qui a longtemps fait de lui un incompris du foot. Souvent moqué, sifflé par les supporters, critiqué même au Mali, l'attaquant a réussi à devenir l'attaquant vedette du leader de la Ligue 1 aujourd'hui. Un destin incroyable pour celui qui voulait "juste vivre de sa passion" en Afrique. "Je voulais jouer au foot mais au Mali", explique l'international malien, auteur de 12 buts l'an dernier et de plus en plus populaire à Bordeaux.

"Tu es un homme, un jour il faudra partir"

La raison ? Contrairement à beaucoup d'apprentis footballeurs en Afrique, Cheick Diabaté ne rêve pas du foot européen. Mais surtout, cet enfant chéri d'une famille nombreuse ne veut pas quitter le cocon du "bled". "Je me voyais passer ma vie à côté de mes parents parce que je me sentais en sécurité", se souvient-il. "J'avais tout ce que je voulais. Comme on m'avait donné le prénom de mon grand-père, mes frères n'avaient pas le droit de m'insulter ou me taper et j'en profitais. Des fois, ma mère me disait : "Tu crois que tu vas rester toute ta vie à côté de ta mère ? Tu es un homme, un jour, il faudra partir." Quand elle me disait, ça je pleurais."

Mais finalement, c'est la maman de Cheick qui va le quitter en mourant brusquement alors qu'il est adolescent. "Ca a été très dur. Quand je l'ai perdue, pour moi, la vie ne servait à rien", confie le grand attaquant, "émotif" et "sensible" selon ses proches. Encouragé par ses frères et son père, Cheick Diabaté va toutefois réussir à relever la tête, et il décide de quitter l'Afrique, comme sa maman lui avait conseillé de faire, pour tenter de percer dans le foot européen.

Du Mali à Bordeaux, une intégration compliquée

C'est là qu'il fait un essai à Bordeaux en 2006, à 18 ans, test qui s'avèrera concluant malgré son profil atypique. Seul souci, des problèmes d'acclimatation se font vite sentir, sur le terrain et en dehors, Cheick ne parlant que l'arabe et son dialecte. "Il est arrivé dans un groupe qui vivait ensemble depuis quelque temps et ne pouvait pas communiquer avec nous", se souvient le Bastiais Floyd Ayité, passé par la réserve girondine avec Cheick Diabaté après avoir porté les couleurs de Cenon et du Stade Bordelais. Autre malentendu, l'attaquant ne regarde pas son coach Patrick Battiston dans les yeux quand ce dernier lui parle. "Chez nous, quand on parle avec un aîné, il faut baisser les yeux, c'est une forme de respect", explique-t-il. Une incompréhension dissipée seulement un an plus tard après une franche explication...

Ayant toutes les peines du monde à s'intégrer, Cheick Diabaté est même au bord de quitter les bords de la Garonne en 2008. Mais l'attaquant saisit sa dernière chance en terminant la saison en boulet de canon, devenant meilleur buteur de la CFA. Un titre qu'il rêve désormais de conquérir, six ans plus tard, chez les grands. Histoire de prouver à tout le monde qu'il est bien devenu, comme sa mère l'y exhortait, "un homme".

Par Nicolas G. |
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