Ce dimanche soir à 21h10, France 2 propose à ses téléspectateurs de découvrir Soudain seuls, un huis clos haletant porté par Mélanie Thierry. Si l'actrice française, récompensée aux César en 2010, a l'habitude de briller devant les caméras, son métier la pousse parfois dans ses retranchements les plus profonds. Lors d'un entretien accordé à Konbini, l'épouse du chanteur Raphaël s'est souvenue d'une séquence particulièrement éprouvante sur le film Zero Theorem (2013), réalisé par Terry Gilliam. La production, disposant d'un budget limité, avait imposé le tournage d'une scène censée se dérouler dans l'espace... directement sous l'eau.
Ce fut une véritable épreuve pour la comédienne, qui a dû avouer au réalisateur son incapacité totale à nager ou à simplement immerger sa tête. Contrainte de prendre des cours avec des bouteilles d'oxygène, elle a finalement dû plonger nue dans un bassin rempli d'eau et de lait refroidis à 10 degrés, afin de donner un effet flou à l'image. Obligée de garder les yeux grands ouverts tout en récitant son texte et dans l'impossibilité de distinguer la caméra à cause de l'opacité du liquide, elle garde de ce moment le souvenir d'une terreur absolue.
La panique ressentie par Mélanie Thierry porte un nom clinique : l'aquaphobie (ou hydrophobie). Il s'agit d'un trouble anxieux reconnu qui se traduit par une peur démesurée de l'eau. Loin d'être un cas isolé, on estime d'ailleurs que près d'une personne sur vingt ne serait pas du tout à l'aise dans cet élément et partagerait cette même angoisse. Contrairement à une simple appréhension, ce trouble ne s'active pas face à un filet d'eau sortant du robinet, mais face à des étendues plus vastes comme la mer, les lacs ou les piscines. Les personnes qui en souffrent sont terrorisées à l'idée de perdre pied, d'avoir la tête coincée sous la surface ou de couler, au point de subir de véritables crises d'angoisse.
Comme le rappellent les spécialistes de Santé Magazine, cette phobie trouve généralement sa source dans un événement traumatisant vécu durant l'enfance. Il peut s'agir d'un début de noyade, du fait d'avoir été poussé dans l'eau par surprise, ou même de la transmission inconsciente de cette angoisse par un parent lui-même terrifié par le milieu aquatique. Ces mauvais souvenirs bloquent totalement la personne, qui se persuade souvent, à tort, que son corps est incapable de flotter.
Heureusement, cette peur paralysante n'est pas une fatalité. Les experts, qu'ils soient maîtres-nageurs ou psychiatres, s'accordent sur une règle d'or : il ne faut jamais forcer ou brusquer une personne aquaphobe, au risque de renforcer son traumatisme. La guérison passe par une réappropriation du contrôle et une familiarisation très progressive avec l'élément. Des associations organisent ainsi des stages spécifiques, souvent sur un week-end. Les participants y débutent toujours dans un bassin sécurisant où ils ont pied. L'objectif premier n'est pas d'apprendre les techniques de natation, mais de ressentir la flottaison naturelle du corps pour comprendre que l'eau n'est pas un milieu hostile.
Pour les blocages les plus sévères, un accompagnement psychologique se révèle très efficace. Les thérapies comportementales et cognitives (TCC) permettent, en une douzaine de séances régulières, de déconstruire les croyances erronées du patient. En parallèle, des méthodes douces comme l'hypnose ou la sophrologie constituent d'excellents outils pour désamorcer les traumatismes enfouis. À leur rythme, les personnes souffrant d'aquaphobie peuvent ainsi réussir à surmonter leurs craintes et, à terme, renouer sereinement avec les joies de la baignade.
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