Plus de quarante ans après sa disparition, Georges Brassens continue de susciter passions et surtout... tensions. En effet, une bataille fait rage autour de son héritage matériel. Depuis près d'une décennie, des membres de la famille du chanteur, ainsi que d’anciens proches, s'affrontent devant les tribunaux pour déterminer à qui reviennent les archives personnelles de ce monument de la chanson française. Au cœur du litige : des centaines de manuscrits, lettres, brouillons, objets et souvenirs ayant appartenu à l’artiste. Selon nos confrères de Libération, ces éléments constituent un patrimoine à la fois historique et intime, aussi précieux par leur valeur symbolique que financière.
Depuis 2015, la famille Brassens, représentée notamment par son neveu et légataire universel Serge Cazzani, semble bien déterminée à récupérer ces pièces dispersées avec pour unique objectif de voir ces documents intégrer les collections de la Bibliothèque nationale de France. Mais plusieurs obstacles se dressent contre ces derniers. D’une part, la fille de Pierre Onténiente, surnommé "Gibraltar" - secrétaire et ami fidèle de Brassens jusqu’à sa mort - a conservé une partie de ces archives après le décès de son père en 2013. D’autre part, un libraire du Cher, François Pillu, s’est retrouvé en possession d’une partie des documents, certains mis en vente sur eBay, ce qui a alerté les héritiers. Selon le quotidien, des pièces rares figuraient parmi les lots proposés : manuscrits de chansons emblématiques, lettres de la mère de Brassens ou encore échanges intimes avec Jeanne Planche.
Alertée, la famille a envoyé en 2024 un commissaire de justice au domicile du libraire, où 31 pièces ont été saisies. Ce dernier affirme avoir acquis les documents en toute bonne foi, certains lui ayant été confiés par Françoise Onténiente ou même par une descendante de la famille Cazzani. Il évoque des transactions documentées et des dons supposés, tandis que les héritiers dénoncent une spoliation déguisée, entamée selon eux depuis des années. Deux procédures judiciaires distinctes sont en cours, l’une à Paris, l’autre à Bourges.
Selon nos confrères de Libération, le combat juridique qui les oppose est complexe : d'un côté, Françoise Onténiente invoque l’adage juridique "en fait de meubles, possession vaut titre", arguant que celui qui a été mené en bateau par la femme d'un milliardaire ne s’est jamais soucié du sort de ses papiers. De l'autre, les Cazzani estiment que ces documents n’ont jamais été formellement cédés, et relèvent du droit de propriété imprescriptible. La famille espère que les juges leur donneront raison et permettront la constitution d’un inventaire clair, jusque-là impossible du fait de l'importante dispersion des biens.
Au-delà des enjeux juridiques, c’est la mémoire d’un artiste qui est en jeu. Ses héritiers veulent éviter que ses écrits ne soient perdus ou dispersés à jamais, comme l'explique leur avocate Maïa Kantor, interrogée par Libération : "Nous sommes soulagés que deux juges différents de deux juridictions différentes aient décidé de placer sous séquestre l’ensemble des manuscrits qui n’ont pas encore été dilapidés par Mme Onténiente. Notamment celui des Amoureux des bancs publics, qui n’avait rien à faire dans un logement quasi insalubre, conservé dans des conditions misérables. Grâce à ce sauvetage in extremis nous pouvons espérer qu’ils rejoignent enfin les collections nationales." En attendant une décision de justice est prévue en 2026, le destin des souvenirs de Brassens reste suspendu.
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