Disparu à l’âge de 104 ans, vendredi 29 mai 2026, Edgar Morin laisse derrière lui une œuvre immense, mais aussi une histoire d’amour profondément liée au Maroc. Depuis quatorze ans, le philosophe partageait la vie de Sabah Abouessalam, philosophe marocaine, née à Marrakech, en 1959, avec qui il avait trouvé un véritable équilibre entre réflexion et douceur de vivre.
Ensemble, le couple passait une grande partie de l’année au Maroc, et plus particulièrement à Marrakech, ville de naissance de Sabah Abouessalam. Loin de l’agitation parisienne, Edgar Morin y trouvait un refuge doux et apaisant. Dans une interview accordée à nos confrères du Parisien, le 15 mars 2025, le philosophe avait confié son attachement profond à la ville ocre et à son climat. C'est la moitié de l'année qu'il passait sur le continent africain.
À Marrakech, le sociologue menait une vie plus discrète, rythmée par l’écriture, les rencontres et les moments passés avec son épouse. "Plus je vieillis, plus j’ai envie de soleil", indiquait-il au Parisien. Et d'ajouter : "Je déteste les automnes et les hivers parisiens qui sont tout gris ". Très attaché au Maroc, Edgar Morin entretenait également des liens étroits avec le monde culturel et politique du royaume. Avec Sabah Abouessalam, il faisait, régulièrement, partie des personnalités conviées lors des déplacements officiels d’Emmanuel Macron au Maroc. Le couple apparaissait ainsi au sein de délégations françaises lors de plusieurs événements diplomatiques et culturels.
Bien avant sa rencontre avec Sabah Abouessalam, Edgar Morin s’intéressait déjà aux questions de civilisation, aux identités multiples et aux dialogues entre les cultures. Leur histoire d’amour, débutée en 2009 et officialisée par un mariage en 2012, a renforcé ce lien intime avec le royaume chérifien.
Malgré leurs 37 ans d’écart, les deux intellectuels partageaient la même curiosité pour le monde et les bouleversements de société. Sabah Abouessalam racontait d’ailleurs avec amusement l’énergie impressionnante de son mari, capable d’enchaîner voyages, conférences et interviews malgré son âge avancé. Elle confiait à La revue de la connaissance du monde, en mars 2025 : "Vous dites l’âge ? Pour moi Edgar n’a pas d’âge et je parle avec sérieux. Je n’ai jamais autant voyagé dans le monde que depuis que je suis son épouse. Je vais peut-être vous étonner si je vous disais qu’après 11 h de vol parfois, il est capable de donner une interview en bas de l’avion, et une autre à l’hôtel avec une Caïpirinia à la main".
À Marrakech, le penseur semblait avoir trouvé une forme de sérénité. Entre soleil marocain, discussions passionnées et vie culturelle foisonnante, la perle du Sud marocain représentait bien plus qu’un simple pied-à-terre : un véritable lieu de vie partagé avec celle qui aura accompagné les quatorze dernières années de son existence.