L'Ecume des jours, J'irai cracher sur vos tombes, Vercoquin et le Plancton… Les œuvres de Boris Vian continuent de traverser les générations. Ecrivain, poète, musicien, chanteur, ingénieur et immense amateur de jazz, l'artiste s'est éteint le 23 juin 1959, à seulement 39 ans, victime d'une crise cardiaque lors de la projection du film adapté de J'irai cracher sur vos tombes. Avant sa disparition, il avait élu domicile dans la Cité Véron, une discrète impasse du XVIIIe arrondissement de Paris, nichée à deux pas du Moulin Rouge, dans le quartier animé de Pigalle.
Dans l'émission Paname, Ici, anciennement France Bleu, pousse les portes de ce lieu hors du temps. Au 6 bis Cité Véron, l'appartement de Boris Vian semble figé dans les années 1950. Nicole Bertolt, mandataire et directrice du patrimoine Boris Vian, qui fut également l'amie de sa veuve Ursula, veille sur les lieux. "L'appartement ne peut pas rester seul. Il a besoin de quelqu'un", explique-t-elle. Et la promesse est tenue : "Tout, absolument tout était à lui. Rien n'a été changé, rien n'a même été refait." Au fil des pièces, les visiteurs découvrent des bibliothèques remplies de livres et de vinyles d'époque, des objets chinés, des meubles auxquels l'écrivain tenait particulièrement, ainsi qu'un intérieur où chaque détail raconte une facette de sa personnalité. "Boris Vian n'a pas d'argent, ça lui plaît de chiner", rappelle Nicole Bertolt. Dans le salon trône également un piano chargé d'histoire : "C'est un petit piano bastringue. C'est tout à fait le piano qu'on aurait pu trouver dans des cafés ou dans des lieux un peu underground. Et ça aussi ça plaisait bien à Boris. Ce piano, beaucoup de gens ont joué dessus." Sans surprise pour cet amoureux du jazz, "bien sûr, il y a un pick-up" dans la pièce.
La découverte se poursuit avec le bureau de Boris Vian, installé après l'agrandissement de l'appartement. "C'est le bureau royal que Boris s'est offert en 1958, quand il a réussi à pousser les murs et avoir une autre partie de l'appartement. Il fait venir ce bureau métallique de Londres, il se fait faire une chaise à sa mesure", raconte Nicole Bertolt. Les visiteurs peuvent également admirer l'immense terrasse que l'écrivain partageait avec son voisin et ami Jacques Prévert, véritable écrin de verdure au cœur de Paris. Cet appartement-musée se visite toujours aujourd'hui, mais il faut d'abord convaincre sa gardienne. "Ce que je demande, c'est de faire une lettre. (...) J'aime à ce que les demandeurs nous fassent un petit mot qui vienne du cœur pour nous exprimer vraiment ce qu'ils aiment", explique-t-elle. Une façon de préserver l'esprit de ce lieu unique, où l'on a véritablement l'impression que Boris Vian pourrait revenir d'un instant à l'autre.