À 28 ans, Jean Arnault avance discrètement mais sûrement au sein de l'empire familial. Le benjamin des cinq enfants de Bernard Arnault a déjà fait de l'horlogerie son terrain de jeu chez Louis Vuitton. Et derrière cette ascension, il y a notamment un conseil de son père que le jeune dirigeant dit essayer d'appliquer chaque jour : "Travaille d'abord sur le produit et les résultats vont suivre."
C'est ce qu'il racontait à Guillaume Pley dans une interview accordée à Legend en janvier 2026. Interrogé sur les conseils que lui avait transmis le milliardaire lorsqu'il s'était lancé dans le business, Jean Arnault expliquait : "Je m'inspire beaucoup de lui, évidemment, tout le temps, c'est assez exceptionnel." Avant de détailler cette méthode : "Fais en sorte de faire le plus beau produit possible." Pour lui, peu importe ensuite "la communication" ou "les artifices" qui l'accompagnent : "Il faut que le produit soit bon à la base."
Un principe qu'il semble avoir appliqué à son activité chez Louis Vuitton. Entré chez LVMH en 2021 comme directeur du marketing et du développement de la catégorie horlogerie de la maison, il en a pris la direction en 2022. Son travail a notamment consisté à recentrer Louis Vuitton sur la haute horlogerie mécanique, à réduire certains volumes et à investir davantage dans La Fabrique du Temps, l'atelier horloger de la maison près de Genève.
Dans une enquête publiée en mars 2026, La Lettre révélait également que Jean Arnault était de plus en plus associé aux décisions concernant Louis Vuitton. Le média indiquait notamment qu'il participait aux réunions opérationnelles hebdomadaires de la maison aux côtés de son PDG Pietro Beccari et de son numéro deux Damien Bertrand.
Selon La Lettre, le chiffre d'affaires des montres Louis Vuitton aurait ainsi plus que triplé en quatre ans, pour atteindre environ 180 millions d'euros, tandis que le prix moyen par montre serait passé à environ 15 000 euros.
Son périmètre pourrait encore s'élargir. Dans un article publié en mai 2026, FashionNetwork rapportait que Jean-Christophe Babin, alors directeur de la division horlogerie de LVMH, envisageait progressivement de réduire son activité. Et lorsqu'il lui a été demandé qui pourrait lui succéder, le dirigeant a cité Jean Arnault.
Selon FashionNetwork, Jean-Christophe Babin le considère comme "la personne idéale pour reprendre cette division". Il le décrit également comme "très intelligent" et souligne qu'il "aime" et "comprend les montres". Une perspective qui donnerait au fils de Bernard Arnault la responsabilité d'un portefeuille comprenant notamment Hublot, TAG Heuer et Zenith.
Cette éventuelle prise de responsabilités interviendrait toutefois dans un contexte moins simple pour l'horlogerie. FashionNetwork rappelle que le secteur est confronté au ralentissement de la demande chinoise, aux droits de douane américains, à la vigueur du franc suisse et aux tensions géopolitiques.
Le milieu de gamme, auquel appartiennent notamment TAG Heuer et Zenith, est particulièrement exposé. Selon Jean-Christophe Babin, cité par FashionNetwork, l'industrie horlogère suisse est passée d'environ 25 millions de pièces produites chaque année à environ 15 millions en une décennie, notamment sous l'effet de la concurrence des montres connectées.
Pour Jean Arnault, le défi serait donc de poursuivre le travail engagé chez Louis Vuitton tout en participant au développement d'un ensemble de maisons confrontées à des problématiques différentes.
Dans Legend, Jean Arnault résumait finalement la philosophie héritée de son père en quelques mots : "Le produit, le produit, le produit." Et d'ajouter : "Si le produit est mauvais, il va peut-être marcher pendant un bout de temps mais il va jamais s'installer dans la durée." Une phrase qui résume assez bien la trajectoire qu'il construit depuis son arrivée chez LVMH.