Parmi les familles françaises fortunées, deux noms reviennent souvent : les Arnault et les Pinault. La première est originaire du Poitou (plus précisément des Deux-Sèvres), avec des attaches industrielles fortes ancrées dans le Nord. La seconde de Bretagne.
Cet été, Ouest-France s'est intéressé aux grandes fortunes de l'Ouest et est revenu sur le parcours hors-norme d'un homme : François Pinault. Aujourd'hui âgé de 89 ans, à la tête d'une fortune estimée à plus de 30 milliards d'euros, avec un patrimoine de plus 15 milliards d'euros, l'homme d'affaires qui détient la holding Artemis qui contrôle le groupe de luxe Kering (Gucci, Saint-Laurent, Bottega Veneta…) mais aussi le Stade Rennais est parti de rien. "Le seul milliardaire français parti d’une petite ferme en Bretagne. Sans diplôme, il s’est hissé dans le club très fermé du luxe mondial", cite en préambule de son portrait Ouest-France. Les mots de Jean Bothorel, l'un des biographes de François Pinault.
Il n'est pas aisé de recueillir des confidences sur François Pinault, proche de Jacques Chirac qui était présent aux obsèques de Bernadette Chirac en la basilique Sainte-Clotilde à Paris le 12 juin dernier, pour soutenir Claude Chirac dans cette épreuve. « "Une fulgurance de la personne. Dans un autre univers, cela s’appellerait un coup de foudre", dit de leur relation Patricia Barbizet qui a été le bras droit du milliardaire pendant trente ans.
Mais de son enfance en Bretagne dont il ne garde pas que des bons souvenirs, François Pinault dira à Ouest-France au cours d'un entretien que sa scolarité du lycée Saint-Martin de Rennes a été faite de moqueries. Lui qui venait da la campagne face à d'autres élèves plus bourgeois. "Je roulais les “R”. Quand ma mère venait au parloir me chercher, une fois par mois, elle était habillée en paysanne. Les couillons de mon âge se foutaient de ma gueule. C’est quelque chose qu’on n’oublie jamais. Il faut se garder d’humilier les autres dans la vie", a-t-il raconté.
Ses premiers apprentissages, François Pinault les a faits à l'école primaire de Trévérien (Ille-et-Vilaine), qu’il a fréquentée de 1941 à 1947 et qui porte depuis 2022. Pour lui, c'est ici qu'il a tout appris. "J’y suis rentré à 5 ans alors que je parlais le patois que l’on n’appelait pas encore le gallo. C’est ici, grâce à deux instituteurs, M. et Mme Cadiou à qui je tiens à rendre hommage, que j’ai tout appris. À parler français, à lire, à écrire et à compter", avait-il alors déclaré lors de l'inauguration de la plaque portant son nom. Un grand moment d'émotion vécu en présence de son épouse, ses fils, Dominique et François-Henri, sa belle-fille Salma Hayek et ses petits enfants. "Aujourd’hui, j’ai une pensée émue et forte pour mes parents qui m’ont élevé dans une ferme de l’autre côté du bourg et qui m’ont appris les valeurs de la vie. Je me souviens très bien de traverser le village à pied pour me rendre à l’école, en blouse avec mes godasses à semelle de bois. Et de m’arrêter un peu partout dans les commerces nombreux à l’époque. La petite épicerie de Gabrielle qui me donnait un caramel de temps en temps, le cordonnier, le boucher charcutier, quatre bistrots (rires), un bourrelier, un forgeron…", s'était également souvenu François Pinault.
"Les choses se sont compliquées plus tard, sur le plan scolaire, avec la pension au lycée Saint-Martin à Rennes", avait aussi ajouté l'homme d'affaires auprès de Ouest-France... De ce lycée, il n'en sortira pas avec le bac qu'il n'a jamais eu. Sa scolarité s'est achevée en troisième et le jeune François Pinault rejoindra la scierie familiale à partir de laquelle il se lancera dans le négoce du bois. Un banquier auvergnat lui fait confiance à Rennes et l'aventure est lancée...
Au-delà de ses origines paysannes, les moqueries de ses camarades au lycée, François Pinault a choisi de voir grand, très grand. Une vision ambitieuse qui a fini par payer et qui lui a permis de constituer un empire familial qui ne cesse de s'agrandir.