À l’approche des fêtes, une même scène se répète dans de nombreuses familles : l’excitation des retrouvailles, puis, parfois, l’explosion… Invitée sur RTL dans Les 1001 vies de…, un podcast de Xavier de Moulins, la philosophe Sophie Galabru s’est penchée sur ce moment si particulier qu’est le repas de Noël, là où se rejouent souvent des tensions anciennes. Agrégée et docteure en philosophie, enseignante au lycée et à l’université, petite-fille du comédien Michel Galabru, elle s’est fait connaître par ses essais consacrés à la colère, à la famille et au temps qui passe, avec la volonté de rendre la philosophie concrète. Pour Sophie Galabru, si Noël cristallise autant d’émotions, c’est d’abord parce qu’il s’agit d’un moment profondément familial. "Noël est une fête particulièrement familiale. Il y a parfois un côté régressif", explique-t-elle à Xavier de Moulins. Les retrouvailles réveillent l’enthousiasme avec le fait de revoir ses frères, ses sœurs, ses cousins, constater ce que chacun est devenu… mais aussi le désir, parfois inconscient, de montrer sa propre trajectoire. "Il y a un effet de régression infantile parce qu'on se retrouve un peu plongé comme dans le passé. On aime bien cette réminiscence", analyse-t-elle.
Ce retour en arrière n’est pas sans danger car selon la philosophe, l’explosion survient lorsque les émotions ne sont plus contenues. "Ça peut partir parfois en vrille parce qu'on ne régule plus ses émotions. On ne contrôle plus ses affects. On redevient un peu un enfant en attente de reconnaissance, d'amour", précise la spécialiste. Et ce sont alors ces attentes, souvent démesurées, qui alimentent la violence des échanges et qui "nous [jouent] beaucoup de tours". Face à ce constat, Sophie Galabru propose une piste : renoncer à attendre de sa famille ce qu’elle ne peut ou ne veut pas donner. Elle détaille : "Quand on n'a plus d'attentes envers sa famille, ses parents, ses frères et sœurs, qu'on les laisse être ce qu'ils veulent parce qu'on n'attend rien d'eux et qu'on se donne à soi-même ce qu'on a à se donner. On est très dépassionné. On peut même les regarder en se marrant". La philosophe ne nie pas pour autant la gravité de certaines situations. "Parfois, il y a de l'impardonnable. Il faut quand même le dire tout de suite", insiste Sophie Galabru. Mais elle souligne qu’un grand nombre de blessures peuvent être dépassées avec le temps et qu'"Il y a aussi beaucoup de choses qu'on peut arriver à pardonner à ses parents. Et c'est peut-être ça de devenir adulte".
Grandir, selon Sophie Galabru, c’est accepter les manques du passé et ne plus en faire porter le poids à l’autre, "Peu importe ce qu'ils n'ont pas donné, les carences, les lacunes, les erreurs, on est assez suffisant et indépendant. On s'estime assez. On s'aime assez pour se donner tout ce qu'on attendait". À partir de là, le rapport change et "On délaisse ses attentes. On arrive à leur pardonner". La philosophe conclut en proposant une métaphore libératrice, celle du théâtre. "On est dans un rapport où on les perçoit comme des personnages. (…) Avec leur propre histoire, leur vie, on est à distance. On n'est plus l'enfant qui attend. Franchement, c'est une position assez agréable", assure la petite-fille de Michel Galabru.
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