Tomber... pour mieux se relever. En août 2025, Ôde relatait la période difficile traversée par Lou Sirkis. Quelques mois plus tôt, le 19 décembre 2024, la fille de Stéphane et nièce de Nicola Sirkis avait en effet annoncé sur Instagram avoir été contrainte de mettre ses activités entre parenthèses. Touchée par une hernie discale, elle avait dû subir deux opérations accompagnées de complications. Un crève-cœur pour cette jeune femme touche-à-tout, qui n’a jamais cessé de multiplier les formes d’expression.
Car Lou Sirkis est avant tout une artiste qui clame haut et fort son besoin d’être libre. Si l’on connaît bien son oncle Nicola, leader du groupe Indochine, elle, qui fête ses 36 ans ce 8 août, a grandi dans l'ombre avec le souvenir de son père Stéphane, frère jumeau du chanteur, disparu prématurément alors qu’elle n’avait que 9 ans.
Ce qui ne l’a pas empêchée de suivre très vite le chemin tracé par son père. "C’est sûr, j’ai fait de la musique dès mon plus jeune âge et je suis dans ce milieu depuis toute petite", confiait-elle à Gala en 2023. Sa mère Sophie et son père -dont la disparition a laissé des traces- lui ont notamment fait découvrir L7 et Patti Smith. Inscrite au conservatoire, Lou pratique longtemps la guitare classique avant de réclamer, à 15 ans, une guitare électrique. En autodidacte, avec un ampli installé dans sa chambre, elle commence alors, selon ses propres mots, à "faire péter les décibels".
La scène, elle aussi, entre très tôt dans sa vie. En juin 2010, alors qu’elle n’a pas encore 20 ans, Lou participe à Putain de stade, le concert monumental donné par Indochine au Stade de France. Une apparition symbolique aux côtés du groupe fondé par son père et son oncle, devant plusieurs dizaines de milliers de spectateurs.
Lou, la nièce de Nicola Sirkis, a dû longtemps se retirer de la scène
Dans l’inquiétant message publié en décembre 2024, Lou expliquait qu’elle récupérait "très doucement", mais qu’elle devait "se retirer de la scène" pour une durée indéterminée. "2024 fut une année compliquée et 2025 reste encore floue", écrivait-elle, avant de conclure par un encourageant "à bientôt". Comme la promesse qu’on ne tarderait pas à la revoir. Promesse tenue…
Quinze ans après avoir partagé la scène d’"Indo" avec son oncle -un homme qui estime pour sa part avoir raté beaucoup de choses avec ses propres enfants- c’est de nouveau aux côtés du groupe, et avec son soutien, que la jeune femme va renouer avec la musique et le public au terme de sa longue convalescence. Le 26 septembre 2025, Lou Sirkis annonçait en effet une nouvelle que ses admirateurs n’espéraient peut-être plus aussi rapidement : "Je suis émue de vous annoncer que je remonte sur scène en première partie d’Indochine en tant que DJ pour l’Arena Tour 2025/2026."
Cette fois, ce n’est ni avec une guitare ni au chant, discipline dans laquelle elle excelle également -au point de susciter parfois haine et jalousie- que cette artiste touche-à-tout apparaît, mais derrière des platines. Et l’expérience s’avère visiblement concluante. Durant plusieurs mois, sur les scènes des plus grandes salles de concert, de Lyon à Toulouse, en passant par Rouen ou Bruxelles, Lou ouvre les concerts d’Indochine avec des DJ sets survoltés. Un retour en pleine lumière, au cours duquel son énergie et sa manière de bouger au rythme de la musique témoignent du chemin parcouru depuis ses problèmes de dos.
Lou partage la scène avec Indochine 16 ans après sa première apparition avec eux
Le 11 mars 2026, peu après les dernières dates parisiennes de la tournée, elle dressait le bilan de cette aventure : "13 villes, 36 dates et enfin 3 nuits à l’Accor Arena pour dire au revoir à cette tournée extraordinaire." Elle adressait ensuite un message reconnaissant à ceux qui l’ont accompagnée dans ce retour, à commencer par Indochine, groupe qui continue de remplir les salles depuis sa création en 1981 : "Merci à toute l’équipe de l’Arena Tour, à Indochine et à vous", écrivait-elle dans une publication sur Instagram.
Quelle suite Lou Sirkis donnera-t-elle à cette expérience ? Poursuivra-t-elle dans cette voie comme DJ ? Retrouvera-t-elle la scène et le rock avec son groupe ToyBloïd, créé alors qu’elle était encore très jeune et avec lequel elle s’est forgé une identité bien à elle, incarnée par un premier album éponyme paru en 2016, puis Modern Love en 2020 ? Renouera-t-elle avec Mat Bastard, le chanteur de Skip The Use, avec lequel elle avait interprété Tout contre nature ? Cet hymne à la différence et à la liberté d’aimer évoquait la communauté LGBT, dont elle fait partie sans prétendre en être l’unique porte-parole. "Je ne me suis jamais placée comme un étendard ou une porte-parole de la cause LGBT, tout en faisant énormément partie de la communauté", avait-elle ainsi précisé sur RTL2.
Cet engagement, Lou l’exprime également avec force à travers Juda La Vidange, le personnage de drag king qu’elle incarne depuis 2017. Moustache, attitude rock’n’roll et genre masculin : la jeune femme utilise ce double pour jouer avec les codes et défendre une vision moins binaire de la société. "Ce qui me plaît dans le fait d’être Juda, c’est cette immense notion de liberté. Il se fout de ce que pensent les autres, fait absolument ce qu’il veut et dit : je t’emmerde !", expliquait-elle il y a deux ans à la chaîne YouTube Pluriel.
Lorsqu’elle endosse son personnage, Lou demande d’ailleurs à être genrée au masculin : "Je préfère qu’on dise "il", "un performeur" ou "un artiste", parce que cela fait intégralement partie du personnage. Je n’ai aucun problème avec mon genre féminin dans le civil. Mais dès que j’ai la moustache, je suis un peu en mode : "les gars, j’ai fait un effort, s’il vous plaît, faites-en un aussi !""
Lou Sirkis, qui se définit dans cette même interview comme "une fille lesbienne", voit aussi dans le drag un moyen d’interroger les normes et de donner une voix à celles et ceux qui peinent parfois à s’exprimer dans leur vie quotidienne, notamment les personnes trans. Celle qui a participé à Drag Race France refuse pourtant de parler au nom de toute une communauté, estimant ne représenter qu’"un grain de poussière" parmi la centaine de drag kings qui se produiraient aujourd’hui en France.
Quoi qu’il en soit, guitare ou micro à la main, derrière des platines ou sous les traits de Juda, peu importe la forme que Lou donne à son art. Toutes ses expériences semblent guidées par le même désir, celui qui l’anime depuis toujours et que ses problèmes de santé ne sont pas parvenus à contrarier : être libre.