Figure incontournable du cyclisme français pendant plus de quinze ans, Thibaut Pinot a pris sa retraite à la fin de la saison 2023. Troisième du Tour de France en 2014 et vainqueur de trois étapes sur la Grande Boucle, l'ancien leader de Groupama-FDJ a désormais tourné la page de la compétition. A Mélisey, son village natal en Haute-Saône, il mène aujourd'hui une vie bien différente, consacrée à l'élevage, une passion qui l'accompagne depuis l'enfance.
Pour Thibaut Pinot, quitter le peloton n'a jamais été une source d'angoisse. Il savait depuis bien longtemps ce qu'il ferait une fois sa carrière terminée. "Cela faisait plusieurs années que je travaillais à ma reconversion. Je savais que le jour où j’arrêterais le vélo, ce serait ça ma vie, confie-t-il au Parisien. Je n’ai pas eu de transition. Je suis devenu éleveur. J’avais bien préparé mon affaire. Cela vient de l’enfance. J’ai toujours été attiré par la nature, par les animaux." Aujourd'hui, il élève une centaine de bovins, environ deux cents moutons et agneaux ainsi qu'une vingtaine de chèvres. Ses journées commencent à l'aube et sont rythmées par les soins apportés à ses animaux. L'ancien champion ne cache pas son bonheur d'avoir quitté le sport de haut niveau. Car l'aspect qu'il appréciait le plus dans le cyclisme, c'était déjà la solitude des entraînements au cœur de la nature : "Ce que j’aimais par-dessus tout dans le vélo, c’était l’entraînement, la solitude sur la route. J’étais seul au milieu de la nature. Ce calme, je le retrouve dans mon nouveau métier. Par contre, les compétitions avec tout le monde autour, l’environnement, c’était lourd, dur à vivre. Après quinze ans de carrière, j’avais fait le tour. Le jour où ça s’est arrêté, j’ai eu un poids en moins dans le ventre. Je me sens plus épanoui aujourd’hui. Il y a moins de pression." Pour lui, cette retraite ressemble davantage à une renaissance qu'à une fin de carrière.
Si son exploitation agricole ne lui permet pas encore de vivre pleinement de son activité, Thibaut Pinot prépare déjà la suite. Il souhaite ouvrir un restaurant à Mélisey afin de proposer les produits de sa ferme et la viande de son élevage. "Le but, c’est de vivre de mon exploitation. J’ai pu me payer les terres, les bâtiments et les animaux grâce à ce que j’ai gagné dans le vélo mais mon activité n’est pas rentable aujourd’hui. Je travaille pour qu’elle le devienne. De nos jours, c’est impossible d’espérer gagner sa vie avec ce métier si on doit tout bâtir de A à Z. Cette activité est très précaire, c’est aussi pour ça que je vais ouvrir un restaurant à côté, et y servir les produits de la ferme et la viande de mon cheptel. Je suis en train de rénover une vieille maison en pierres en ce moment dans Mélisey", explique-t-il. Et ce n'est pas tout. Durant quatre jours, entre le 16 et le 19 juillet, il loue sa ferme, une bâtisse moderne avec piscine, à une famille sélectionnée sur Airbnb.
Alors que le Tour de France traverse cette année son village natal, Thibaut Pinot regarde désormais la course avec du recul. Il assure ne plus ressentir le besoin de remonter sur son vélo. "Quand j’entends des sportifs parler de petite mort, ça me choque un peu et ça me rend triste. C’est de la dépression, or pour moi c’est l’inverse. J’ai l’impression de revivre ma jeunesse. Arrêter le vélo qui était devenu un métier dans lequel je ne me reconnaissais plus, c’était une bouffée d’oxygène. C’est revivre en fait", lance le champion. Et lorsqu'on lui demande s'il roule encore, sa réponse est sans appel : "Quand je croise des gens, ils veulent savoir. Et bien non. Je n’en fais plus. Seulement de l’électrique." Une façon de confirmer que son bonheur se trouve désormais dans les pâturages de Haute-Saône, bien loin de la pression du peloton.
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