À deux pas des tombes silencieuses du Père-Lachaise, dans le XXe arrondissement de Paris, bat un cœur électronique au rythme d’une nostalgie joyeuse. C’est ici, dans une ancienne imprimerie transformée en bureaux pour sa société de production, qui compte une dizaine de salariés, que Mosimann a posé ses valises et ses souvenirs. L’accueil est à son image : un câlin chaleureux, un grand tee-shirt noir, des cheveux rasés et décolorés, et une invitation immédiate à la régression. Pour l’ancien vainqueur de la Star Academy en 2008, ce lieu n’a rien d’un espace de travail ordinaire. C’est un cocon, un refuge, ou plutôt un "temple" dédié aux années 1990. La visite commence par une excentricité qui donne immédiatement le ton : l’accès au studio principal est dissimulé derrière la porte d’un véritable réfrigérateur. Un choix scénographique fort, imaginé avec l’artiste Joe Dona, pour matérialiser une frontière entre le tumulte parisien et la bulle créative du musicien. "Je voudrais d’abord me prendre tous les rêves de mon enfance", lui avait-il confié lors de la conception du lieu.
Le pari est réussi. Passé le "sas-frigo", on pénètre dans un capharnaüm pop minutieusement orchestré, où les époques s’entrechoquent. Une statue grandeur nature d’E.T. l’extraterrestre veille sur les claviers, tandis que des figurines Marvel partagent l’espace avec des guitares, un piano et une table de mixage dernier cri. Au milieu de cette collection de souvenirs d’adolescent, un trophée doré prend doucement la poussière : celui de sa victoire à la Star Academy, il y a dix-huit ans. Un clin d’œil presque timide à un passé qui l’a propulsé sous les projecteurs, mais dont il a aujourd’hui apprivoisé l’héritage. Car celui qui a remporté le télé-crochet en 2008 s’apprête désormais à endosser le costume de directeur du château de Dammarie-les-Lys.
Si le rez-de-chaussée célèbre l’enfance et l’esprit pop, c’est au sous-sol que bat le véritable cœur industriel du lieu. L’artiste y a fait aménager un studio d’enregistrement ultra-insonorisé. C’est dans cette pénombre technique, face à ses ordinateurs, ses synthétiseurs et ses échantillonneurs, que le Franco-Suisse fait sa "tambouille" de compositeur. C’est ici que prennent forme ses Dream Tracks, ces morceaux imaginés sur mesure à partir des envies parfois improbables de personnalités qu'ils accueillent. Gad Elmaleh, Thomas Pesquet ou encore Alexandre Astier se sont notamment prêtés au jeu. Ce dernier avait réclamé une étonnante "techno médiévale", défi que le DJ a relevé en mêlant les sonorités et les références musicales. Lancé sur les réseaux sociaux, le concept est devenu un véritable phénomène : les Dream Tracks cumulent des centaines de millions de vues et ont contribué à faire connaître encore davantage le talent de Mosimann comme compositeur et producteur.
Derrière ces créations souvent décalées se cache un véritable travail musical. À partir des indications de chaque invité, Mosimann doit imaginer un morceau cohérent, trouver les sonorités adaptées et assembler des influences qui, sur le papier, semblent parfois incompatibles. Une manière de démontrer sa maîtrise de la composition autant que sa capacité à sortir des sentiers battus. Cette créativité, nourrie par des années de pratique derrière les platines et en studio, constitue aussi l’une des facettes de son parcours, désormais mis au service de la nouvelle génération d’académiciens.
Ce repaire du XXe arrondissement, chaleureux et un brin perché, raconte en creux le parcours d’un homme qui n’a pas oublié d’où il vient. Celui du petit garçon de Haute-Savoie et du Var, élevé par une mère célibataire qui enchaînait les ménages pour lui permettre de prendre des cours de piano et de batterie. "J’étais vraiment la famille Groseille dans La Vie est un long fleuve tranquille. Mais il y avait de l’amour", raconte-t-il avec humour. Cette enfance modeste n’a pas empêché Mosimann de nourrir de grandes ambitions musicales. Bien avant de devenir DJ et producteur reconnu, il s’est construit au fil des heures passées à travailler ses instruments et à explorer les sons. Sa victoire à la Star Academy en 2008 lui a offert une première exposition médiatique, mais il a ensuite dû tracer sa propre route, en développant un univers musical singulier, à la croisée de la musique électronique, de la composition et de la performance.
En arpentant les pièces de son loft, entre ses peluches d’extraterrestre et ses machines de haute technologie, on comprend que Mosimann a réussi à bâtir son propre château. Un château bien plus personnel que celui de Dammarie-les-Lys, où le gamin qui s’entraînait sur les casseroles de sa mère s’autorise enfin à vivre ses rêves d’enfant, à plein volume. Et si son nouveau rôle à la Star Academy le ramène là où tout a commencé, il y revient avec une expérience bien différente : celle d’un artiste qui a fait de sa passion un métier et qui entend désormais aider les autres à trouver leur propre voie.