Retiré des terrains depuis près de dix ans, Djibril Cissé n’en reste pas moins un homme très occupé. Ses activités de DJ, ses différents business, sa vie de famille puisqu’il est père de cinq enfants, et ses nouvelles fonctions à l’AJ Auxerre, où il a retrouvé le monde du football, lui laissent peu de répit. Pas facile, dans ces conditions, de trouver un créneau pour qu'il nous parle de sa nouvelle carrière musicale. Entre deux réunions et à quelques jours de ses 45 ans qu'il fête ce 12 août, l’ancien avant-centre de l’équipe de France a gentiment pris le temps de se raconter en exclusivité pour Ôde.
Ôde : De quand date votre passion pour la musique ?
Djibril Cissé : Tout a commencé quand j’avais 14 ans. J’ai assisté à une soirée dans le sud de la France, et j’ai observé la manière dont le DJ faisait varier la musique. J’ai vu l’humeur et l’état d’esprit des gens changer selon ce qu’il jouait. Ça m’a tout de suite intrigué et donné envie d’essayer.
Vous avez commencé à mixer dans votre chambre d’adolescent ?
Non, j’étais déjà au centre de formation de l’AJ Auxerre. J’avais demandé l’autorisation au directeur, qui avait gentiment accepté. En revanche, je n’avais pas le droit de mettre du son, donc je faisais tout au casque. J’écoutais énormément de morceaux et j’essayais déjà de trouver une identité musicale.
Je viens du sud de la France et, à l’époque, nous écoutions beaucoup de dance et de house. J’ai donc développé très tôt un goût prononcé pour la house music.
Durant votre carrière de footballeur, continuiez-vous à mixer ?
Oui, dans toutes les maisons que j’ai eues, j’avais mon matériel. Je mixais seul, mais aussi pour des anniversaires ou des soirées avec des amis. Lorsque je jouais à l’OM, j’avais même une boîte de nuit au sous-sol de ma maison. Quand on gagnait un match, il nous arrivait de nous retrouver chez moi et je mixais pour les copains et les autres joueurs.
Lorsque vous avez raccroché les crampons, saviez-vous déjà que vous alliez vous orienter vers la musique ?
Oui, j’avais d’ailleurs commencé un peu avant la fin de ma carrière. Il y avait la musique et la mode : c’était écrit.
Aviez-vous besoin de continuer à travailler financièrement ?
Non. J’ai bien géré ce que j’avais gagné, j’ai toujours été entouré d’une bonne équipe et j’ai réalisé de bons investissements. Je n’étais pas obligé de travailler pour nourrir mes enfants. En revanche, pour mon épanouissement personnel et pour mon plaisir, j’avais besoin de continuer à avoir une activité.
Comme au football, faut-il beaucoup s’entraîner pour devenir DJ ?
Oui. Il faut connaître les morceaux, suivre les nouveautés et savoir quels genres musicaux fonctionnent. C’est déjà un vrai travail de recherche. Ensuite, il faut continuellement travailler sa technique et se tenir au courant du nouveau matériel. Comme dans le football, on ne peut pas ne rien faire de la semaine et penser qu'on sera bon le samedi. Cela peut fonctionner une ou deux fois, mais les lacunes finissent rapidement par se voir.
Quel a été l’aspect le plus difficile de cette reconversion ?
Faire comprendre aux gens que j’avais certes eu une carrière de footballeur, mais que j’avais aussi d’autres passions. Maintenant que le football était terminé, il fallait qu’ils acceptent de découvrir une autre facette de moi. Il y a encore des personnes qui sont étonnées de me voir derrière des platines, mais ça commence à entrer dans les esprits.
DJ Snake vous a notamment aidé à trouver votre style. Quel conseil vous a-t-il donné ?
Il n’est pas le seul à m’avoir aidé, mais il m’a donné un conseil très important. Quand tu débutes, tu as beaucoup d’idoles. Moi, j’aime DJ Snake, Bob Sinclar, Steve Aoki, Major Lazer, Diplo ou encore Carl Cox. Or, le risque est de vouloir les copier. Or, chacun est différent. On peut s’inspirer des autres, mais il faut apporter son propre style et sa propre patte. DJ Snake m’a conseillé de rester moi-même. Il m’a dit : "Tu as un flow, tu as quelque chose, alors reste dans ta zone."
À l’époque, j’étais déjà tourné vers l’afro-house et les sonorités tribales, alors que ce style commençait à peine à monter. Il m’a conseillé de rester dans ce créneau parce qu’il sentait qu’il y avait quelque chose à faire. Dix ou douze ans plus tard, l’afro-house est devenue l’une des musiques les plus en vogue dans le monde.
Comment définiriez-vous l’identité musicale de DJ Tcheba, votre nom de scène ?
Des rythmes afro et tribaux, avec une production qui frappe et beaucoup de basses. J’aime également différentes sonorités venues d’Afrique du Sud, ainsi que la batida, une musique très rythmée et dansante. J’écoute des morceaux d’afro-house très calmes, mais ce n’est pas forcément ce que j’aime jouer. Moi, il faut que ça tape. J’aime faire danser les gens.
Préparez-vous vos sets à l’avance ou vous adaptez-vous au public ?
Non, je suis de l’école Laurent Garnier. J’ai mes playlists et mes morceaux, mais je n’ai pas de set entièrement préparé à l’avance. Je sais globalement ce que je vais jouer parce que, lorsque les gens me bookent, c’est pour mon style.
Au début, j’ai souvent dû m’adapter. Aujourd’hui, j’ai construit mon identité et les gens savent pourquoi ils viennent me chercher. J’ai deux ou trois enchaînements dont je sais qu’ils fonctionnent, mais j’aime aussi me mettre en danger et jouer autre chose.
Voyez-vous des similitudes entre votre style de footballeur et votre manière de mixer ?
Oui. Quelqu’un m’a récemment fait remarquer que mes sets ressemblaient à mon style de jeu : très punchy et très agressifs, dans le bon sens du terme. Ça me ressemble. J’étais un joueur qui allait vite et qui allait à l’essentiel.
Quel est votre plus beau souvenir en tant que DJ ?
J’en ai eu beaucoup : faire la première partie de Diplo, au Rex, participer à Tomorrowland Winter en 2022 ou encore mixer au Hï Ibiza. Mais même lorsque tu joues devant un peu moins de monde, ça reste toujours un plaisir. Mais, si je ne devais retenir qu’un souvenir, je dirais Tomorrowland Winter.
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Que ressentez-vous lorsque vous trouvez le bon morceau et que tout le public monte avec vous ?
C’est difficile à expliquer. C’est un peu comme lorsque l’on demande à un footballeur de décrire ce qu’il ressent lorsqu’il marque un but. Mais la sensation est très forte.
Est-elle comparable à celle d’un but ?
Non, je ne pense pas. Lorsque tu marques, tu dois te remettre dans le match dix secondes plus tard. Marquer ne signifie pas que tu vas gagner. En revanche, quand tu trouves le bon morceau, que le drop arrive et que tu sens les gens monter avec toi, c’est extrêmement grisant.
Avez-vous transmis vos passions pour le football et la musique à vos enfants ?
Oui, les deux. Ma fille chante et trois de mes garçons sur quatre ont, à un moment, voulu mixer et jouer au football.
Gagne-t-on mieux sa vie comme footballeur ou comme DJ ?
Ça dépend du club dans lequel tu joues ou de l’endroit où tu mixes. Pour un DJ, cela dépend aussi beaucoup de ses productions. Aujourd’hui, se contenter de mixer ne suffit plus. Il faut sortir des morceaux qui tournent et être écouté pour accéder aux grands festivals. Plus tu participes à de gros événements, plus ton cachet augmente.
Certains DJ gagnent autant, voire davantage, que certains footballeurs, alors même qu’un set ne dure parfois que deux heures. Mais ce n’est pas pour l’argent que je fais ça. C’est pour le plaisir. Je sais néanmoins que, si ça fonctionne, mon activité pourra prendre d’autres proportions.
Quel serait votre rêve le plus fou en tant que DJ ?
Jouer sur la Mainstage de Tomorrowland. Pour y parvenir, il faut sortir des morceaux, enchaîner les tubes et les bangers. Alors, pourquoi ne pas me retrouver là-bas un jour ?
Vous allez avoir 45 ans le 12 août. Quel cadeau vous ferait le plus plaisir ?
Je souhaite avant tout que tout aille bien pour mes enfants. Pour ceux qui jouent au football, j’aimerais qu’ils soient dans le club qu’ils souhaitent. Pour ma fille, j’aimerais que ses projets soient bien lancés. J’aimerais également que le magasin de bonbons que nous venons d’ouvrir avec ma femme à Biguglia, en Corse, fonctionne bien. Pour le moment, on est contents.
De mon côté, j’ai toujours un pied dans le football puisque je suis désormais entraîneur adjoint en charge des attaquants à l’AJ Auxerre. J’espère que nous réaliserons une belle saison.