Deux séries avec un personnage commun, ça ne fonctionne pas tant que ça. Rappelons que les deux feuilletons sont diffusés chaque soir entre 18h30 et 20h sur TF1. C'est ainsi que les intrigues de Sète et celles des cuisines de l’institut Auguste Armand se mêlent. Mais en coulisses, loin du glamour des plateaux, une bataille juridique d’une rare intensité a opposé les créateurs de Demain nous appartient (DNA) à ceux d’Ici tout commence (ITC). En jeu : la répartition de centaines de milliers d’euros de droits d’auteur, comme le rapporte L'Informé.
Le conflit repose sur une définition technique : Ici tout commence est-elle une œuvre originale ou un spin-off, à savoir une série dérivée ? Lors du lancement d'ITC en 2020, la production a intégré Maxime Delcourt, personnage historique de DNA incarné par Clément Rémiens, pour favoriser le transfert d'audience. Pour la SACD (Société des auteurs et compositeurs dramatiques), la règle est alors automatique : si une série reprend un personnage d’une fiction préexistante, elle est considérée comme dérivée. Conséquence financière ? Les créateurs de la série originale perçoivent 50 % des droits sur "la bible", à savoir le document fondateur de la nouvelle série. Inadmissible pour les créateurs d’ITC Eric Führer, Othman Mahfoud, Coline Assous et Chloé Glachant. Selon eux, leur univers hôtelier n’a rien à voir avec le quotidien sétois. "TF1 a commandé une nouvelle quotidienne à la société de production Newen, sans exiger de lien quelconque avec Demain nous appartient, raconte leur avocat, Me Frédéric Dumont. Mes clients ont conçu une première version de bible, TF1 a adoré leur projet mais a souhaité y ajouter un lien scénaristique, faire un pont avec Demain nous appartient pour mieux lancer la nouvelle série." Et de poursuivre : "Il faut apprécier la part de l’œuvre première dans la seconde. Nous n’étions pas opposés à ce que les créateurs de Demain nous appartient perçoivent une fraction de rémunération, mais pas dans une proportion 50/50. Pour un seul personnage, sur la quarantaine qui apparaît dans la bible, c’est totalement absurde."
Les créateurs d'Ici tout commence demandent en justice à conserver 85% des droits d'auteur sur leur bible et réclament 40 000 euros de frais de procédure ainsi que 40 000 euros de dommages et intérêts pour "réticence abusive" de la part de leurs homologues de Demain nous appartient. La riposte de l'autre camp ne s'est pas fait attendre. Les sept créateurs de Demain nous appartient ont contre-attaqué en réclamant non plus 50 %, mais 100 % des droits sur la bible d'ITC, soit environ 140 000 euros pour la seule année 2024. Pour eux, l’identité d’ITC est indissociable du succès de son aînée. Ils réclamaient également 175 000 euros pour atteinte à leurs droits d’auteur et 35 000 euros de frais de procédure. Soit un total de 350 000 euros !
Le tribunal judiciaire de Paris a finalement tranché en faveur du statu quo. S'appuyant sur les règlements de la SACD de 2007, les juges ont estimé que la reprise d'un seul personnage suffit à établir le lien de parenté. Le verdict est sans appel : les droits seront divisés en deux, soit 5 % du montant total du texte par épisode pour chaque équipe. De leur côté, les scénaristes d'Ici tout commence ne feront pas appel. "Ils préfèrent gagner leur argent via leur talent et leur travail, plutôt que de persister dans un conflit de rentiers", indique leur avocat à L'Informé. Entre Sète et la Haute-Savoie, la paix est revenue, mais le prix du sang (scénaristique) a laissé des traces indélébiles.