"Parce que d’étranges fourmillements parcourent ses mains, et qu’elle ne peut plus monter un escalier sans avoir la sensation d’étouffer, Laurence Kiberlain consulte un neurologue. Verdict : un kyste est localisé en haut de la colonne vertébrale. Il faut l’extraire. La suite est incertaine : personne ne sait si elle marchera à nouveau, et retrouvera la mobilité de ses membres. Laurence n’a d’autre choix que d’entamer ce chemin de la rééducation. Laquelle n’est pas une convalescence, ni une reconstruction. Rééduquer vient du latin « lever », et en effet, elle devra apprendre à nouveau la position verticale, passer de l’allongé au debout. Redécouvrir, aussi, les gestes élémentaires, comme lever le bras. En somme, apprivoiser ce corps qu’elle a toujours toléré à défaut de l’aimer. Désormais, il est son allié. Et c’est bien le regard porté sur elle-même que Laurence rééduque."
Cette histoire, son histoire, Laurence Kiberlain a choisi de la coucher sur le papier. Son livre Rééduquée a été publié en février dernier aux éditions Buchet-Chastel et sa promotion, elle ne l'a pas effectuée seule mais avec le soutien de sa soeur qui a mis sa vie entre parenthèses quand elle était malade : l'actrice Sandrine Kiberlain.
Le 9 août 2026, le binôme que rien de pourra désolidariser se confie dans les colonnes de La Tribune dimanche pour la rubrique Ca reste en famille. Ensemble, Laurence et Sandrine ont tout surmonté. Mais la maladie n'est pas la seule épreuve que l'aînée a dû affronter dans sa vie. "J'ai accouché de jumeaux à cinq mois et demi de grossesse, une petite fille et un petit garçon qui pesaient chacun 760 grammes. Mon fils est décédé dix jours plus tard. Quant à ma fille, après six mois passés en couveuse, les médecins m'ont annoncé qu'elle ne pourrait jamais marcher", raconte-t-elle.
Face à ce récit authentique et bouleversant, Sandrine Kiberlain fait part de son admiration envers sa petite soeur. "Ce qui m'a toujours impressionnée chez ma soeur, c'est son absence totale d'amertume. Je me souviens qu'à l'époque beaucoup de gens lui demandaient si ce n'était pas trop difficile de voir autour d'elles des enfants valides alors que sa fille était en fauteuil roulant. Je ne connais pas beaucoup de parents capables de vivre cela sans se comparer aux autres. Laurence, elle, n'a jamais envié personne. Elle a cette capacité rare à se réjouir sincèrement du bonheur des autres", témoigne Sandrine Kiberlain qui est la maman de Suzanne, née de sa relation passée avec François Lindon.
"Parce que je n'ai jamais considéré les autres enfants comme un rappel de ce que ma fille n'avait pas. Leur bonheur ne retirait rien au sien. Bien sûr, parfois il y a de la tristesse, mais jamais de la jalousie. J'ai toujours préféré regarder ce que ma fille accomplissait plutôt ce qui lui manquait", partage Laurence Kiberlain avec beaucoup d'empathie et de sagesse. L'écrivaine a toujours été là pour sa petite soeur et la réciproque est vraie. Un duo qui sait que face à n'importe quelle situation, tout se franchit ensemble.